Chapitre 3 804
Il s’avéra que le vieux Tang ne souffrait pas du tout d’une maladie incurable.
Il était victime d’une malédiction.
Le vieux Tang s’était lui-même maudit.
Il s’était condamné à mourir avec sa bien-aimée.
Il n’était donc pas étonnant que son état se fût dégradé au même rythme que celui de la mère de Song Ge.
Il n’était pas étonnant non plus qu’il fût mort peu après elle.
Tout cela avait été délibérément orchestré par le vieux Tang.
À cet instant, Chu Feng fut profondément bouleversé.
La mère de Song Ge avait aimé le vieux Tang de tout son cœur. Et lui aussi l’avait aimée profondément.
De l’amour, bien sûr qu’il l’aimait. S’il n’avait éprouvé que de la culpabilité et de la honte, il ne serait pas allé aussi loin.
Bien que le vieux Tang et la mère de Song Ge ne se fussent pas adressé un seul mot pendant toutes ces années, ils s’étaient aimés profondément.
Bien qu’il eût semblé ne jamais accompagner la mère de Song Ge, le vieux Tang était resté à ses côtés en silence tout ce temps.
Même devant la mort, que la grande majorité des gens redoutait, le vieux Tang n’avait montré aucun signe de lâcheté et avait décidé d’accompagner sa bien-aimée dans la mort.
Voilà ce qu’était le véritable amour !!!
......
Le lendemain, Chu Feng fit ses adieux à Song Ge.
Cela dit, il ne s’éloigna pas après l’avoir quittée.
En effet, lorsque les sept soleils seraient visibles au-dessus de la Chaîne de montagnes des Sept Soleils, l’entrée de celle-ci s’ouvrirait enfin.
Son état d’esprit avait énormément changé depuis son arrivée.
En cinq petits jours à peine, il avait été témoin du dernier voyage d’une famille, marqué par l’amour et les regrets.
Chu Feng en avait été profondément touché. Il avait aussi commencé à voir le monde d’un œil entièrement nouveau. Il portait même un regard différent sur la voie de la cultivation martiale. Il sentait… qu’une occasion de percer se présentait à lui.
Lorsque la porte d’entrée de la Chaîne de montagnes des Sept Soleils s’ouvrit, tous se mirent en file pour gravir la montagne. Chu Feng ne fit pas exception.
Cependant, son objectif différait de celui de la foule.
Les autres gravissaient la montagne pour profiter de l’abondante énergie naturelle qu’elle renfermait.
Ce n’était pas ce que cherchait Chu Feng. Il voulait rencontrer le maître de la Chaîne de montagnes des Sept Soleils, Yuan Shu.
À sa grande surprise, la Chaîne de montagnes des Sept Soleils avait beau avoir ouvert ses portes, Yuan Shu était toujours en retraite. Les gardes ne savaient pas quand il en sortirait.
Chu Feng en fut très déçu.
Il avait attendu tant de jours pour rien. Il ne pouvait tout de même pas rester là jusqu’à ce que Yuan Shu sorte de sa retraite.
Tout en réfléchissant, il commença à redescendre la montagne.
« Ancien Asura ! »
Soudain, plusieurs voix l’appelèrent.
Chu Feng leva les yeux et découvrit Yang Shenshen, accompagnée de son père, le maître du Paradis du Miroir d’Eau. D’autres membres du Paradis du Miroir d’Eau étaient avec eux, notamment le grand-père de Miao Yu.
« Quelle coïncidence ! Vous êtes venus vous entraîner, vous aussi ? » demanda Chu Feng.
« C’est exact. Ancien Asura, vous êtes venu vous entraîner, vous aussi ? » demanda Yang Shenshen.
« On peut dire ça », répondit Chu Feng.
« Mais le terrain d’entraînement se trouve là-haut. Pourquoi redescendez-vous la montagne ? » demanda Yang Shenshen.
« Je ne pense pas que cet endroit puisse beaucoup m’aider. Je ne compte donc pas m’y entraîner », répondit Chu Feng.
Comme la montagne était bondée, ses paroles attirèrent aussitôt d’innombrables regards.
Certains se moquaient de lui, d’autres levaient les yeux au ciel, et certains le foudroyaient du regard.
Yang Shenshen s’approcha de Chu Feng et lui transmit sa voix : « Ancien, vous ne devriez pas dire ce genre de choses. Tous ceux qui sont ici sont venus pour l’énergie naturelle des lieux. Si vous parlez ainsi, vous allez les mettre en colère. »
« Je comprends. Je me suis mal exprimé. » Chu Feng sourit.
Il comprenait naturellement où Yang Shenshen voulait en venir. Il comprenait aussi ce que ressentaient ces gens.
Des milliers de personnes attendaient qu’un banquet commence. Elles l’espéraient tant qu’elles le proclamaient comme le meilleur banquet du monde.
Mais alors que tous s’en régalaient avec enthousiasme, voilà que quelqu’un déclarait soudain qu’il n’avait rien d’extraordinaire. Il n’était pas étonnant que les convives le prennent mal.
De plus, cette remarque revenait à remettre en cause le goût et le sens de l’esthétique de chacun.
« C’est étrange. Je ne suis pas le seul à ne pas vouloir m’entraîner là-haut. Ces gens aussi restent ici sans gravir la montagne, non ? » Chu Feng désigna un groupe à proximité.
Une immense esplanade s’étendait là, où une foule s’était rassemblée. À première vue, ils étaient au moins plusieurs dizaines de milliers.
Et leur nombre ne cessait d’augmenter.
« Ancien, ils attendent l’ouverture de la Porte du Manoir des Esprits du Monde », expliqua Yang Shenshen.
« La Porte du Manoir des Esprits du Monde ? Qu’est-ce que c’est ? » demanda Chu Feng.
« C’est un cadeau précieux, spécialement préparé pour les spiritualistes du Monde des Esprits. »
« À l’intérieur se trouvent de nombreux trésors utiles aux Esprits du Monde et aux spiritualistes du Monde des Esprits. »
« La Porte du Manoir des Esprits du Monde s’ouvre une fois par an. Beaucoup de gens ne sont donc pas venus pour s’entraîner, mais pour y entrer. »
« Ancien, vous êtes vous aussi un spiritualiste du Monde des Esprits. Vous n’avez qu’à sonder les environs. Tous ces gens débordent de puissance spirituelle. Ce sont tous des spiritualistes du Monde des Esprits », expliqua Yang Shenshen.
« Maintenant que vous le dites… »
Chu Feng avait déjà remarqué qu’ils étaient tous des spiritualistes du Monde des Esprits.
Et ce n’était pas tout : il avait découvert qu’ils appartenaient tous à la jeune génération et avaient moins de cent ans.
« Bzzz… »
Soudain, une immense porte de formation spirituelle apparut au centre de l’esplanade.
Dès qu’elle se matérialisa, les spiritualistes du Monde des Esprits présents sur l’esplanade se mirent à s’y précipiter.
La porte de formation spirituelle attira aussitôt le regard de Chu Feng.
En effet, la puissance spirituelle qui s’en dégageait était prodigieuse. Chu Feng ne parvenait pas à en déterminer le niveau, mais il était certain qu’elle dépassait le simple rang de spiritualiste du Monde des Esprits au manteau sacré à marque de dragon.
« Cet Yuan Shu n’est décidément pas qu’un spiritualiste du Monde des Esprits au manteau sacré à marque de dragon. Il a bel et bien dissimulé sa véritable puissance. »
Chu Feng se réjouit en secret. Il l’avait déjà soupçonné, mais la porte de formation spirituelle venait de renforcer sa conviction.
« Dis-moi, ça t’intéresse, cette Porte du Manoir des Esprits du Monde ? » demanda Chu Feng.
Il s’adressait à Yu Sha, l’Esprit du Monde qui se trouvait dans son corps.
« Comme tu veux », répondit froidement Yu Sha.
« Quelle fille ! On se connaît depuis si longtemps, et tu es toujours aussi froide ? »
« Puisque tu me laisses choisir, je vais décider. Allons voir ce qu’il y a là-dedans. »
Sa décision prise, Chu Feng se dirigea aussitôt vers la Porte du Manoir des Esprits du Monde.
Yang Shenshen et les autres lui emboîtèrent le pas.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Ça vous intéresse, vous aussi ? » demanda Chu Feng.
« Non. Nous voulions simplement vous accompagner et jeter un coup d’œil », répondit Yang Shenshen.
« Oui, oui, oui. » Le grand-père de Yang Shenshen acquiesça à plusieurs reprises.
« Ce n’est pas très intéressant de regarder de l’extérieur. Entrons voir », proposa Chu Feng.
« Ancien Asura, attendez ! »
« Vous voulez dire que vous comptez entrer dans la Porte du Manoir des Esprits du Monde ? » demanda Yang Shenshen.
« C’est exact. Pourquoi ? » demanda Chu Feng, perplexe.
« Ancien Asura, vous ne connaissez peut-être pas bien cet endroit. Mais la Porte du Manoir des Esprits du Monde est soumise à une restriction : seules les personnes de la jeune génération âgées de moins de cent ans peuvent y entrer. »
« De plus, il faut être spiritualiste du Monde des Esprits. En effet, une fois à l’intérieur, on ne peut plus utiliser la moindre puissance martiale. La seule puissance à laquelle on peut recourir, ce sont les techniques des Esprits du Monde », expliqua Yang Shenshen.