Chapitre 1
La pièce était plongée dans une obscurité presque totale, uniquement troublée par le halo bleuâtre de mon écran incurvé. Seule face à mon bureau, je fixais le moniteur avec une concentration imperturbable. Mes cheveux blonds coupés court captaient la lumière vive du jeu, et mes yeux verts, froids et incisifs, balayaient l'image sans le moindre cillement.
À l'écran, un monstre déformé glissait le long d'un couloir étroit, accompagné d'effets sonores stridents conçus pour faire sursauter le premier venu. Mais pour moi, ce n'était qu'un algorithme de plus. Sans le moindre tremblement de la main, j'ai enchaîné trois clics précis, contourné la créature avec une aisance chirurgicale et débloqué la porte finale. Un message s'est affiché en lettres de sang : « Stage Clear ».
Soudain, la vibration sourde de mon téléphone portable a brisé le silence du studio.
J'ai jeté un coup d'œil distrait à l'écran. Le nom du secrétariat de mon établissement clignotait. J'ai laissé sonner trois secondes avant de décrocher, sans pour autant lâcher ma souris.
« Allô ?»
— Mademoiselle Cha ? Enfin nous réussissons à vous joindre ! a lancé une voix féminine et agacée à l'autre bout du fil. Cela fait maintenant cinq semaines consécutives que vous êtes absente aux cours. Si vous ne vous présentez pas d'ici la fin de la semaine, nous serons contraints d'engager une procédure de renvoi définitif... »
Je n'ai même pas cillé. J'ai replacé mon casque audio sur mes oreilles d'une main nonchalante.
« C'est noté », ai-je répondu d'un ton monocorde.
Sans attendre la suite des réprimandes, j'ai raccroché au nez de la secrétaire, posé le téléphone sur le bureau et relancé immédiatement une nouvelle session. Les études n'avaient plus aucun sens pour moi depuis longtemps. Seul le frisson mécanique des univers virtuels parvenait encore à combler le vide de mon quotidien.
Il m'a fallu encore deux heures pour venir à bout du dernier niveau et battre le record mondial. Une fois l'écran de fin franchi, j'ai étiré mes bras fatigués. Un creux à l'estomac m'a rappelée que je n'avais rien avalé depuis le matin.
J'ai enfilé une veste à capuche trop grande, ajusté mes mèches blondes devant le miroir et suis sortie affronter l'air frais de la fin d'après-midi.
Le supermarché du quartier était calme. J'ai attrapé deux bols de nouilles instantanées, des canettes de boisson énergisante et un sandwich sous vide avant de me diriger vers la caisse. La caissière, une femme d'une quarantaine d'années qui me connaissait de vue, m'a adressé un sourire teinté d'une bienveillance triste.
— Encore une longue nuit devant l'écran, Hae-in ?
— On peut dire ça, ai-je murmuré en posant mes articles sur le tapis.
— Tu devrais prendre soin de toi et manger un vrai repas de temps en temps. Tu as l'air bien pâle.
— J'y penserai. Merci.
J'ai payé rapidement, attrapé mon sac et pris le chemin du retour.
De retour dans mon immeuble, alors que je cherchais mes clés dans mes poches devant ma porte, un détail a attiré mon attention. Posée sur le paillasson, une enveloppe d'un noir mat et d'un papier très épais m'attendait.
Je me suis baissée pour la ramasser. En la retournant, mon prénom et mon nom étaient écrits au dos dans une calligraphie dorée parfaite : Cha Hae-in.
Intriguée, j'ai déverrouillé ma porte, posé mes courses sur la table et déchiré l'enveloppe. À l'intérieur se trouvait une carte rigide sur laquelle était printed le message suivant :
« Miss, vous êtes invitée à participer à un jeu IRL. Veuillez bien réfléchir à cette demande. »
J'ai fixé la carte pendant de longues secondes, un sourcil relevé. Mes yeux verts ont balayé les lignes d'un air sceptique.
« C'est quoi ça ? » ai-je lâché à voix haute.
"Comment devrais-je vous appeler ? "