Chapitre 4 335
Chu Feng ne se considérait pas comme un gentleman. Il lui arrivait de se montrer obstiné et déraisonnable. À vrai dire, il suivait souvent le dicton : « Seul un imbécile refuse les bonnes choses qui lui tombent tout cuit dans le bec. »
Mais, pour une raison ou une autre, il avait le sentiment qu’il ne serait pas correct de traiter Long Xiaoxiao de cette manière.
Sans même parler de tout ce qu’elle avait enduré ces derniers jours, Chu Feng trouvait surtout que cette affaire sentait terriblement mauvais.
Pourquoi diable une telle condition se trouvait-elle ici ?
Au vu de tout ce qui s’était passé jusque-là, Chu Feng en était déjà arrivé à la conclusion que quelqu’un s’amusait à leurs dépens.
Cependant, la Source de la veine du dragon se trouvait ici bien avant que les ancêtres du Clan du Dragon n’y établissent leur base. Cette terre n’avait donc pas été créée par eux.
Il lui était désormais impossible de remonter jusqu’au créateur de cet endroit.
Quoi qu’il en soit, à ses yeux, la personne qui avait créé cet espace ne semblait pas être du genre frivole.
Mais s’il était question de gens frivoles, Chu Feng en connaissait justement un qui se trouvait à ses côtés : le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
Le Vieux Daoïste au nez de bœuf possédait des pouvoirs insondables. Chu Feng ne doutait donc pas qu’il eût les capacités nécessaires pour créer une épreuve de ce genre.
En repensant aux agissements précédents du Vieux Daoïste au nez de bœuf, Chu Feng se dit que s’il ne les avait pas fait entrer immédiatement, c’était peut-être parce qu’il avait profité de ce délai pour modifier l’intérieur.
Et le résultat de ses efforts n’était autre que la formation qui le retenait prisonnier avec Long Xiaoxiao en cet instant.
Mais ce n’était qu’une supposition de Chu Feng. Il n’avait aucune preuve et n’était donc pas en mesure d’accuser le Vieux Daoïste au nez de bœuf, d’autant plus que celui-ci était son maître.
De toute façon, Chu Feng n’allait pas en parler à Long Xiaoxiao, que ce soit vrai ou non.
Sinon, l’estime qu’elle avait pour son maître s’effondrerait.
« Princesse Long Xiaoxiao, ne vous méprenez pas. Vous êtes une beauté resplendissante, issue d’une noble famille, tandis que moi, Chu Feng, je ne suis qu’un humble garçon. Comment pourrais-je vous mépriser ? » s’empressa-t-il d’expliquer.
« C’est vrai ? Vous ne me méprisez vraiment pas ? »
Long Xiaoxiao fixa Chu Feng de ses beaux yeux. Au fond de son regard brillait une lueur de doute.
« Bien sûr ! Je jure devant le ciel que si j’ai dit le moindre mensonge, qu’il me frappe de cinq éclairs ! » Chu Feng leva la main et prêta serment.
« Tu as une Lignée céleste. La foudre te frappe chaque fois que tu fais une percée ! » s’indigna Long Xiaoxiao.
Elle croyait que Chu Feng se moquait d’elle, ce qui la rendait furieuse.
« Alors je vais faire un autre serment. Si je te mens, que mon fils naisse sans trou aux fesses », dit Chu Feng.
« Qu’est-ce que tu racontes ? Tu ne devrais pas mêler ta femme et ton fils à tes propres affaires ! Et… tu as déjà un fils ? » demanda de nouveau Long Xiaoxiao.
Cette fois, toutefois, ses yeux vacillèrent avec inquiétude, comme si quelque chose la préoccupait.
« Bien sûr que non ! » Chu Feng secoua la tête.
Il avait déjà été en couple, mais même dans un moment d’ivresse, il avait gardé la tête froide.
Qu’est-ce qui effrayait le plus Chu Feng ?
Que ses proches soient entraînés dans ses propres affaires. Il ne pouvait pas se permettre d’avoir un enfant alors qu’il n’était même pas encore capable de se protéger.
Il avait certes pris du plaisir à l’époque, mais avait employé une méthode spéciale pour empêcher son fluide de s’écouler.
Il était donc certain de ne pas avoir d’enfant.
« Alors tu as encore moins de raisons de jurer là-dessus ! » remarqua Long Xiaoxiao.
Elle jeta un regard en coin à Chu Feng, puis finit par laisser tomber. « Tant pis, je vais te faire confiance pour cette fois ! Mais si c’est bien le cas, pourquoi préfères-tu mourir ici plutôt que de suivre les instructions inscrites sur les motifs ? »
« Petit bienfaiteur, je crois que tu me dois une explication logique, sinon je ne pourrai que conclure que tu me méprises », insista Long Xiaoxiao en faisant la moue.
« Je trouve simplement que quelque chose cloche. Il est très probable que ce soit une épreuve », répondit Chu Feng.
« Une épreuve ? » Long Xiaoxiao ne comprenait pas.
« Oui, une épreuve. »
Chu Feng lui exposa alors son point de vue.
Il lui expliqua que cette condition bizarre visait à éprouver le respect qu’ils avaient l’un pour l’autre. S’ils tenaient bon et refusaient de faire ce qu’indiquait le motif, ils réussiraient l’épreuve.
En revanche, s’ils obéissaient, même s’ils parvenaient à briser la formation spirituelle du yin et du yang, ils seraient punis.
Chu Feng exposa son raisonnement avec une grande cohérence et une assurance telle que ses paroles parurent particulièrement convaincantes à Long Xiaoxiao.
« Ah, je comprends ! Je me suis vraiment méprise sur ton compte, petit bienfaiteur. Attendons donc. Même si nous mourons, je n’aurai aucun regret tant que tu seras avec moi », dit Long Xiaoxiao en souriant.
Chu Feng fut surpris. Il ne pensait pas que cette jeune fille lui ferait autant confiance.
Soudain, une voix résonna dans ses oreilles : « Espèce d’incapable ! Je t’offre une si belle occasion, et tu ne la saisis pas ? »
Ce message télépathique venait de nul autre que son maître, le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
« Je savais que tu étais derrière cette farce, maître ! Qu’est-ce que tu cherches à faire ? »
Grâce à la transmission de voix, Chu Feng put également repérer où se trouvait le Vieux Daoïste au nez de bœuf et lui répondre.
Cette fois, Chu Feng était vraiment furieux.
Depuis qu’il avait quitté le Royaume inférieur pour venir jusqu’ici, le Vieux Daoïste au nez de bœuf n’était pas le seul maître qu’il avait eu.
Mais c’était la première fois qu’il avait affaire à un maître aussi tordu !
Le Vieux Daoïste au nez de bœuf avait-il vraiment été le plus puissant Esprit du Monde de la Galaxie de la Sainte Lumière ?
Le plus puissant des Esprits du Monde se serait-il vraiment livré à une absurdité pareille ?
« Ne t’emballe pas. Ton maître agit aussi dans ton intérêt. Long Xiaoxiao est destinée à accomplir de grandes choses. Tu ne seras pas perdant si tu te rapproches d’elle.
« Et puis, cette jeune fille est plutôt jolie. Pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour aller jusqu’au bout ? Tu le regretteras si tu la laisses passer ! » dit le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
« Maître, c’est vraiment déplacé ! Je n’éprouve pas ce genre de sentiments pour la princesse Xiaoxiao. Comment pourrais-je profiter d’elle ainsi ? Comment pourrais-je devenir ton disciple si j’étais ce genre d’homme ?
« Si c’est comme ça, je devrais profiter de chaque belle femme que je croiserai à l’avenir ? Je ne serais rien d’autre qu’un violeur ! » répliqua Chu Feng.
Il avait choisi ses mots avec tact, afin de faire passer son message sans critiquer le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
« Hum, hum… »
Le Vieux Daoïste au nez de bœuf toussota légèrement. Il semblait avoir lui aussi compris que ce qu’il avait fait était déplacé. « Tu es bien mon bon disciple, je savais que tu ne me décevrais pas. En fait, je voulais seulement voir quel genre d’homme tu étais. Si tu étais allé jusqu’au bout, je t’aurais vraiment méprisé ! »
Les paroles du Vieux Daoïste au nez de bœuf firent apparaître de sombres stries sur le visage de Chu Feng. Il se sentit soudain un peu méprisant envers son maître.
À bien y réfléchir, ce n’était pas une épreuve, mais une mauvaise plaisanterie.
« Félicitations, tu as réussi mon épreuve. Bon, ne perdons plus de temps. Laissons cette jeune fille profiter de l’énergie de cet endroit ! » dit le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
Weng !
L’instant d’après, le monde plongé dans les ténèbres s’illumina soudain.
Le véritable monde de la Source de la veine du dragon se dévoila sous les yeux de Chu Feng et de Long Xiaoxiao.
Au même moment, une ouverture apparut derrière eux. C’était l’entrée par laquelle ils étaient arrivés. S’ils le souhaitaient, ils pouvaient désormais repartir quand bon leur semblait.
Le monde dans lequel ils avaient pénétré était bleu.
On y trouvait des montagnes et des rivières, mais tout était bleu.
C’était un bleu magnifique, qui donnait l’impression que tout était fait de saphirs étincelants.
Ils avaient l’impression d’avoir pénétré dans un rêve.
Mais surtout, l’énergie qui les avait piégés jusque-là avait disparu sans laisser de trace.
Une puissante aura jaillissait des alentours en direction de Long Xiaoxiao et se rassemblait rapidement autour d’elle. On aurait dit un enfant qui retrouvait enfin le lieu auquel il appartenait.
« Petit bienfaiteur, tu avais raison ! C’était bien une épreuve, et nous l’avons réussie grâce à toi ! »
Long Xiaoxiao sautillait joyeusement tandis qu’elle parlait avec une excitation débordante.
« Assieds-toi vite. Utilise ta technique martiale pour absorber cette énergie », l’exhorta Chu Feng.
« Petit bienfaiteur, tu sens toi aussi l’énergie qui afflue vers moi ? » demanda Long Xiaoxiao, stupéfaite.
En vérité, elle était si heureuse parce qu’elle sentait une puissante vague d’énergie déferler vers elle.
Elle n’avait jamais ressenti une énergie aussi puissante et ne doutait pas qu’elle puisse changer sa vie à jamais.
Seulement, elle croyait être la seule à la sentir. Elle ne pensait pas que Chu Feng pouvait la percevoir lui aussi.
« Xiaoxiao, assieds-toi et utilise la technique martiale que tu as cultivée au sein du Clan du Dragon. Essaie d’absorber cette énergie. Mon maître m’a demandé de te dire de ne pas perdre ton temps ici. Tu dois chérir cette occasion : elle pourrait bien changer ton destin ! »
Chu Feng ne mentait pas. C’était bien ce que le Vieux Daoïste au nez de bœuf lui avait dit plus tôt.
« Petit bienfaiteur, j’ai compris. Attends-moi ici. »
Long Xiaoxiao sentait déjà combien l’énergie autour d’elle était puissante, et les paroles de Chu Feng ne firent que renforcer son sérieux.
Elle s’assit donc rapidement par terre, ferma les yeux et mit sa technique martiale en œuvre. L’énergie des alentours se mit à affluer dans son corps, la propulsant vers de nouveaux sommets.