Chapitre 71
« Petite Mei, tu… » La beauté plantureuse semblait craindre Su Mei et ne savait pas quoi faire.
« Je t’ai dit de te lever ! » tonna Su Mei avec agressivité.
Cette voix effraya la beauté plantureuse, dont le petit visage blêmit aussitôt. Elle se dépêcha de se mettre sur le côté, sans même oser parler.
« Hmph. »
Su Mei renifla froidement, lança un regard furieux à Chu Feng, puis s’assit à la place qu’occupait auparavant la jeune femme. Elle désigna le siège à côté de Situ Yu et ordonna : « Assieds-toi là. »
« Mm. »
La beauté plantureuse n’osa pas traîner. Tête baissée, elle se hâta de rejoindre Situ Yu et s’assit tristement, sans même relever les yeux.
La scène laissa tout le monde bouche bée. Tous étaient stupéfaits. N’importe qui pouvait voir que Su Mei était jalouse.
Jalouse de qui ? De Chu Feng ! D’innombrables personnes convoitaient Su Mei, mais personne n’avait réussi à mettre la main sur la beauté numéro un de la cour intérieure. Et pourtant, elle était jalouse de Chu Feng. C’était tout bonnement stupéfiant.
À bien y réfléchir, ce n’était toutefois pas si surprenant. Après tout, ces derniers temps, ils étaient toujours ensemble, et des rumeurs prétendaient même que Su Mei était secrètement amoureuse de Chu Feng.
Malgré tout, personne ne pouvait l’accepter. Bai Tong et les autres, en revanche, étaient plutôt soulagés, car ils avaient déjà été témoins de réactions bien plus violentes de Su Mei.
Comparé à Bai Tong et aux autres, le visage de Situ Yu paraissait toutefois un peu crispé. Il avait beau s’efforcer de le cacher, son agacement transparaissait. Lui aussi était jaloux.
« Tu es plutôt féroce. Tu n’avais pas besoin de la traiter comme ça, non ? » lança Chu Feng en riant.
« Je fais ce que je veux. Qu’est-ce que tu peux y faire ? » répliqua Su Mei en le fusillant du regard, avant de tourner la tête pour l’ignorer.
Après cette petite altercation, la réunion proprement dite commença. On annonça d’abord les participants à l’examen des disciples principaux. Ils étaient douze, dont Chu Feng, Su Mei et Situ Yu.
Les neuf autres avaient atteint le huitième niveau. Avec une telle cultivation, réussir l’examen des disciples principaux ne serait pas difficile. Il était donc pratiquement certain que douze membres quitteraient l’Alliance des Ailes.
Situ Yu s’était toutefois préparé à cette éventualité. Son frère ne participerait pas à l’examen des disciples principaux cette année ; Situ Liang resterait donc à la cour intérieure et lui succéderait à la tête de l’Alliance des Ailes.
Autre point à l’ordre du jour : Situ Yu proposa que l’Alliance des Ailes subsiste après leur accession au rang de disciples principaux. Il ne voulait pas que chacun parte de son côté.
Situ Yu avait fait part de son idée aux anciens membres de l’Alliance des Ailes, désormais disciples principaux, et leur avait demandé de la diriger et de fonder une nouvelle branche parmi les disciples principaux. Mais ils avaient refusé.
Un sérieux problème se posait donc à présent. Ils voulaient reconstituer l’Alliance des Ailes parmi les disciples principaux, avec leur groupe. Il leur fallait donc choisir un nouveau chef, et c’était précisément le sujet de leur discussion.
« Situ Yu, pourquoi en discuter ? Puisque nos aînés refusent de nous diriger, c’est tout naturellement à toi que revient la place de chef de l’alliance. »
« C’est vrai. Aujourd’hui, dans l’Alliance des Ailes, qui d’autre que toi aurait les capacités d’occuper ce poste ? » Les différents membres pressèrent Situ Yu de rester à la tête de l’alliance.
« Ah, chacun ici est un dragon parmi les hommes, et je suis sûr que personne ne veut dépendre de la charité d’autrui. Mieux vaut donc être un peu plus équitables. Allez-y, dites ce que vous pensez vraiment. Inutile de continuer à me choisir. »
Situ Yu feignit de se dérober, mais tout le monde voyait qu’il était ravi qu’on le choisisse à nouveau comme chef de l’alliance.
En l’observant, Chu Feng le résuma d’un seul mot : « Hypocrite. » Il cessa donc d’écouter leur discussion et reporta son attention sur Su Mei.
Elle ne lui avait pas adressé la parole depuis un bon moment. Le menton posé dans ses mains, elle avait la tête inclinée vers le ciel. Nul ne savait où se portait son regard, mais une chose était sûre : elle n’écoutait pas Situ Yu et les autres.
« Hé, tu es fâchée ? » demanda Chu Feng en s’approchant, tout sourire.
« Qui est fâchée ? Contre qui ? Qui mérite que je me fâche ? » Su Mei lui lança un regard plein de rancœur.
« Si tu n’es pas fâchée, qu’est-ce que tu fais ? » demanda Chu Feng, l’air suspicieux.
« J’écoute attentivement ce que dit Situ Yu », grommela Su Mei.
« Très bien. Alors, tu peux répéter ce qu’il vient de dire ? » demanda Chu Feng en riant.
« Il a dit… » Su Mei resta un instant déconcertée. Elle n’avait rien écouté ; comment aurait-elle pu savoir ce que Situ Yu racontait ?
Quand elle tourna la tête et vit le sourire malicieux qui illuminait le visage de Chu Feng, elle comprit qu’il l’avait piégée. Elle se mordit les lèvres avec colère et eut vraiment envie d’aller le mordre.
« Bon, ne te fâche pas. Et si je te racontais une histoire ? » proposa Chu Feng, amusé.
« Quelle histoire ? Vas-y, si tu veux. » Su Mei pinça les lèvres, mais prit tout de même un air attentif.
« Trois petits lapins blancs trouvent un champignon. »
« Les deux grands disent au petit d’aller chercher des herbes sauvages à manger. »
« Le petit répond : “Je n’irai pas. Si j’y vais, vous allez manger mon champignon.” »
« Les deux lui disent : “Mais non, ne t’inquiète pas et vas-y.” Alors le petit lapin s’en vaaa… »
« Mais le petit lapin blanc ne revient pas, même après un long moment. Après en avoir discuté, les deux autres décident qu’il ne sert à rien d’attendre et qu’ils vont manger le champignon. »
« Mais juste à ce moment-là, le petit lapin blanc bondit des buissons tout proches et s’écrie, furieux : “Je le savais ! Vous alliez manger mon champignon !” »
« Hahaha ! Alors, le petit lapin blanc n’était jamais parti ? »
« À ton avis ? »
« Haha, non ! C’est trop mignon, et vraiment drôle… »
Su Mei éclata de rire à la fin de l’histoire de Chu Feng. Son rire mélodieux était un plaisir à entendre. Mais il retentit à un moment particulièrement mal choisi et attira aussitôt l’attention de tous.
« Tiens, je vais t’en raconter une autre. » Voyant que Su Mei avait enfin souri, Chu Feng s’enthousiasma à son tour. Il remonta ses manches et se prépara à montrer de nouveau son talent.
Cette scène déplut à Situ Yu. Voir la fille qui lui plaisait rire avec quelqu’un d’autre sans prêter la moindre attention à ses paroles le rendait fou de frustration.
Bang ! À cet instant, Situ Liang abattit soudain la main sur la table, se leva d’un bond, pointa Chu Feng du doigt et lança :
« Mon frère est en train de parler ! Silence ! »
À ces mots, l’expression de Chu Feng ne changea pas. Il se leva lentement et s’avança calmement vers Situ Liang.
Soudain, Chu Feng balança la main et lui asséna une gifle retentissante.
La force du coup projeta Situ Liang au sol. Il ouvrit la bouche et cracha une gorgée de sang, ainsi que trois dents de devant.
La scène terrifia la foule. Chu Feng venait de frapper quelqu’un, et sa victime n’était autre que le futur chef de l’Alliance des Ailes, le petit frère de Situ Yu. Il ne manquait vraiment pas d’audace.
Sans se soucier le moins du monde des regards stupéfaits de la foule, Chu Feng pointa Situ Liang, toujours à terre, et lança d’un ton furieux :
« Silence quand je parle ! »