Chapitre 51
Su Mei portait un qipao rose et ses longs cheveux d’un noir de jais retombaient sur ses épaules. Un grand nœud ornait même le sommet de sa tête. Associée à son doux visage, sa tenue avait quelque chose de frais, de pur et d’élégant ; elle était un régal pour les yeux.
« Eh bien, ma chérie ? Nous sommes séparés depuis si peu de temps que tu penses déjà à moi ? » En voyant Su Mei ainsi vêtue, Chu Feng ne put s’empêcher de la taquiner.
« Tu crois que si tu m’appelles encore une fois “ma chérie”, je ne vais pas t’arracher la bouche ? » Su Mei grinca des dents, et son doux visage se durcit aussitôt.
Mais, aux yeux de Chu Feng, elle était encore plus mignonne ainsi. Il rit et lança : « Pourquoi tu ne me laisses pas t’appeler ma chérie ? Je suis ton amoureux ! »
« Espèce de salaud ! »
Les mains blanches comme neige de Su Mei agrippèrent le bras de Chu Feng. Elle pinça sa peau entre deux doigts comme avec une paire de tenailles et tourna brusquement. Le visage de Chu Feng se tordit aussitôt, sa bouche s’ouvrit et un cri pareil au hurlement des fantômes et des loups retentit dans la taverne.
« Aaaaaaaaaah ! »
Un moment plus tard, ils se retrouvèrent tous deux dans une rue de la Cité antique.
Il se trouvait qu’un grand nombre d’experts s’étaient rassemblés ici. Certains avaient flairé une occasion : en attendant des nouvelles sur la tombe, ils sortaient des trésors étranges, mais précieux, pour les vendre.
Quand Su Mei l’apprit, sa curiosité l’emporta. Désireuse de s’amuser, elle entraîna Chu Feng avec elle.
À cet instant, ils arpentaient les vieilles rues. Chu Feng, qui avait l’air d’un garçon niais, suivait la belle Su Mei ; ils attiraient de nombreux regards admiratifs et jaloux.
Mais, de toute évidence, Chu Feng ne se rendait pas compte de sa chance. Il contempla la marque verdâtre sur son bras et se plaignit : « Sale peste, tu y es allée trop fort. Regarde, c’est tout vert, maintenant. »
« Hum ! Voyons si tu oseras encore me taquiner ! » Su Mei retroussa les lèvres, ravie de son petit effet, puis promena joyeusement son regard tout autour. Tout en parlant, elle prit Chu Feng par la main et l’entraîna vers un étal.
On y avait disposé toutes sortes de bijoux pour jeunes filles. Les matériaux étaient singuliers et les couleurs, nombreuses. Su Mei, complètement captivée, s’accroupit devant l’étal et se mit à examiner soigneusement les articles.
La vieille dame qui tenait l’étal en fut ravie et entreprit de lui présenter les articles avec enthousiasme. En voyant son sourire rusé et son air malicieux, Chu Feng la jugea d’un mot : une marchande roublarde !
Comme il s’ennuyait, Chu Feng regarda sur le côté et aperçut un vieil homme allongé non loin de là.
Il était plutôt sale. Qui savait depuis combien de jours il ne s’était pas lavé les cheveux ? Ceux-ci étaient collés en mèches épaisses.
Son visage était couvert de crasse, ses vêtements rapiécés de partout, et les pièces étaient elles-mêmes rapiécées. Il portait un sac en toile d’où dépassait une forme indéfinissable. Une jambe de son pantalon était longue, l’autre courte. Il avait aux pieds une paire de chaussures trouées : ses orteils dépassaient à l’avant et son talon à l’arrière.
Contrairement aux autres vendeurs, qui interpellaient les passants à tout-va, lui restait allongé là, une jambe croisée sur l’autre, comme un oisif. Il ne prêtait même pas attention aux clients qui passaient devant lui.
Le vieil homme ne vendait pas de biens, mais le tas de livres devant lui attira l’attention de Chu Feng.
À première vue, ces livres n’avaient rien de spécial. Abîmés, miteux et usés, ils étaient même recouverts d’une couche de poussière. Impossible de distinguer leur titre.
Pourtant, grâce à sa puissance spirituelle, Chu Feng repéra dans le tas un livre qui dégageait une étrange fluctuation.
« Vieil homme, combien vends-tu ces livres ? » demanda-t-il en s’approchant.
Le vieil homme ne leva même pas la tête. Il tendit un doigt vers Chu Feng pour lui montrer le chiffre un.
« Une pièce de cuivre ? » tenta Chu Feng.
« Ha ! Une pièce de cuivre, ça suffit même pas à nourrir un mendiant ! » À ces mots, le vieil homme se redressa d’un bond, furieux.
« Alors tu veux un tael d’argent ? » Chu Feng garda un ton poli, mais jura intérieurement : *Avec une tête pareille, même si tu te dis mendiant, tu fais insulte aux mendiants.*
« Une Perle spirituelle, et tu emportes tout ! » Le vieil homme articula chaque mot avec soin.
« Bon sang ! Pourquoi pas me voler directement ? Tu demandes autant pour ces vieux livres tout cassés ? » Chu Feng se mit lui aussi en colère.
Mais le vieil homme n’en eut cure. Il se rallongea par terre et lâcha : « À prendre ou à laisser. »
Puis il marmonna : « Ces livres m’ont été transmis par mes ancêtres. Il doit bien y avoir des trésors parmi eux, mais les gens ordinaires ne savent pas les reconnaître. Si les temps n’étaient pas si durs, je ne les sortirais jamais pour les vendre. »
« Tes ancêtres ? Tu racontes n’importe quoi. Qui était ton ancêtre ? » Su Mei venait elle aussi de s’approcher.
« Mon ancêtre venait d’un endroit extraordinaire. C’était un Esprit du Monde ! » déclara fièrement le vieil homme.
« Un Esprit du Monde ? Quel vantard ! » Su Mei ne le crut visiblement pas.
« Tu me crois ou tu ne me crois pas, peu m’importe. Quelqu’un qui s’y connaît finira par acheter tout ça. » Sur ces mots, il ferma les yeux.
En entendant le vieil homme, Chu Feng sentit son cœur se serrer. S’il disait vrai, la fluctuation qu’il avait perçue provenait très probablement des vestiges d’un Esprit du Monde.
« Su Mei, tu as une Perle spirituelle ? Prête-m’en une ! » Chu Feng serra les dents en le lui demandant.
« Qu’est-ce que tu fabriques ? Tu vas vraiment te laisser avoir par ce vieil homme ? » Su Mei semblait réticente.
« Si tu en as une, prête-la-moi, s’il te plaît ! » Chu Feng lui tendit la main.
« Imbécile. Je ne t’ai jamais vu aussi bête. » Malgré ses paroles, Su Mei sortit une Perle spirituelle de sa bourse et la donna à Chu Feng.
« Merci. » Chu Feng prit la Perle spirituelle et la tendit au vieil homme. « Vieil homme, je t’achète tes livres ! »
« Waouh ! C’est bien une Perle spirituelle. Tu es plutôt riche, ma petite dame. » Le vieil homme s’en saisit et l’examina avec attention. Après avoir tapoté la perle de la main gauche pendant un bon moment, il la serra contre lui avec affection.
« On dirait que c’est la première fois que tu en vois une, non ? » En voyant le vieil homme tout excité, Su Mei fut très contrariée.
Chu Feng, lui, ne dit rien. Il enveloppa les dizaines de livres dans la toile qui servait d’étal et les hissa sur son épaule.
« Hé hé, petit frère, tu as l’œil. Pour te témoigner mon admiration, je vais t’offrir un cadeau. » Mais, au moment où Chu Feng s’apprêtait à partir, le vieil homme sortit quelque chose de son sac en toile troué.
C’était un disque violet, taillé dans une essence de bois particulière. Les quatre directions — nord, est, sud et ouest — y étaient inscrites. Sur les côtés figuraient les mots « vie » et « mort », « bonne fortune » et « malchance ». Un symbole étrange était gravé au centre du disque de bois.
« Qu’est-ce que c’est ? » Su Mei le lui prit des mains et l’examina avec curiosité.
« Hé, ma petite dame. Cet objet vient d’un endroit extraordinaire. Il est indispensable aux Esprits du Monde. »
« Il permet de prédire la vie et la mort, la bonne fortune et la malchance. On l’appelle la Boussole des Esprits du Monde ! » expliqua le vieil homme, comme s’il en savait long sur le sujet.
« Oh ? C’est impressionnant. Comment s’en sert-on ? » demanda Su Mei avec insistance.
« Ça… C’est un objet pour les Esprits du Monde. Comment veux-tu que je le sache ? Hé hé, débrouillez-vous pour l’étudier tous les deux. Au plaisir de vous revoir ! »
Le vieil homme se caressa la barbe sèche et roula des yeux, comme s’il craignait que Chu Feng ne revienne sur son achat. Puis il se retourna et prit la fuite.
« Regarde ! Je savais bien que c’était un escroc ! » En voyant le vieil homme filer comme une flèche, Su Mei tapa du pied, furieuse.