Chapitre 606
« Merde ! Cousin, fuis ! » À cet instant, même Xue Jian, qui avait atteint le neuvième niveau du Royaume Céleste, paniqua : tout comme Xue Yi, il avait senti la puissance terrifiante de Chu Feng. Et comme il se trouvait au neuvième niveau du Royaume Céleste, ses sens accrus lui permettaient de mesurer pleinement l’horreur de cette puissance.
Il ne réfléchit donc pas davantage et ne se soucia même pas du sort de son cousin. Après avoir crié, il fit volte-face et voulut s’enfuir.
« Vous espérez vous enfuir ? Aucun de vous deux n’y parviendra. » Chu Feng se contenta de ricaner. Sans même bouger, il libéra de son corps une déferlante de puissance céleste déchaînée. D’abord informe, celle-ci prit la forme de deux immenses gueules sinistres qui engloutirent Xue Jian et Xue Yi.
« Aaaaaah~~~~~~~~~~ »
À cet instant, Xue Jian et Xue Yi poussèrent des cris déchirants. Si l’on avait pu voir à travers la puissance céleste déchaînée, on aurait découvert que les corps des deux frères subissaient un supplice d’une cruauté inouïe.
Leurs corps se déchiraient peu à peu, et même leur énergie de Source leur était arrachée alors qu’ils étaient encore en vie. Et tant que tout cela ne serait pas terminé, ils resteraient vivants. Ils éprouvèrent vraiment l’agonie d’être démembrés.
Le moment où leurs cris cessèrent fut aussi celui où ils rendirent leur dernier souffle. Pour être plus précis, leurs cœurs, leurs foies, leurs vésicules biliaires, leurs poumons et jusqu’aux moindres fragments de leurs os avaient disparu. Chu Feng les avait complètement dépouillés de tout.
Fff Quand la puissance céleste déchaînée réintégra son corps, deux Sacs cosmiques atterrirent aussi dans la main de Chu Feng. Il les lança légèrement en l’air à plusieurs reprises, puis déclara, d’un ton assez déçu : « Ils se vantaient tantôt comme des paons, mais il s’avère que ce ne sont que deux pauvres types. »
Chu Feng avait ses raisons de parler ainsi. Xue Jian avait affirmé posséder beaucoup de médecines martiales, mais, en fouillant leurs Sacs cosmiques, Chu Feng avait découvert que, malgré quelques médecines martiales, elles étaient toutes de rang inférieur. Il n’y avait aucune médecine martiale de rang intermédiaire.
Ils ne possédaient certes aucun objet de valeur particulière, comme des médecines martiales de rang intermédiaire, mais leurs Sacs cosmiques contenaient tout de même quantité de choses. Pour des gens ordinaires, cela représentait une véritable fortune ; pour Chu Feng, ce n’était qu’un maigre butin.
Après avoir rangé les Sacs cosmiques, Chu Feng jeta un regard en arrière par-dessus son épaule, esquissa un léger sourire et libéra le pouvoir de ses trois éclairs. Son aura retrouva le sixième niveau du Royaume Céleste, et il fila vers l’Ancien Réseau de téléportation.
Alors que Chu Feng s’éloignait peu à peu et finissait par disparaître, deux silhouettes élancées se relevèrent dans un buisson voisin. C’étaient Jiang Wanshi et Sun Yihan.
« Mon Dieu ! Il a atteint le neuvième niveau du Royaume Céleste, et sa puissance de combat est d’une force incroyable ! Avec une telle puissance, il peut même tenir tête à un Seigneur martial de rang un, non ? »
« C’est tellement inconcevable. Il a si bien dissimulé sa force qu’on n’en percevait pas la moindre trace. Pas étonnant. Pas étonnant qu’il ait pu conclure un contrat avec un Esprit du Monde Asura. C’est tout bonnement un monstre ! C’est la première fois que je vois quelqu’un d’aussi incroyable parmi les gens de notre génération ! » La bouche de Sun Yihan était grande ouverte et ses yeux débordaient de stupeur.
Quant à Jiang Wanshi, elle continua de fixer la direction dans laquelle Chu Feng était parti. Elle ne dit rien, mais ses petits yeux brillants ne reflétaient pas seulement la surprise : une pointe de honte s’y lisait également.
Ce ne fut qu’au bout d’un long moment que Jiang Wanshi reprit ses esprits. Les lèvres retroussées, elle eut un sourire amer. « Nous nous croyons des génies et méprisons ceux de notre génération. Pourtant, nous ignorions que certaines personnes dissimulent leur cultivation et ne la révèlent pas, qu’elles sont puissantes sans être arrogantes. Elles semblent ordinaires en apparence, mais en réalité, elles nous ont déjà largement dépassés.
« Tout à l’heure, nous nous sommes même montrées prétentieuses devant lui et ne lui avons accordé aucune considération. Nous ignorions qu’à ses yeux, nous n’étions que des déchets, incapables d’encaisser ne serait-ce qu’une seule de ses attaques. »
En entendant Jiang Wanshi, le teint de Sun Yihan changea légèrement. Puis, comme si une révélation venait de l’éclairer, elle demanda : « Aînée, serait-ce donc cela dont parlait le maître : “Il y a toujours quelqu’un de plus fort que soi, et un ciel au-delà du ciel” ? »
Si Jiang Wanshi et Sun Yihan avaient suivi Chu Feng, c’était parce qu’elles craignaient que Xue Jian et Xue Yi, vu leur tempérament, ne lui pardonnent pas. Elles avaient voulu le protéger discrètement jusqu’à l’Ancien Réseau de téléportation, mais elles n’avaient pas imaginé qu’elles découvriraient par hasard sa véritable puissance. Et il fallait bien reconnaître que celle-ci les avait quelque peu effrayées.
En réalité, l’énergie spirituelle de Chu Feng avait détecté non seulement les frères Xue Jian et Xue Yi, mais aussi Jiang Wanshi et Sun Yihan.
Cependant, Chu Feng avait voulu leur faire cette faveur et ne les avait donc pas interpellées. Mais après avoir senti leur stupéfaction, il prit secrètement une décision.
Dans certaines circonstances, face à certaines personnes, il ne devrait pas dissimuler sa force. Après tout, dans ce monde, ce sont les plus forts qui règnent. Seule une puissance supérieure et un talent exceptionnel pouvaient gagner le respect sincère des autres ; une force médiocre et faible, aussi humble fût-on, ne suscitait que dédain et mépris.
Chu Feng décida donc qu’à l’avenir, il parcourrait la Région de la Mer orientale en gardant le visage qu’il avait aujourd’hui. Qu’il accomplisse des actes stupéfiants ou commette des fautes abominables, il conserverait ce visage ; il ne le changerait que pour échapper à un désastre ou affronter un ennemi invincible.
Il ferait toutefois savoir aux habitants de la Région de la Mer orientale que Wuqing n’était pas quelqu’un qu’on pouvait offenser impunément. Un jour, il leur révélerait aussi que Wuqing n’était qu’un faux nom et que sa véritable identité était Chu Feng.
Mais cela n’arriverait qu’une fois qu’il serait certain que personne ne pourrait menacer sa famille et ses amis dans la Région de la Mer orientale, et qu’il serait capable de mettre sous ses pieds l’immense puissance qu’était l’Archipel de l’Exécution immortelle, puis de l’écraser.
La Région de la Mer orientale était vaste. Ses terres étaient bien moins étendues que ses mers, d’où son nom.
La Mer de Sang éternelle se trouvait au cœur d’une région maritime. Elle était très éloignée des terres, et donc aussi de la Terrasse des Amoureux.
Cependant, comme le centre de la Région de la Mer orientale était couvert d’un grand nombre d’Anciens Réseaux de téléportation, il suffisait d’avoir de l’argent : même une distance considérable ne posait alors aucun problème.
Chu Feng n’était certes pas particulièrement riche, mais les frais d’utilisation des Anciens Réseaux de téléportation ne représentaient absolument aucun problème pour lui.
Ainsi, quelques jours plus tard, Chu Feng arriva à la Mer de Sang éternelle.
« Pas étonnant qu’on l’appelle la Mer de Sang éternelle. L’eau y est vraiment rouge comme le sang. » En baissant les yeux depuis le ciel, Chu Feng ne put s’empêcher de s’exclamer. L’eau de mer ordinaire était bleue, mais celle de la Mer de Sang éternelle était rouge, comme si le sang s’était rassemblé pour former la mer.
Pourtant, malgré cette teinte rouge sang, elle n’inspirait aucune terreur à ceux qui la contemplaient. Au contraire, elle leur semblait magnifique.
La raison en était que l’eau ne dégageait pas d’odeur de sang, mais plutôt un léger parfum.
De plus, les vents et les vagues de la Région de la Mer orientale étaient violents. Dans la plupart des autres régions maritimes, les vagues s’élevaient jusqu’au ciel et empêchaient les gens ordinaires de s’approcher. Mais dans la Mer de Sang éternelle, l’eau était d’un calme anormal. Il n’y avait pas la moindre vague, et la surface de la mer ressemblait véritablement à un miroir.
Le soleil la baignait d’un éclat rougeâtre, d’une beauté incomparable, éclatant et éblouissant. Le spectacle arrachait aux gens des soupirs d’admiration.