Chapitre 3 735
À peine Chu Feng eut-il fermé les yeux que la région alentour se mit à changer.
Même le Grand maître Liangqiu était incapable de décrire la nature de ces changements.
Ce ne fut qu’à l’apparition de nuages dorés dans le ciel, où la pluie tombait à torrents, que le Grand maître Liangqiu s’enthousiasma tout particulièrement.
Les nuages d’or s’étendaient à perte de vue.
Ce n’était pas leur présence qui stupéfiait le Grand maître Liangqiu, mais les images de quatre êtres gigantesques qu’on distinguait dans leur masse.
C’étaient quatre créatures colossales.
Le féroce Tigre Blanc.
La placide Tortue noire.
Le gracieux Oiseau Vermillon.
Le fier Dragon d’Azur.
Leurs silhouettes gigantesques recouvraient le ciel tout entier.
L’aura qui émanait de leurs corps, celle de souverains parmi les bêtes, était véritablement stupéfiante.
« S’agit-il d’un pouvoir divin ?
— C’est la première fois que j’en vois un d’une telle puissance.
— Frère Zhu, vous avez donné un tel pouvoir divin à Chu Feng ? »
Devant ce spectacle saisissant, même le Grand maître Liangqiu, pourtant si expérimenté et si instruit, fut complètement abasourdi.
« Vous pouvez m’appeler Nez-de-Bœuf. Après tout, c’est ma véritable apparence », répondit le vieux daoïste au nez de bœuf.
« Nez… » Le Grand maître Liangqiu soupira.
« Permettez-moi de continuer à vous appeler frère Zhu. »
Il trouvait plus facile de continuer à appeler le vieux daoïste au nez de bœuf « frère Zhu ».
Ce n’était pas qu’il fût incapable de l’appeler Nez-de-Bœuf. C’était simplement qu’il avait éprouvé tant d’hostilité à son égard qu’il en était venu à détester jusqu’au nom de « Nez-de-Bœuf ».
« Peu importe. Appelez-moi comme vous voulez. »
En voyant le Grand maître Liangqiu dans cet état, le vieux daoïste au nez de bœuf se sentit plutôt impuissant.
« Ce pouvoir divin ne vient pas de moi. Il appartient à Chu Feng », expliqua le vieux daoïste au nez de bœuf.
« Il lui appartient ? Se pourrait-il… que ce garçon ait prévu depuis longtemps de fusionner avec un pouvoir divin et qu’il se soit donné beaucoup de mal pour l’obtenir ? Mais où a-t-il bien pu trouver un pouvoir divin aussi puissant ? » Le Grand maître Liangqiu était très curieux.
« Il devrait venir des Royaumes inférieurs », répondit le vieux daoïste au nez de bœuf.
« Des Royaumes inférieurs ? Cela ne me paraît pas possible. »
Le Grand maître Liangqiu secoua la tête à plusieurs reprises.
À ses yeux, les Royaumes inférieurs étaient des terres désolées, peuplées d’une bande de gens dépourvus de talent pour la cultivation martiale.
Comment pouvait-il donc s’y trouver un pouvoir divin aussi puissant ?
« Liangqiu, voilà pourquoi tu es si lent à comprendre. »
« Tu ne dois pas mépriser les Royaumes inférieurs. Ce Cœur universel, je l’ai moi aussi obtenu dans l’un d’eux », dit le vieux daoïste au nez de bœuf au Grand maître Liangqiu.
« Vraiment ?! » Le Grand maître Liangqiu eut du mal à y croire.
« Bien sûr. Pourquoi mentirais-je à ce sujet ? » répondit le vieux daoïste au nez de bœuf.
« Mais la puissance martiale des Royaumes inférieurs est si ténue. Comment pourrait-elle se condenser pour former une merveille naturelle aussi extraordinaire ? » Le Grand maître Liangqiu restait sceptique.
« C’est pour cela que le monde de la cultivation martiale est si merveilleux. »
« Si tout pouvait s’expliquer par le bon sens, quel plaisir resterait-il dans ce monde ? » demanda le vieux daoïste au nez de bœuf.
En entendant ces paroles, le Grand maître Liangqiu les trouva plutôt sensées.
« On dirait que ce vieil homme a encore beaucoup à apprendre de toi. »
« À l’avenir, je partirai explorer les Royaumes inférieurs. »
Après avoir prononcé ces mots, le Grand maître Liangqiu reporta son regard sur les quatre Bêtes divines dans le ciel.
Ces quatre Bêtes divines n’étaient que des images. Pourtant, elles semblaient si vivantes qu’on aurait dit de véritables créatures. Leur aura sacrée et majestueuse imprégnait la terre sous elles. Même le Grand maître Liangqiu éprouva du respect en la ressentant.
À cet instant, Chu Feng se trouvait dans l’espace de dantian créé par ce Cœur universel.
À l’intérieur de ce dantian, sa conscience se retrouva dans un monde sans limites.
Le ciel y était constellé d’étoiles. On aurait dit l’immense monde de la cultivation martiale.
Dans son autre dantian, Chu Feng pouvait voir les neuf gigantesques Bêtes de foudre.
Les neuf énormes Bêtes de foudre qui se trouvaient dans son autre dantian ne lui prêtaient jamais la moindre attention.
Mais les Bêtes divines des Quatre Symboles qui habitaient ce dantian étaient tout autres.
« Quatre aînés, cela fait longtemps. »
En voyant les Quatre Symboles apparaître de nouveau devant lui, Chu Feng sentit une joie profonde l’envahir.
Des souvenirs lui revinrent en mémoire.
C’étaient ceux de sa jeunesse.
Cette période de sa vie lui était infiniment précieuse.
À cette époque, outre Sa Majesté la Reine, les Bêtes divines des Quatre Symboles lui avaient elles aussi apporté une aide immense.
Elles revêtaient donc une importance toute particulière aux yeux de Chu Feng.
« Chu Feng, jamais nous n’aurions imaginé que tu parviendrais réellement à nous rendre à tous les quatre notre forme de pouvoir divin. »
Les Bêtes divines des Quatre Symboles étaient manifestement des êtres sacrés, élevés au-dessus de tous. Pourtant, lorsqu’elles regardaient Chu Feng, elles ne montraient aucune arrogance et n’éprouvaient que de la gratitude.
« Quatre aînés, je vous l’avais promis. Il était tout naturel que je tienne parole », répondit Chu Feng.
« Ha ha, nous connaissons bien ton caractère. »
« Quand nous t’avons rencontré sur le Continent des Neuf Provinces, tu n’étais encore qu’un garçon. Tu étais si faible que je ne t’avais pas accordé la moindre attention. À l’époque, jamais je n’aurais imaginé que tu atteindrais le niveau qui est le tien aujourd’hui. »
« En te voyant aujourd’hui, nous savons que nous ne nous étions pas trompés en te choisissant. Tu as largement dépassé nos attentes. »
Les Bêtes divines des Quatre Symboles étaient profondément émues en regardant Chu Feng.
Sa transformation était tout simplement colossale.
Sur le Continent des Neuf Provinces, certains jeunes de sa génération pouvaient rivaliser avec Chu Feng.
À présent, l’écart entre eux et lui était aussi immense que celui qui séparait le ciel de la terre.
Dans le Royaume inférieur des Ancêtres martiaux, ces gens seraient encore des êtres au sommet.
Mais Chu Feng s’était transformé en dragon gigantesque et avait dépassé le neuvième ciel.
« Vous me flattez, aînés. À l’avenir, j’aurai encore besoin de votre aide », dit Chu Feng.
« C’est précisément ce que nous attendions que tu dises. »
« Chu Feng, nous sommes restés dans ton corps toutes ces années. Nous avons donc été témoins de ta croissance. Nous t’avons vu affronter le danger, sans pouvoir t’aider. Ce sentiment d’impuissance était vraiment pénible. »
« Mais à présent, tout est différent. Tu peux enfin de nouveau recourir à notre puissance. »
« Utilise-la autant que tu le souhaites. Nous avons attendu ce jour depuis bien longtemps… »
Les Bêtes divines des Quatre Symboles étaient toutes extrêmement enthousiastes. Il était évident qu’elles attendaient ce jour depuis longtemps.
Tout comme les Bêtes divines des Quatre Symboles, ravies d’avoir retrouvé leur puissance, Chu Feng était lui aussi transporté de joie.
Après tout, pour lui comme pour elles, cet événement avait une importance extraordinaire : il pouvait changer leur destin.