Chapitre 1
Chapitre 1 — Le rêve
Neuvillette ouvrit brutalement les yeux.
Il respirait difficilement.
Son cœur battait rapidement.
Pendant plusieurs secondes, il resta immobile, incapable de comprendre où il se trouvait.
Sa chambre.
Son lit.
Son bureau.
La pluie frappant doucement contre la fenêtre.
Tout était normal.
Mais le rêve était encore là.
Il le sentait.
Il ferma les yeux.
La forêt apparut immédiatement dans son esprit.
Des arbres immenses.
Une brume blanche couvrant le sol.
Un ciel rouge.
Et, au milieu des arbres, une gigantesque porte noire.
Une porte qui n'était reliée à aucun mur.
Chaque nuit, Neuvillette avançait vers elle.
Chaque nuit, il posait sa main sur la poignée.
Et chaque nuit, une voix l'appelait.
Neuvillette...
Il se réveillait toujours avant d'avoir pu ouvrir la porte.
Mais cette fois, quelque chose avait changé.
Pour la première fois, il avait vu quelqu'un.
Un garçon se tenait derrière la porte.
Il ne distinguait pas son visage.
Mais il avait entendu ses paroles.
— Tu ne dois jamais te souvenir.
Neuvillette ouvrit les yeux.
Il regarda son réveil.
06 h 12.
— Encore ce rêve...
Il se leva lentement.
Depuis plusieurs mois, ces rêves revenaient.
Toujours la forêt.
Toujours la porte.
Toujours cette voix.
Mais il ne savait pas pourquoi.
Il descendit au rez-de-chaussée.
Sa mère était déjà dans la cuisine.
Elle préparait le petit-déjeuner.
Lorsqu'elle vit son visage, elle s'arrêta.
— Tu as encore rêvé ?
Neuvillette fronça les sourcils.
— Comment tu sais ?
— Tu parlais dans ton sommeil.
Il s'assit.
— Qu'est-ce que j'ai dit ?
Sa mère resta silencieuse.
Puis elle répondit :
— Ton nom.
Neuvillette la regarda.
— C'est tout ?
— Oui.
Il savait qu'elle mentait.
Sa mère lui cachait quelque chose.
Il le savait depuis des années.
Chaque fois qu'il posait des questions sur son père, elle refusait de répondre.
Chaque fois qu'il demandait pourquoi il n'existait presque aucune photographie de son enfance, elle changeait de sujet.
Et lorsqu'il demandait pourquoi certaines nuits elle vérifiait plusieurs fois les portes et les fenêtres...
Elle disait simplement qu'elle était prudente.
Mais ce matin-là, son comportement était différent.
— Neuvillette.
Il leva les yeux.
Sa mère semblait terrifiée.
— Oui ?
— Aujourd'hui, ne prends surtout pas le chemin de la forêt.
Il fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Promets-moi.
— Maman...
— Promets-moi.
Neuvillette hésita.
— D'accord.
Elle le regarda partir.
Puis, dès que la porte se referma, elle murmura :
— Pardonne-moi, mon fils.