Chapitre 399
Grâce au Dragon traversant les neuf cieux, Chu Feng fila à toute vitesse. Mais après seulement quatre heures de vol, les effets de la médecine interdite commencèrent à s’estomper rapidement et le contrecoup se fit sentir.
Dans ces conditions, Chu Feng n’osa pas poursuivre sa route. Il choisit plutôt une chaîne de montagnes assez modeste, la plus proche, et s’y cacha.
Le proverbe « Le lieu le plus dangereux est aussi le plus sûr » avait bel et bien une part de vérité.
Cette chaîne de montagnes hors du commun n’était assurément pas le meilleur endroit où se cacher. Mais précisément pour cette raison, ceux qui le recherchaient risquaient de ne pas y prêter attention. Chu Feng estima donc que c’était un assez bon refuge.
Boum ! Boum ! Boum !
Une fois dans la montagne, Chu Feng empoigna la Hache fantôme Asura et frappa à tout-va. Il creusa de force une caverne dans la roche.
Après avoir creusé la caverne, il disposa d’abord plusieurs Formations spirituelles de détection à l’extérieur, puis installa une Formation spirituelle de dissimulation à l’entrée, afin que personne ne puisse découvrir les lieux. Ce n’est qu’après avoir tout mis en place qu’il se réfugia à l’intérieur, l’esprit tranquille.
« Aaaah… ! »
Très vite, le contrecoup de la médecine interdite s’intensifia. Même après avoir pris la pilule médicinale que le vice-chef Gao avait donnée à Chu Feng, la douleur lui était encore extrêmement difficile à supporter.
On aurait dit que d’innombrables fourmis s’enfonçaient dans le corps de Chu Feng et le déchiraient de leurs morsures, des veines à la peau, jusqu’aux organes. Une démangeaison étrange, insupportable, mêlée à une douleur atroce.
Mais bientôt, cette souffrance insoutenable disparut. Aussitôt après, une chaleur brûlante l’envahit, comme si Chu Feng était tombé dans un brasier. Il endurait les supplices d’un océan de flammes, tandis qu’un four semblait consumer son corps de l’intérieur.
Tourmenté par cette chaleur terrifiante, Chu Feng avait déjà réduit ses vêtements en lambeaux. Entièrement nu, il se roulait dans la caverne, mais ne parvenait toujours pas à supporter cette chaleur.
Enfin, la sensation de brûlure s’estompa. Mais, contre toute attente, le supplice de la médecine interdite continua ; cette fois, un froid qui lui glaçait les os s’empara de lui. Chu Feng grelottait, incapable de le supporter, comme s’il avait été transporté dans une grotte de glace.
Tantôt, Chu Feng suait à grosses gouttes ; tantôt, son corps entier tremblait. Par moments, il se crispait, se griffait la poitrine et les flancs ; à d’autres, il se frappait le torse et frappait le sol du pied. Il fut torturé à en mourir, puis ramené à la vie.
Au début, Chu Feng pouvait encore hurler pour soulager sa douleur. Mais bientôt, il n’eut même plus la force de crier et resta étendu, impuissant, sur le sol, secoué de temps à autre par des spasmes.
Il fallait reconnaître que le contrecoup de cette médecine interdite était véritablement atroce. La douleur ne faisait pas perdre connaissance ; elle maintenait les victimes parfaitement lucides, les obligeant à la ressentir dans chaque fibre de leur corps et de leur être.
Tel était le prix à payer. Réclamer une puissance qui ne nous appartenait pas, c’était devoir en payer le juste prix. Voilà ce qu’étaient les médecines interdites.
Chu Feng payait maintenant ce prix, et c’était la douleur physique la plus insupportable qu’il eût jamais connue.
Mais il ne le regrettait pas. Il était en vie et avait même obtenu un million cinquante mille perles profondes grâce à cela.
Ces perles profondes feraient considérablement progresser la cultivation de Chu Feng et le rapprocheraient encore du septième niveau du Royaume du Profond. Cela signifiait aussi qu’il serait plus près de sauver les sœurs Su Rou et Su Mei. Chu Feng estimait donc que tout en valait la peine. Même si le contrecoup avait été encore plus douloureux et avait duré plus longtemps, cela en aurait toujours valu la peine.
Il fallait reconnaître que l’effet dissuasif de Zi Xuanyuan avait porté ses fruits. Jie Xingpeng était bel et bien parti et ne suivait pas Chu Feng en secret. Pour le moment, celui-ci était donc en sécurité.
Tandis que Chu Feng subissait les vagues de tourments provoquées par le contrecoup de la médecine interdite, caché dans sa caverne, les puissances qui avaient chacune perdu cent cinquante mille perles profondes refusèrent de ravaler leur affront en silence et passèrent à l’action.
L’École Yuangang, l’École du Dieu du Feu, la Secte Blanche cachée, la Vallée de la Liberté et de l’Insouciance, la Vallée du Dieu de l’Épée et le Clan Jie — ces six grandes puissances — promirent de généreuses récompenses et firent placarder des avis de recherche dans tout le continent des Neuf Provinces. Elles s’unirent pour lancer la traque de Chu Feng.
Le motif invoqué dans ces avis était tout aussi absurde : Chu Feng aurait dérobé la Hache fantôme Asura, une Armement d’élite découverte par ces puissances dans d’anciennes ruines. Il aurait aussi empoisonné leurs experts, leur infligeant de lourdes pertes.
Elles ajoutèrent que Chu Feng était un fléau et qu’il fallait l’éliminer malgré son jeune âge, sans quoi il causerait d’innombrables catastrophes à l’avenir.
Face à ces déclarations absurdes, la Guilde des Esprits du Monde ne prit pas publiquement sa défense. Après tout, elle avait déjà aidé Chu Feng à s’échapper.
Et c’était précisément pour cette raison que l’École Yuangang et les autres puissances nourrissaient de la rancœur envers la Guilde des Esprits du Monde. Certains voulaient même s’en prendre à elle. Dans ces circonstances, la Guilde ne pouvait vraiment plus intervenir dans le conflit entre Chu Feng et les autres puissances, sans quoi elle aurait joué avec le feu.
Quant à la Villa prestigieuse, elle ne fit étonnamment pas placarder d’avis de recherche et accepta en silence les cent cinquante mille perles profondes que Chu Feng lui avait extorquées. Nul doute que Zi Xuanyuan avait plus ou moins quelque chose à voir avec cette décision.
À peine les avis de recherche publiés, l’agitation gagna la foule. Après tout, lors du Rassemblement des alliances matrimoniales, Chu Feng s’était fait connaître d’un seul coup et avait laissé une excellente impression à beaucoup de gens, qui le prenaient pour un génie remarquable.
Mais ils n’auraient jamais imaginé que Chu Feng était ce genre d’individu. L’estime grandissante de beaucoup se transforma aussitôt en mépris.
Les six grandes puissances exagérèrent tant et si bien que les qualificatifs de méprisable, d’impudent, de malfaisant et de sinistre furent tous accolés à Chu Feng. D’innombrables personnes se mirent à le détester.
Ce jour-là, dix jours s’étaient écoulés depuis la fuite de Chu Feng de la Villa prestigieuse. Tous ceux qui participaient encore au Rassemblement des alliances matrimoniales se réunirent de nouveau au sommet de la montagne.
La raison était simple : Zi Ling, qui s’était isolée pendant longtemps, en était sortie ce jour-là et allait annoncer le nom de celui qu’elle aimait.
« Je me demande vraiment qui Dame Zi Ling aime. »
« Ce doit être Jie Qingming, non ? Sinon, Xu Zhongyu. Après tout, ce sont les deux hommes les plus remarquables de ce Rassemblement des alliances matrimoniales, et seuls eux sont dignes de Dame Zi Ling. »
« Comment est-ce possible ? Jie Qingming et Xu Zhongyu n’ont-ils pas déjà été promis à des disciples de la Villa prestigieuse ? »
« Ils ont été promis à des aînées de la même villa que Zi Ling. Comment une jeune femme aussi intelligente et avisée qu’elle pourrait-elle choisir l’un de ces deux-là ? »
« Pas forcément. On peut conclure des fiançailles, mais aussi les rompre. En plus, Dame Zi Ling s’était retirée avant qu’elles soient conclues, et celui qu’elle aime occupait déjà son cœur. »
« Je crois que c’est une jeune femme qui aime passionnément. Si elle aime vraiment quelqu’un, même s’il est déjà fiancé, elle annoncera quand même le nom de celui qu’elle aime et ne changera pas d’avis pour autant. »
À cet instant, le sommet de la montagne était noir de monde. Les hypothèses allaient bon train au sujet de l’homme que Zi Ling aimait, et beaucoup estimaient qu’il s’agissait probablement de Jie Qingming ou de Xu Zhongyu. D’autres jugeaient cela impossible, et le sujet provoqua même des disputes.
« Tss ! Jie Qingming, toujours Jie Qingming. Et sinon, Xu Zhongyu. La jeune génération des Neuf Provinces ne compte donc personne d’autre que ces deux-là ? »
Dans la foule, Tang Yixiu lâcha ces mots avec colère. Bai Yunfei, Liu Xiaoyao et Song Qingfeng, qui se tenaient à ses côtés, affichaient le même mécontentement.
Eux aussi avaient reçu des lettres d’invitation et en éprouvaient une réelle amertume : tout le monde ne parlait que de Jie Qingming et de Xu Zhongyu.