Chapitre 3 785
Comme Chu Feng s’y attendait, dès qu’il posa la question, les hommes affichèrent un air réjoui.
Enfin, quelqu’un leur donnait l’occasion de se faire valoir.
« Frère Asura, on dirait que le Salon de thé des Bambous verts vous intéresse beaucoup. À vrai dire, quelqu’un de votre statut ne pourra jamais y entrer de toute sa vie. »
« Cela dit, vous avez beaucoup de chance de nous avoir rencontrés, et surtout d’avoir fait la connaissance de notre frère Luo Zhi. »
« Le père de frère Luo Zhi est le meilleur ami du propriétaire du Salon de thé des Bambous verts. Les autres ne peuvent pas y entrer, mais frère Luo Zhi, lui, est libre d’y aller quand il le souhaite. Et, bien sûr, il a droit à la meilleure place », déclarèrent-ils avec une grande fierté.
« Vraiment ? À ce point-là ? »
Chu Feng prit un air admiratif en regardant l’homme du nom de Luo Zhi.
Quant à Luo Zhi, il ne prit même pas la peine de regarder Chu Feng. D’un ton orgueilleux, il déclara : « Je n’emmène au Salon de thé des Bambous verts que mes amis proches. »
Autrement dit, il ne comptait pas y emmener Chu Feng.
« Jeune Maître Asura, le spectacle du Salon de thé des Bambous verts vous intéresse beaucoup ? » demanda Song Ge à Chu Feng.
« Il m’intéresse un peu, en effet. Mais le jeune maître Luo Zhi vient de dire qu’il n’y emmènerait que ses amis proches. Comme je ne le connais pas, je ne peux évidemment pas entrer. »
« Song Ge, autant trouver un petit salon de thé au hasard pour boire quelque chose », proposa Chu Feng.
« D’accord », répondit Song Ge sans la moindre hésitation, l’air même impatiente.
On aurait dit qu’elle était ravie à l’idée de prendre le thé avec Chu Feng dans un petit salon.
Chu Feng ne s’attarda pas. Il se retourna et s’éloigna, aussitôt suivi avec empressement par Song Ge.
En voyant cela, Wang Lian tenta immédiatement de la retenir, mais Song Ge ne lui prêta aucune attention.
Wang Lian en fut très surprise. D’habitude, Song Ge hésitait après l’avoir entendue insister. Pourquoi l’ignorait-elle complètement, cette fois-ci ?
Elle ne comprenait pas quel pouvoir magique Chu Feng possédait pour attirer Song Ge de cette façon.
Après tout, elle et Song Ge étaient des amies proches. Elle la connaissait bien, ainsi que tout ce qui la concernait.
Song Ge n’attirait pas seulement les regards des gens de l’extérieur : au Monastère de la Purification du Vide aussi, certains la convoitaient comme des loups.
Pourtant, quels qu’ils fussent, Song Ge leur témoignait toujours la même indifférence.
Wang Lian s’était même demandé autrefois si Song Ge n’aimait pas les hommes.
Song Ge lui avait répondu que ce n’était pas le cas, mais qu’elle avait des critères extrêmement élevés pour choisir un époux. L’homme devait non seulement être beau, mais aussi posséder une certaine force et une présence imposante.
Sa cultivation ne devait, à tout le moins, pas être inférieure à la sienne.
Mais surtout, Song Ge croyait au romantisme.
Elle espérait que l’homme de ses rêves la sauverait comme un héros sauve une beauté en détresse.
Mais comment une telle perfection pouvait-elle exister en ce monde ? Comment tout pouvait-il se dérouler selon les rêves d’une seule personne ?
Wang Lian estimait donc que Song Ge ne trouverait jamais un homme à son goût, avec des exigences pareilles.
Pourtant, l’attitude de Song Ge envers Chu Feng était tout à fait anormale.
Wang Lian ne comprenait pas pourquoi elle se comportait ainsi. Après tout, Chu Feng ne semblait avoir ni le niveau de cultivation ni l’apparence exigés par Song Ge.
Voyant que Song Ge partait vraiment avec Chu Feng, Luo Zhi se précipita devant ce dernier et lui barra la route.
« Frère Asura, attendez, je vous en prie. Puisque le Salon de thé des Bambous verts vous intéresse, allons-y donc prendre le thé. »
Luo Zhi avait abandonné son arrogance et venait même d’inviter Chu Feng de son plein gré à prendre le thé au Salon de thé des Bambous verts.
« Vraiment ? Je ne vais pas vous causer d’ennuis ? » demanda Chu Feng.
« Bien sûr que non, bien sûr que non. Puisque frère Asura est un ami de l’Ancienne Song Ge, il est aussi mon ami. Nous sommes tous amis, alors comment pourrais-je avoir des ennuis ? » répondit Luo Zhi avec un sourire. Mais son sourire sonnait terriblement faux.
« Dans ce cas, allons voir ce Salon de thé des Bambous verts », dit Chu Feng à Song Ge.
« D’accord. » Song Ge acquiesça avec joie.
À cette vue, les autres bouillirent de colère.
Ils avaient passé tout à l’heure un long moment à essayer de convaincre Song Ge de les accompagner au salon de thé, en vain.
Et voilà qu’une seule phrase de Chu Feng avait suffi à la faire changer d’avis. Cela les contrariait et les vexait profondément.
Ils étaient certes mécontents, mais Song Ge avait enfin accepté de les accompagner. Ils en étaient donc aussi ravis.
Après tout, une fois au salon de thé, ils pourraient boire du thé et déguster des rafraîchissements. Ils pourraient aussi truquer le thé.
À cette pensée, les hommes échangèrent des regards et affichèrent des sourires malveillants.
Ils étaient heureux que Song Ge ait accepté de venir, mais ils n’appréciaient guère que Chu Feng les accompagne.
« Frère Luo Zhi, tu comptes vraiment emmener ce type au Salon de thé des Bambous verts ? »
« Regarde-le : un vrai péquenaud. S’il nous accompagne, les autres vont se moquer de nous. »
« Trouvons un moyen de nous débarrasser de lui. Et si ça ne marche pas, menaçons-le. »
Les hommes envoyèrent leurs paroles à Luo Zhi par transmission vocale.
Ils espéraient pouvoir éloigner Chu Feng pour qu’il ne gâche pas leurs plans.
« Ne vous en faites pas, le Salon de thé des Bambous verts est mon territoire. Une fois là-bas, il va le regretter. »
« Ce ne serait pas mieux de savourer quelques amuse-bouches avant de passer au plat principal, Song Ge ? »
Luo Zhi s’exprima sur un ton particulièrement ignoble.
À ces mots, les hommes comprirent tous ses intentions.
Ils affichèrent alors à leur tour un air impatient.
Mais ils ignoraient que, même s’ils communiquaient par transmission vocale, Chu Feng entendait toutes leurs paroles.
Chu Feng et les autres arrivèrent bientôt au Salon de thé des Bambous verts.
Malgré son nom, l’établissement était immense.
À lui seul, le salon principal pouvait accueillir des centaines de millions de personnes. En plus de celui-ci, il y avait plus de dix mille salons privés. Chacun était extrêmement vaste et pouvait recevoir plus de dix mille personnes à la fois.
Bien sûr, seuls les gens assez puissants pouvaient entrer dans ces salons privés. En général, ils venaient par groupes de trois ou quatre, et certainement pas à plus de dix mille.
La décoration du Salon de thé des Bambous verts était également très élégante.
Les jeunes bambous en formaient l’ornement principal, complétés par d’autres plantes. Aucun tableau ne décorait l’établissement, qui gardait pourtant une allure simple et raffinée. L’intérieur ressemblait à une forêt couverte.
Sous la conduite de Luo Zhi, Chu Feng et les autres furent installés dans un salon privé.
Celui-ci avait été créé au moyen de techniques d’Esprit du Monde. Depuis l’extérieur, il était impossible de voir ce qui s’y passait. En revanche, de l’intérieur, on pouvait observer tout le salon principal.
Peu après qu’ils se furent assis, on leur apporta du thé.
Il fallait reconnaître que le thé proposé ici était l’œuvre d’un maître en la matière.
Non seulement le choix était vaste, mais les thés étaient aussi très parfumés, corsés, limpides et doux.
Avec l’ambiance du lieu, les déguster était un véritable plaisir.
C’était particulièrement vrai dans le salon principal, qui différait des espaces privés. De nombreuses petites tables y étaient disposées et quantité de personnes y prenaient le thé. À vrai dire, il aurait été plus juste de qualifier l’endroit d’immense restaurant que de salon de thé.
Tout l’établissement bourdonnait d’activité. Chu Feng aimait beaucoup cette ambiance.
Les cultivateurs martiaux aspiraient à une cultivation et à un statut sans égal.
Beaucoup vivaient comme des Immortels. Après avoir joui de leur statut suprême pendant des années, ils finissaient même par oublier qu’ils étaient des hommes.
Ce salon de thé était certes lui aussi rempli de cultivateurs, mais il débordait de vie.
Une fois sur place, on avait l’impression de retrouver l’existence la plus ordinaire et la plus simple.
Chu Feng appréciait beaucoup cette ambiance. Il buvait du thé, regardait le spectacle et bavardait tranquillement avec Song Ge.