Chapitre 6 415
L’ordre du Huitième Zhao fut rapidement transmis.
Jie Mubai intervint aussitôt : « Chef de clan, une telle occasion est rare. Ce n’est pas tous les jours que nous trouvons un royaume de stèles. Je vous en prie, réfléchissez-y à deux fois. »
« Maître, notre clan connaît Chu Feng. Je ne peux pas détourner les yeux alors qu’il a besoin d’aide. Si vous n’êtes pas pressé, vous êtes le bienvenu parmi nous. Nous irons explorer les vestiges après avoir réglé le problème de Chu Feng. Sinon, je crains que nous ne devions nous séparer ici. Si le destin le permet, nous collaborerons une autre fois », dit le Huitième Zhao.
« Quel dommage. » Jie Mubai agita ses manches et s’en alla.
Zhao Daobin l’interpella : « Maître, rien ne presse. Tout le monde ne dispose pas de moyens comme les vôtres pour déceler les stèles susceptibles de renfermer un trésor, et le Cimetière immémorial est si vaste qu’il sera difficile à d’autres de tomber sur cette stèle en particulier. »
« Vous avez raison, Ancien Zhao, mais si j’ai choisi de collaborer avec le Clan immortel Zhao, c’est en raison de votre force et de votre détermination. Je pensais que vous saisiriez toutes les occasions qui se présenteraient à vous. Je suis surpris que le chef du Clan immortel Zhao renonce à celle-ci pour Chu Feng. Peut-être que nos attentes ne concordent pas », déclara Jie Mubai d’un ton menaçant.
Il posait un ultimatum au Clan immortel Zhao : s’ils partaient maintenant, il ne travaillerait plus jamais avec eux.
Le Huitième Zhao comprit la menace de Jie Mubai et sourit. « Maître, je comprends vos intentions. Vous pouvez partir. »
Zhao Daobin décida de ne pas en dire davantage. Il devait respecter la décision de leur chef de clan.
Jie Mubai renifla, sortit du palais et quitta le navire de guerre.
« Père, est-ce que Chu Feng vaut vraiment qu’on renonce à cette occasion ? » demanda Zhao Tingxue.
« Une occasion ? Quelle importance peut-elle bien avoir ? À mon avis, Chu Feng est la plus grande occasion du Cimetière immémorial ! Inutile de s’accrocher à lui comme des sangsues quand il n’a pas besoin de nous ; mais puisqu’il cherche activement de l’aide, il doit être dans une situation désespérée. C’est l’occasion idéale de lui rendre service. Ce serait comme lui apporter du charbon en plein hiver. Chu Feng n’oubliera pas ce que nous aurons fait pour lui », répondit le Huitième Zhao.
Les membres immortels du Clan Zhao disparurent bientôt dans les ténèbres.
Jie Mubai se dirigea seul vers le royaume des stèles, mais son visage était sombre.
« Quel sort Chu Feng a-t-il jeté à ces gens ? Ils se démènent tous pour lui comme s’ils avaient perdu la raison ! »
Il ne comprenait pas. Le Huitième Zhao aurait dû être le genre d’homme à faire passer les intérêts de son clan avant tout le reste ; pourtant, il choisissait un étranger plutôt qu’une rencontre fortuite pour son clan.
Plus il y pensait, plus sa colère grandissait.
Jie Mubai n’aurait jamais sollicité le Clan immortel Zhao s’il avait pu s’emparer seul de cette rencontre fortuite. En toute autre circonstance, il aurait cédé et se serait rangé à l’avis du Clan immortel Zhao, mais il ne supportait pas de perdre une nouvelle fois face à Chu Feng.
Bien que ce fût lui qui eût choisi de se séparer du Clan immortel Zhao, il n’était pas certain de pouvoir déchiffrer seul le royaume des stèles. Il le regrettait, et plus ses regrets grandissaient, plus sa colère s’intensifiait. Mais celle-ci n’était pas dirigée contre lui-même : c’était Chu Feng qu’il tenait pour responsable.
« À quoi bon piquer une colère ? » fit soudain une voix devant lui.
Jie Mubai tressaillit.
C’était une voix masculine. Elle ne paraissait pas âgée, mais son accent ne ressemblait pas à celui de quelqu’un de l’époque actuelle. Elle ne dégageait aucune puissance oppressive ni aucune énergie, pourtant les cheveux de Jie Mubai se hérissèrent et son âme trembla de peur.
« Qui êtes-vous ? » demanda Jie Mubai avec déférence.
Il comprit que son interlocuteur pouvait être un être redoutable.
Une lumière divine et dorée, en profond contraste avec l’atmosphère sinistre du Cimetière immémorial, apparut soudain devant lui. Elle n’avait rien d’éblouissant, mais emplissait le cœur d’espoir. D’abord grosse comme une perle, elle se mit à tourner et à grandir, jusqu’à prendre la forme d’une porte.
Un talisman noir couvert d’un motif rouge évoquant un être humain flotta hors de la porte. Il avait une apparence terrifiante. Au premier regard, Jie Mubai comprit qu’il s’agissait d’un talisman puissant.
« Tu es ambitieux, mais ton talent est limité. Tu ne parviendras pas seul au sommet de la cultivation. Tes ambitions finiront par te dévorer. En revanche, si tu te soumets à cet empereur, ton chemin sera sans embûches. Je n’aime pas forcer les gens à se soumettre. Le choix t’appartient », résonna la voix de l’homme dans la lumière dorée.
« Seigneur, pourrais-je connaître votre nom ? » demanda précipitamment Jie Mubai.
Il n’obtint aucune réponse et la lumière dorée se dissipa. Cependant, le talisman noir dans sa main lui prouva que ce qui venait de se passer n’était pas le fruit de son imagination.
« Il se fait appeler “empereur” ? » Jie Mubai avait l’air perplexe.
Il mesurait le poids de ce titre. S’il s’était agi de quelqu’un d’autre, il l’aurait considéré comme un titre ronflant. Mais la voix de cet homme, à elle seule, justifiait ce titre.
Cette rencontre pouvait être une chance inouïe, et le talisman noir en était la clé.
Pourtant, il hésitait.
En tant que spirite du monde, il percevait l’étrangeté du papier talismanique. L’activer réveillerait l’être puissant qui y était enfermé, mais il lui faudrait en échange offrir son âme. Il ne pouvait pas prendre une décision pareille à la légère.
Il contempla les ténèbres infinies et les stèles biscornues qui l’entouraient, puis murmura : « Mais quel genre d’endroit est donc le Cimetière immémorial ? »
Il savait déjà que le Cimetière immémorial n’était pas aussi simple qu’il en avait l’air, mais cette rencontre venait de lui faire comprendre qu’il en sous-estimait encore la nature. C’était peut-être l’endroit le plus insondable où il eût jamais posé le pied.