Chapitre 3 711
« Liangqiu, tu perds la tête. Quatre heures ne sont même pas encore écoulées. Pourquoi es-tu si impatient ? » demanda le vieil homme Zhu.
« Frère Zhu, deux vies sont en jeu. Tu n’as pas besoin d’être aussi dur, non ? » demanda le grand maître Liangqiu.
« J’ai dit quatre heures, alors ce seront quatre heures. » Le vieil homme Zhu ne céda pas d’un pouce.
« Alors, continuons d’attendre. Chu Feng a tenu jusque-là ; quelques instants de plus ne changeront pas grand-chose », dit le grand maître Liangqiu.
Bien qu’il ne pût voir ce qui se passait dans la Porte de la Mort, il ne quittait pas des yeux l’expression du vieil homme Zhu.
Ainsi, le grand maître Liangqiu savait que Chu Feng et Chu Xuanzhengfa étaient toujours en vie.
« Ce garçon est effectivement très capable. Mais n’oublie pas qu’il porte un fardeau. »
« Pour le protéger, il a décidé de supporter en même temps une puissance deux fois plus grande. »
« À présent, il est sur le point de ne plus tenir. Si je ne descends pas, il ne survivra certainement pas », dit le vieil homme Zhu.
« Hein ? » À ces mots, le grand maître Liangqiu changea radicalement d’expression.
« Aîné, je vous en prie, sauvez-les », fit entendre Gu Mingyuan.
Elle s’inquiétait trop pour Chu Feng et Chu Xuanzhengfa. Aussi, tout en parlant, s’apprêtait-elle à s’agenouiller devant le vieil homme Zhu.
« Ce n’est pas nécessaire. »
Avant que Gu Mingyuan ne puisse s’agenouiller, le vieil homme Zhu l’arrêta.
« Jeune fille, ne sois pas aussi prévenante à chaque fois. Ce vieil homme ne peut accepter tant d’égards », rit le vieil homme Zhu.
Après quoi, il se tourna vers le grand maître Liangqiu. « Liangqiu, tu as raison. Ce garçon a du talent. Je te fais cette faveur et vais l’aider cette fois. »
« Cependant, puisque la Porte de la Mort s’est déjà refermée, je ne pourrai pas y entrer. »
« Je ne peux pénétrer que dans l’endroit le plus profond de la Mer miroir : le Cœur du Miroir. Grâce à sa puissance, je pourrai atténuer celle de la Porte de la Mort. »
À ces mots, le grand maître Liangqiu changea radicalement d’expression. « Le Cœur du Miroir ? Faut-il vraiment que tu y entres ? »
Le grand maître Liangqiu savait parfaitement que la Mer miroir comptait plusieurs endroits dangereux. La Porte de la Mort en était l’un d’eux.
Mais le plus dangereux de tous était le Cœur du Miroir, un lieu qu’il ne pouvait même pas atteindre.
« Je n’ai pas le choix. Après tout, j’ai promis d’aider ce gamin. »
« Même si je pourrai réduire la puissance de la Porte de la Mort une fois dans le Cœur du Miroir, je devrai en payer le prix. »
« Je resterai prisonnier du Cœur du Miroir. Bien sûr, je ferai tout mon possible pour m’en échapper. »
« Alors, Liangqiu, si je parviens à en revenir vivant d’ici soixante-dix-neuf jours, tant mieux. »
« Mais si je ne suis pas revenu vivant au bout de soixante-dix-neuf jours, demande à ce garçon de venir me chercher. »
« S’il s’agit de ce garçon, il pourrait bien réussir à me sauver. »
« Souviens-toi : soixante-dix-neuf jours, pas un de moins. N’essaie pas de venir me chercher avant. »
« Après soixante-dix-neuf jours… » Il toussa. « Si tu as une conscience, dis à ce garçon de venir me sauver. »
À peine eut-il fini de parler que l’eau jaillit vers le ciel. Le vieil homme Zhu avait plongé dans la Mer miroir et filait droit vers ses profondeurs.
À cet instant, le grand maître Liangqiu affichait une expression empreinte de honte et de culpabilité.
Le vieil homme Zhu aurait pu se rendre dans d’autres endroits, cela n’aurait pas été pareil. Mais s’il pénétrait dans le Cœur du Miroir, il risquait bel et bien d’y mourir.
Il ne souhaitait pas la mort de Chu Feng, mais ne voulait pas non plus que son vieil ami périsse à cause de lui.
Aussi retint-il fermement le nombre soixante-dix-neuf.
……
Chu Feng ignorait ce qui s’était passé à l’extérieur.
Les tourments provoqués par la puissance du courant sous-marin lui avaient fait perdre connaissance. Il ne savait plus combien de temps s’était écoulé.
Après un laps de temps indéterminé, Chu Feng reprit peu à peu conscience. Il sentit que la puissance qui le tourmentait avait disparu.
Elle avait même complètement disparu.
Chu Feng ouvrit les yeux et découvrit qu’il se trouvait toujours dans la Mer miroir. Des roches indestructibles couvraient encore les zones au-dessus et au-dessous de lui.
Chu Xuanzhengfa était à ses côtés. Sa main agrippait fermement le bras gauche de ce dernier. Chu Feng continuait sans relâche à insuffler de la puissance dans son corps. Il semblait ne pas avoir cessé de le protéger, même inconscient.
Cela dit, bien que tout fût revenu à la normale, la Mer miroir se comportait de façon très anormale.
Non seulement le courant sous-marin qui les tourmentait avait disparu, mais les vagues tumultueuses s’étaient également calmées.
La Mer miroir était désormais aussi tranquille que sa surface. Cette tranquillité était si étrange qu’elle en devenait inquiétante.
« Bzzz… »
Soudain, une aura apparut dans la Mer miroir.
Cette aura semblait divine. En la ressentant, Chu Feng sentit son cœur s’accélérer.
Bien que le courant sous-marin qui l’avait blessé eût disparu de la Mer miroir, ses Yeux célestes y demeuraient inefficaces.
Il ne pouvait donc pas trouver l’origine de cette aura. Pour la découvrir, il lui faudrait avancer lentement.
Après avoir parcouru une certaine distance, Chu Feng eut la surprise de constater qu’une grande partie des roches qui obstruaient le passage en contrebas avait disparu.
En dessous, il n’y avait toujours que de l’eau de mer, noire comme de l’encre et sans fond.
Pourtant, Chu Feng se souvenait très bien être passé par là plus tôt, lorsqu’il cherchait une issue.
À l’époque, les roches étaient encore parfaitement intactes. Il n’y avait pas la moindre étendue d’eau sans fond.
Chu Feng eut vaguement l’impression que quelque chose clochait, que la situation était forcément suspecte.
Mais cette aura était si divine qu’elle semblait l’appeler. Chu Feng était absolument incapable de résister à cette force.
« Aîné, j’ignore si la suite de ce voyage nous sera favorable ou non. Je ne peux pas vous emmener avec moi. »
Chu Feng installa Chu Xuanzhengfa sur un rocher et lui laissa un bref message : il lui demandait de ne pas bouger et de l’attendre là.
Il avait agi ainsi parce que l’endroit était immense et que toutes ses facultés d’observation étaient inefficaces.
Chu Feng craignait que Chu Xuanzhengfa ne parte à sa recherche en se réveillant.
Après avoir laissé son message, Chu Feng ne se précipita pas directement dans cette zone d’eau sans fond.
Il ignorait si des dangers l’attendaient en contrebas. Pour empêcher Chu Xuanzhengfa de le suivre, il installa donc une formation de dissimulation.
Sa formation spirituelle pouvait non seulement dissimuler la zone d’eau sans fond, mais également sceller cette aura divine.
Ses préparatifs terminés, Chu Feng pénétra dans cette étendue d’eau.
Plus il descendait, plus l’aura divine se faisait puissante.
Au début, tout était noir comme de l’encre, mais peu à peu, une lueur apparut en contrebas.
La lumière s’intensifiait de plus en plus. Bientôt, les profondeurs furent baignées d’un vif éclat.
Chu Feng distingua alors une arme qui émettait une lumière argentée éblouissante.
L’arme était entièrement argentée. Longue de treize mètres, elle avait la forme d’une hallebarde.
Elle ressemblait à une hallebarde ordinaire. Pourtant, l’aura qu’elle dégageait était incomparable.
Chu Feng ne parvenait pas à déterminer de quelle qualité était cette hallebarde. Posée là, elle ne ressemblait même pas à une arme.
De là où il se trouvait, Chu Feng ressentait non seulement son aura sacrée, mais aussi l’invincible majesté qu’elle dégageait.
C’était véritablement l’aura d’un souverain. Cette arme n’était pas seulement la reine des armes : elle était aussi la reine de tout cet endroit.
« Se pourrait-il que ce soit la légendaire Hallebarde du Dieu de la Guerre ? »
En voyant l’arme en contrebas et en sentant l’aura qu’elle dégageait, Chu Feng pensa d’abord au trésor de la Mer miroir : la Hallebarde du Dieu de la Guerre.