Chapitre 524
Les flammes, ardentes et déchaînées, étaient telles des bêtes féroces. Elles couvraient le ciel et la terre dans toute la région et brûlaient sans retenue.
En un instant, les membres des deux clans furent engloutis par les flammes. Ils fondirent, furent réduits en cendres et ne laissèrent pas la moindre trace.
« Quelle puissance… Ces terrifiants océans de flammes sont bien de son fait ! » murmura Chu Feng en contemplant les flammes déchaînées qui roulaient et se répandaient autour de lui, changeant sans cesse.
Il se trouvait à l’intérieur de la Formation spirituelle dorée et les flammes ne pouvaient pas l’atteindre. Pourtant, rien qu’à l’atmosphère qui régnait, il comprenait à quel point elles étaient effroyables. Elles lui rappelaient les deux océans de flammes de la Province d’Azur.
L’un se trouvait dans le désert désolé, l’autre à l’École de la Fleur de Prunier. Tous deux étaient terrifiants. Les cultivateurs ne pouvaient pas s’en approcher, et on les considérait comme des zones interdites.
À l’époque, Chu Feng s’était demandé si ces océans de flammes terrifiants étaient l’œuvre d’un homme, et s’ils avaient pu être créés par cet homme redoutable.
Alors, il n’avait fait que le supposer. Mais aujourd’hui, il en avait la confirmation.
« Aïe, quel gâchis ! Un tel gâchis ! Il y avait tant de cultivateurs du Royaume Céleste ! Tant d’énergie Source du Royaume Céleste, dont deux cultivateurs au neuvième niveau ! Et ils sont morts comme ça. Ils auraient au moins pu me laisser un cadavre intact, que je raffine toute cette énergie Source ! »
À cet instant, Eggy sautillait en criant à tue-tête, le visage empreint de chagrin. Même si l’énergie Source des cultivateurs du Royaume Céleste ne lui permettrait peut-être pas de franchir de nouveaux paliers, elle restait extrêmement tentante à ses yeux.
Face à cette situation, Chu Feng ne put que sourire amèrement. Jusqu’ici, l’homme redoutable avait certes suivi ses paroles, mais son esprit était confus. Chu Feng ne pouvait pas tout contrôler, notamment la puissance de ses attaques.
Pour l’heure, cependant, ces petites pertes ne l’inquiétaient pas outre mesure. Il estimait que s’il parvenait à continuer de maîtriser cet homme, cela lui suffirait.
Le Fondateur du Dragon d’Azur avait dit que cet homme n’était peut-être pas un Seigneur martial, mais un Roi martial.
Rien que l’idée d’avoir à ses côtés un expert du Royaume du Roi martial, prêt à lui obéir, lui procurait un sentiment de sécurité qu’il n’avait encore jamais connu.
« Ces flammes sont trop terrifiantes et risquent de faire du mal à des innocents. Peux-tu les faire disparaître ? » demanda Chu Feng.
« Les Flammes déchaînées du Brasier céleste naissent de mon corps. Elles apparaissent et s’éteignent selon ma volonté. Si je veux qu’elles disparaissent, elles disparaîtront. »
Le regard de l’homme redoutable vacilla. Les flammes autour de lui, telles une marée, se ruèrent vers son corps. En un clignement d’œil, elles disparurent toutes.
Mais lorsqu’il posa les yeux sur le sol, Chu Feng vit qu’il n’en restait qu’un champ de ruines. La terre, noircie, dégageait une chaleur étouffante, et même l’air tremblait.
Chu Feng ne se hâta pas de ramener l’homme à la Dynastie Jiang. Le danger imminent était écarté et, puisque le Roi des Singes monstrueux et le Fondateur du Dragon d’Azur étaient là pour garder les lieux, aucun incident ne devrait survenir du côté de la Dynastie Jiang.
De plus, comme l’homme représentait une variable instable, Chu Feng devait apprendre à mieux le contrôler et le comprendre.
Il employa donc des méthodes spéciales pour le questionner. Il voulait en savoir davantage sur l’homme, afin de mieux se connaître lui-même.
Pour une raison inconnue, l’esprit de l’homme était profondément embrouillé. C’était comme si quelqu’un avait entravé ses souvenirs : il ignorait jusqu’à son propre nom et ne savait pas d’où il venait, sans parler de connaître le père de Chu Feng ou les origines de ce dernier.
Il ne se rappelait que quelques fragments, qu’il avait rassemblés en une sorte de mission : protéger Chu Feng. S’il lui arrivait quelque chose, un désastre s’abattrait sur lui.
Quand Chu Feng le questionna avec insistance, l’homme fut comme saisi d’une terreur extrême et se mit à débiter des absurdités. De plus, il perdit sa terrifiante cultivation et retomba dans son état délirant et stupide, sans même reconnaître Chu Feng.
Chu Feng s’inquiéta d’abord un peu, mais il ne paniqua pas, car il semblait peu à peu comprendre comment lui rendre sa puissance.
Il suffisait d’agir sur la cicatrice de son front. C’était là son point faible. Dès qu’on le touchait à cet endroit, l’homme retrouvait sa puissance.
Et c’est bien ce qui se produisit. Chu Feng comprit comment s’y prendre, puis toucha la cicatrice sur le front de l’homme : celui-ci recouvra ses forces. Mais il entra dans une colère noire et oublia de nouveau qui était Chu Feng.
Heureusement, Chu Feng avait compris où se trouvait son point faible. Il parvint rapidement à le soumettre à nouveau. Il ne pouvait toutefois rien contre le fait que chaque fois qu’il l’interrogeait avec insistance sur son propre père, l’homme retombait dans une terreur extrême. Chu Feng finit donc par renoncer à poser ces questions.
Il savait que, dans l’état où se trouvait l’homme, il ne devait surtout pas précipiter les choses s’il voulait découvrir son identité. Il lui fallait avancer lentement et apprendre à le connaître petit à petit. Ce n’est qu’en en sachant davantage sur lui qu’il pourrait réveiller ses souvenirs.
Quand il eut le sentiment de maîtriser parfaitement l’homme — ou, du moins, de pouvoir l’empêcher de se déchaîner et de tuer des innocents —, Chu Feng le ramena à la Dynastie Jiang.
Les membres de la Dynastie Jiang étaient encore plongés dans la peur et le trouble. Tout ce qui s’était passé auparavant leur avait paru irréel, comme dans un rêve.
Ils avaient du mal à croire que tout cela ait pu arriver. Et surtout, ils repensaient à cet être d’une puissance terrifiante, apparu sur le continent des Neuf Provinces, qui obéissait au moindre mot de Chu Feng comme s’il était son serviteur.
Rien qu’en y repensant, ils n’arrivaient toujours pas à y croire. Et c’était justement ce doute qui les empêchait de savoir si le danger était vraiment écarté.
À cet instant, ils attendaient donc quelqu’un : Chu Feng. Il était devenu essentiel à la survie de la Dynastie Jiang, car lui seul pouvait leur dire si le danger avait été écarté.
« Regardez, Chu Feng est de retour ! »
« C’est vrai ! Chu Feng est revenu ! Seigneur, Chu Feng est de retour ! » s’écria soudain quelqu’un, le doigt pointé vers le sud, fou de joie.
Aussitôt, tous ceux qui se trouvaient au Royaume Céleste s’élevèrent dans les airs et tournèrent les yeux vers le sud. Lorsqu’ils virent Chu Feng revenir à toute vitesse, accompagné d’un homme au visage absent, ils ne purent retenir leur joie.
« Chu Feng, comment ça s’est passé ? »
« Chu Feng, où sont les Dynasties Ji et Liu ? Les avez-vous rattrapées ? » L’empereur de la Dynastie Jiang et plusieurs experts, dont Jiang Hengyuan, furent les premiers à l’accueillir.
Devant leurs visages anxieux, Chu Feng sourit légèrement, puis déclara : « L’ancêtre de la Dynastie Ji, celui de la Dynastie Liu, ainsi que tous ceux de leurs dynasties qui étaient entrés sur le continent des Neuf Provinces, ont disparu à jamais de ce monde. Le grand ennemi des Neuf Provinces a été éliminé. »
« Chu Feng, dites-vous vrai ?! » À cet instant, les membres de la Dynastie Jiang furent tous stupéfaits et ravis, mais certains n’osaient pas encore y croire.
« C’est la vérité. » Chu Feng hocha fermement la tête.
« C’est merveilleux, merveilleux ! C’est vraiment merveilleux ! »
À cet instant, le visage de l’empereur de la Dynastie Jiang exprima un immense soulagement mêlé d’une joie indescriptible. Il répéta trois fois « merveilleux », tant il avait du mal à contenir son émotion.
Et il ne fut pas le seul : presque tous les autres présents réagirent de la même façon.