Chapitre 3 733
« Tout à l’heure, tu as dit que je n’étais pas qualifié pour parler de ton frère Zhu ? »
« Autant te le dire : s’il est question d’être qualifié pour parler de lui, je suis sans doute le mieux placé pour parler de ton frère Zhu. »
« Frère Liangqiu, n’est-ce pas ? »
Le Vieux Daoïste au nez de bœuf reprit la parole. Mais, lorsqu’il prononça ces mots, le Grand maître Liangqiu et Chu Feng changèrent tous deux d’expression.
La voix du Vieux Daoïste au nez de bœuf avait changé. Ce n’était plus la sienne : elle était devenue identique à celle du vieil homme Zhu.
En y regardant de plus près, le Grand maître Liangqiu et Chu Feng furent encore plus stupéfaits.
Ils découvrirent que l’apparence du Vieux Daoïste au nez de bœuf avait changé. Son visage était maintenant celui du vieil homme Zhu.
Et ce n’était pas seulement son apparence : sa silhouette et son aura étaient elles aussi devenues exactement semblables à celles du vieil homme Zhu.
« Nez-de-bœuf, qu’est-ce que tu fabriques, bon sang ?! »
Après un bref instant de stupeur, le Grand maître Liangqiu entra dans une colère encore plus noire.
Il trouvait que le Vieux Daoïste au nez de bœuf se faisait passer pour son bon ami, ce qui était extrêmement irrespectueux envers lui.
« Liangqiu, tu ne m’as même pas reconnu ? J’ai vraiment perdu mon temps à te fréquenter toutes ces années. »
« Si tu ne me reconnais pas… tu devrais au moins reconnaître ça, non ? »
Tout en parlant, le Vieux Daoïste au nez de bœuf sortit un pinceau.
Il avait l’air tout à fait ordinaire, voire usé. Chu Feng remarqua pourtant qu’il s’agissait d’un trésor de spirite du monde.
« Toi… Pourquoi est-ce que tu aurais… »
Contrairement à Chu Feng, le Grand maître Liangqiu affichait une expression stupéfaite.
Les autres ignoraient peut-être de quel pinceau il s’agissait, mais lui le savait.
C’était lui qui l’avait offert au vieil homme Zhu.
Ce pinceau avait beau sembler tout à fait ordinaire, il était unique au monde !
Le Grand maître Liangqiu recula alors de deux pas et se mit à examiner l’homme qui lui faisait face.
Après l’avoir observé un moment, il conclut qu’il s’agissait bel et bien de son frère Zhu.
« Frère Zhu, c’était donc toi… Tu es encore en vie. C’est toi qui as fait sortir Chu Feng du Cœur du Miroir ? »
« Mais pourquoi t’es-tu déguisé en ce Nez-de-bœuf et t’es-tu ainsi moqué de moi ? »
« Tu sais pourtant très bien que c’est justement ce Nez-de-bœuf que je déteste le plus. »
Ayant compris, le Grand maître Liangqiu pensa que le vieil homme Zhu avait sauvé Chu Feng et s’était délibérément déguisé en Vieux Daoïste au nez de bœuf pour lui jouer un tour.
À sa grande surprise, le vieil homme Zhu laissa échapper un petit rire. « Je suis bien ton frère Zhu. Mais je suis aussi ce Nez-de-bœuf que tu détestes tant. »
À peine eut-il fini de parler que l’apparence du vieil homme Zhu changea de nouveau. Il reprit celle du Vieux Daoïste au nez de bœuf.
Un sourire triomphant éclairait son visage, mais il avait quelque chose de vulgaire. Il souriait d’un air malicieux, comme un enfant qui venait de réussir son mauvais coup.
« Aîné, se pourrait-il que l’aîné Zhu… soit vous aussi ? » demanda Chu Feng.
« Malin. Liangqiu, regarde comme tu es bouché ! Tu comprends encore moins vite qu’un enfant », lança le Vieux Daoïste au nez de bœuf en jetant au Grand maître Liangqiu un regard moqueur.
« Aîné, puisque vous êtes l’aîné Zhu, pourquoi m’avoir demandé d’entrer dans le Cœur du Miroir ? » demanda Chu Feng, très perplexe.
« Chu Feng, le rendez-vous fixé dans soixante-dix-neuf jours était en réalité une épreuve que ce vieil homme t’avait préparée. »
« Et tu l’as réussie », déclara le Vieux Daoïste au nez de bœuf à Chu Feng.
« Toi… tu es vraiment frère Zhu ?! »
Contrairement à Chu Feng, le Grand maître Liangqiu ne pouvait en croire ses yeux.
Il n’arrivait toujours pas à accepter la vérité qui se tenait devant lui.
« Frère Liangqiu, tu ne comprends toujours pas ? »
« En vérité, je suis Nez-de-bœuf. Quant à ce prétendu frère Zhu, ce n’était qu’un déguisement. »
« Quand je t’ai dit que je devais entrer dans le Cœur du Miroir pour sauver Chu Feng, je t’ai menti. »
« Je ne suis pas entré dans le Cœur du Miroir. Je suis allé directement dans la Porte de la Mort et j’ai pris l’apparence du Vieux Daoïste au nez de bœuf. »
« Quant à notre jeune ami Chu Feng, après avoir passé quatre heures dans la Porte de la Mort, il ne pouvait plus sentir sa puissance terrifiante. En réalité, ce n’est pas moi qui l’ai aidé : le son de la Cloche de la Mort ne résonne que pendant quatre heures. »
« Si l’on parvient à supporter la Cloche de la Mort pendant quatre heures après être entré dans la Porte de la Mort, sa puissance cesse de nous affecter. »
« Mais la grande majorité des gens voient leur âme exploser et meurent avant que ces quatre heures ne s’écoulent. »
« Or, Chu Feng a non seulement supporté le son de la cloche pendant quatre heures, mais il a aussi aidé Chu Xuanzhengfa à tenir aussi longtemps. »
« C’est donc grâce à Chu Feng qu’ils ont pu survivre, et non grâce à moi », expliqua le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
« Aîné, alors, quand vous avez dit que vous séjourniez dans la Porte de la Mort depuis de nombreuses années, c’était aussi un mensonge ? » demanda Chu Feng.
« On ne peut pas vraiment parler de mensonge. Toutes ces années, j’ai séjourné dans la Mer miroir. Seulement, je n’y vivais pas sous les traits du Vieux Daoïste au nez de bœuf, mais sous ceux de celui que tu prenais pour l’aîné Zhu », répondit le Vieux Daoïste au nez de bœuf avec un sourire.
« Frère Zhu, tu ne serais pas en train de te moquer de moi ? » demanda le Grand maître Liangqiu.
Il affichait toujours une expression très compliquée, et même embarrassée.
Il détestait profondément le Vieux Daoïste au nez de bœuf. Il avait même tenu des propos malveillants à son sujet devant son frère Zhu.
Jamais il n’aurait imaginé que son frère Zhu était en réalité le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
Mais surtout, le Vieux Daoïste au nez de bœuf et son frère Zhu lui semblaient appartenir à deux mondes différents.
Découvrir soudain qu’ils n’étaient qu’une seule et même personne le laissa incapable d’accepter la vérité, au moins pour le moment.
« Ha ha ! Frère Liangqiu, ne m’en veux pas de t’avoir trompé. »
Le Vieux Daoïste au nez de bœuf tapa l’épaule du Grand maître Liangqiu et éclata de rire.
Il plaisantait, mais son rire avait quelque chose de franchement odieux.
On aurait dit qu’il prenait un malin plaisir à voir le Grand maître Liangqiu si embarrassé.
« Ça alors… »
« Il faut que ce vieil homme reprenne ses esprits. »
Le Grand maître Liangqiu inspira profondément et ferma les yeux.
Au bout d’un long moment, il les rouvrit et regarda le Vieux Daoïste au nez de bœuf.
« Alors… tu peux vraiment aider Chu Feng à fusionner avec son Pouvoir divin ? » demanda le Grand maître Liangqiu au Vieux Daoïste au nez de bœuf.
Il était convaincu que le Vieux Daoïste au nez de bœuf était incapable d’aider Chu Feng à fusionner avec son Pouvoir divin.
Il le pensait parce que le Vieux Daoïste au nez de bœuf avait déjà aidé bien des gens, mais que tous, sans exception, avaient échoué.
De plus, le Vieux Daoïste au nez de bœuf était très vantard, et pourtant il n’avait jamais accompli quoi que ce soit de ce dont il se targuait.
Voilà pourquoi le Vieux Daoïste au nez de bœuf avait si mauvaise réputation, et pourquoi même le très droit Grand maître Liangqiu le méprisait tant.
Mais en découvrant que le Vieux Daoïste au nez de bœuf était en réalité son frère Zhu, son opinion changea radicalement.
Après tout, à ses yeux, son frère Zhu était un homme aux capacités insondables.
Si le Vieux Daoïste au nez de bœuf était vraiment son frère Zhu, cela signifiait qu’il possédait lui aussi des capacités insondables et qu’il était loin d’être aussi simple qu’il en avait l’air.
C’est pourquoi le Grand maître Liangqiu se dit que le Vieux Daoïste au nez de bœuf était peut-être bel et bien capable d’aider Chu Feng à fusionner avec son Pouvoir divin.
« Bien sûr. Si ceux qui m’ont précédé ont échoué, c’est parce qu’ils manquaient de persévérance et de force. »
« Chu Feng, lui, est différent. Il… pourra bientôt fusionner avec son Pouvoir divin et devenir un Corps divin. »
« Frère Liangqiu, félicitations… tu vas assister à la transformation de Chu Feng en Corps divin », dit le Vieux Daoïste au nez de bœuf au Grand maître Liangqiu avec un grand sourire.
« Frère Zhu, tu m’as vraiment joué un sacré tour. »
« Non, je me trompe. Je devrais t’appeler Nez-de-bœuf, pas vrai ? »
Le Grand maître Liangqiu finit par sourire.
L’expression de Chu Feng changea elle aussi. Une pointe d’excitation et d’impatience brilla dans ses yeux.
« Aîné, vous avez dit que je pourrais bientôt fusionner avec mon Pouvoir divin ? » demanda Chu Feng au Vieux Daoïste au nez de bœuf.