Chapitre 6 424
« Y a-t-il un autre choix ? » demanda Shen Hui.
« Il n’y en a aucun, répondit la voix.
Plus d’un millier d’aiguilles rouges apparurent dans la salle majestueuse. Il y en avait autant que de membres du Clan de l’Esprit divin.
Fff, fff, fff !
Les aiguilles rouges fusèrent et transpercèrent les membres du Clan de l’Esprit divin.
Un bref silence s’ensuivit, puis des cris perçants retentirent. La douleur était telle que les membres du Clan de l’Esprit divin peinaient à tenir debout. Ils tombèrent à genoux ou sur les fesses ; certains s’allongèrent même par terre, se cramponnant aux endroits où les aiguilles les avaient transpercés tandis que leur corps était secoué de spasmes incessants.
Shen Hui fut celle qui supporta le mieux l’épreuve dans son clan. Elle ne hurla pas, mais serra les dents, la sueur ruisselant sur son visage pâle.
Une lueur rouge vacilla dans la salle majestueuse et d’innombrables autres aiguilles apparurent. Il devait y en avoir au moins un million.
« Mille aiguilles par personne. Voilà le prix à payer. Mais si vous renoncez à Chu Feng maintenant, vous n’aurez à en supporter que neuf », déclara la femme.
« Dame Shen Hui ! »
Beaucoup lancèrent à Shen Hui des regards suppliants. Une seule aiguille était déjà insupportable ; en endurer mille était inimaginable. Même s’ils survivaient à cette épreuve, ils en auraient l’esprit brisé !
Mais Shen Hui hésitait toujours.
« Dame Shen Hui, nous acceptons de faire ça pour Dame Xue Ji, mais est-ce que ça vaut aussi la peine de subir cette épreuve pour Chu Feng ? Nous ne lui devons rien ! Ce n’est pas lui qui a brisé la formation qui nous retenait prisonniers ! » s’exclama l’un des membres du clan.
Nombreux furent ceux qui approuvèrent.
« N’oubliez pas la mission de notre Clan de l’Esprit divin. C’est un ordre de Dame Xue Ji », répondit Shen Hui.
Mais ses paroles ne convainquirent pas ses compagnons.
« Pourtant, ce n’est pas lui qui nous a sauvés ! Je n’ai pas peur de mourir. Je donnerais volontiers ma vie pour Dame Xue Ji. Mais elle n’est pas là, et je ne pense pas que ça vaille la peine de mourir pour Chu Feng. Dame Shen Hui, je vous en supplie, reconsidérez votre décision. Nos vies comptent aussi ! » s’écria un membre du Clan de l’Esprit divin.
Shen Hui se retrouva sous une pression immense. Il n’aurait pas été raisonnable que les membres de son clan donnent leur vie pour Chu Feng.
Après tout, le Clan de l’Esprit divin était différent des mortels : sa lignée suffisait à lui valoir le titre de clan divin.
« L’hésitation a un prix. Vous n’avez plus le choix », déclara la femme.
Une formation descendit soudain du ciel.
La puissance spirituelle convergeait pour former une fenêtre, derrière laquelle se trouvait un autre palais semblable au leur. Une seule personne s’y tenait : Chu Feng.
Chu Feng avait un genou à terre et haletait. Il était trempé comme s’il avait été surpris par un déluge. Des gouttes de sueur ruisselaient de son corps. Même ses yeux étaient injectés de sang.
« Seigneur Chu Feng ? »
Les membres du Clan de l’Esprit divin en eurent le cœur serré. Ils en oublièrent même la douleur qui les tenaillait. Ils remarquèrent, éparpillées sur le sol derrière Chu Feng, d’innombrables aiguilles rouges : il y en avait mille.
Chu Feng n’avait ni flanché ni poussé un cri malgré les mille aiguilles ?
Les membres du Clan de l’Esprit divin en furent stupéfaits.
Une Porte de formation spirituelle apparut derrière Chu Feng.
« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Chu Feng.
La femme répondit : « Vous avez réussi l’épreuve des mille aiguilles. Vous pouvez partir. »
Les membres du Clan de l’Esprit divin pâlirent de désespoir. Ils comprirent qu’ils ne pouvaient plus faire subir à Chu Feng leur punition à leur place et qu’ils devraient eux aussi endurer mille aiguilles.
Mais Chu Feng ne franchit pas la Porte de formation spirituelle. « Où sont mes compagnons ? »
« Ils doivent subir la même punition que vous », répondit la femme.
« Je prendrai leur place », déclara Chu Feng.
Les membres du Clan de l’Esprit divin, Shen Hui comprise, n’en crurent pas leurs oreilles. Même la femme fut surprise et, après un bref silence, demanda : « Vous voulez subir les mille aiguilles à leur place ? »
« Exactement », répondit Chu Feng sans hésiter.
« Pour combien d’entre eux accepterez-vous de subir la punition ? »
« Pour tous. »
« Pour tous ? Réfléchissez bien. Chacun doit endurer mille aiguilles. Savez-vous combien vous devrez en subir si vous voulez prendre toutes leurs punitions à votre compte ? »
« Je le sais. »
« Vous en avez assez de vivre ? » La voix de la femme trahissait son incrédulité.
« Je survivrai. Et eux aussi », affirma Chu Feng.
Shen Hui resta bouche bée.
Les membres du Clan de l’Esprit divin éprouvaient des sentiments contradictoires, surtout ceux qui avaient plus tôt demandé à Shen Hui de renoncer à Chu Feng. Ils le connaissaient depuis peu et n’avaient pas de liens profonds avec lui.
Il aurait été tout à fait normal que Chu Feng les abandonne, comme eux-mêmes avaient voulu l’abandonner.
« Pas étonnant que Dame Xue Ji dise que nous sommes plus faits pour suivre le Seigneur Chu Feng. Je comprends, maintenant », dit Shen Hui avec un sourire.
Les membres du Clan de l’Esprit divin ne dirent mot, mais leurs yeux brillaient de détermination.
« Vous êtes tenace, mais vous n’avez pas le choix. C’est à eux de décider », déclara la femme.
Les deux fenêtres s’alignèrent, permettant à Chu Feng de voir les membres du Clan de l’Esprit divin.
Shen Hui déclara : « Je prendrai ma part des mille aiguilles. »
Les autres membres du Clan de l’Esprit divin reprirent ses paroles : « Nous prendrons aussi notre part des mille aiguilles. »
Chu Feng vit leurs visages pâles ainsi que l’aiguille unique derrière eux et s’empressa d’intervenir : « Shen Hui, tu ne pourras pas le supporter. Laisse-moi prendre ta place. C’est moi qui ai commis une erreur par négligence. C’est à moi d’en assumer la responsabilité. »
Shen Hui secoua la tête. « Non. »
Elle se leva et guida les membres du Clan de l’Esprit divin vers la fenêtre.
Chu Feng fut intrigué. Il perçut un léger changement dans le regard de Shen Hui et des autres membres du clan.
« Seigneur Chu Feng, il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit.
« Le nom de famille “Shen” — qui signifie “divin” — nous a été accordé par notre premier maître. Depuis son départ, nous sommes dispersés dans le monde de la cultivation. Notre maître a laissé une formation à chacune de nos lignées, et si quelqu’un parvient à la déchiffrer, nous devons lui prêter allégeance.
« Dame Xue Ji ne s’est pas contentée de nous sauver : elle a aussi déchiffré cette formation. Mais elle refuse d’être notre maîtresse et nous a recommandé le Seigneur Chu Feng à sa place. C’est la véritable raison pour laquelle nous sommes venus vous trouver. Nous avions des réserves, car ce n’était pas le Seigneur Chu Feng qui avait déchiffré la formation, et nous n’arrivions pas à décider si nous devions vous considérer comme notre maître.
« Mais à présent, nous avons pris notre décision. »
Shen Hui s’agenouilla. Les autres membres du Clan de l’Esprit divin l’imitèrent. Tous se prosternèrent en même temps devant Chu Feng.
« Nous saluons notre maître ! »
Avant que Chu Feng puisse répondre, les membres du Clan de l’Esprit divin se relevèrent. Shen Hui déclara : « Nous prendrons notre part des mille aiguilles. Veuillez commencer. »
« Vous allez mourir ! » s’écria Chu Feng.
« Même si nous mourons ici, nous veillerons à ce que vous surviviez », répondit Shen Hui.
« Si vous me reconnaissez vraiment comme votre maître, vous devez m’obéir. Je survivrai même si je prends votre part de la punition. Je vous ordonne sur-le-champ de m’obéir », déclara Chu Feng.
Il estimait que c’était sa responsabilité et ne voulait pas que quiconque souffre à cause de son erreur.
Mais Shen Hui répondit : « Seigneur Chu Feng, vous êtes le premier maître que nous reconnaissons depuis l’Ère antique. Une règle nous a été transmise de génération en génération.
« Si la vie de notre maître n’est pas en danger, nous devons faire passer ses ordres avant tout.
« Si la vie de notre maître est en danger, nous devons faire passer sa sécurité avant tout.
« C’est le plus grand honneur que de donner notre vie pour notre maître.
« Et causer sa mort serait pour nous la plus grande des hontes. »