Chapitre 371
Après les paroles du Roi Crapaud noir, Liu Zhizun afficha lui aussi une mine peu reluisante. Tous les regards se tournèrent vers lui, empreints d’une étrange expression.
Car en pareille situation, c’était bien Liu Zhizun qui aurait dû se montrer le plus courageux. Pourtant, face à un tel danger, il n’avait pas bougé. De quoi décevoir certains.
Le Roi Crapaud noir ne prêta ensuite plus attention à Liu Zhizun. Il tourna les yeux vers l’homme au visage ordinaire et déclara : « Tu peux effectivement mourir pour elle, puisque c’est le jeu auquel je veux vous faire jouer. »
« Mais tu comprendras bien vite que, pour vous, la mort est peut-être une requête irréalisable ; peut-être est-elle plutôt une échappatoire. »
« Hérisson, je te confie ce gamin. Pas besoin de t’expliquer ce que tu dois faire, n’est-ce pas ? » Le Roi Crapaud noir se tourna vers une autre Bête monstrueuse, dont le corps était couvert de piquants acérés. Elle était l’une des deux Bêtes monstrueuses du Royaume Céleste.
« Mon roi, laissez-moi faire. » Cette Bête monstrueuse ressemblant à un hérisson avait un corps imposant, hérissé d’armes acérées. Ses griffes, surtout, étaient de véritables armes meurtrières.
« Ah ! » Arrivée devant l’homme, elle leva la patte et le projeta au sol d’un coup de pied. Puis, d’un ton étrange et le regard sinistre, elle lança : « Ne t’inquiète pas. Je vais faire en sorte que tu te souviennes éternellement de cette sensation. Tu ne l’oublieras jamais. »
Fff Soudain, la Bête monstrueuse hérissée de piquants passa à l’attaque et enfonça violemment ses griffes dans le dos de l’homme. Le sang gicla aussitôt, tandis que ses cris de douleur résonnaient sans fin.
« Aaaah ! » Saisi par cette douleur fulgurante dans le dos, l’homme hurla d’agonie. Mais ce n’était que le début.
Après avoir planté ses griffes dans le corps de l’homme, la Bête hérissée de piquants se mit à le torturer sans relâche, par toutes sortes de moyens. Sa cruauté était telle que personne n’osait regarder, et même Chu Feng en eut le cuir chevelu tout engourdi.
Il fallait bien l’admettre : en matière de cruauté, les humains restaient légèrement en deçà des Bêtes monstrueuses. Ces bêtes sanguinaires étaient vraiment trop sauvages.
Très vite, l’homme, torturé par la Bête monstrueuse hérissée de piquants, fut couvert de sang et perdit plusieurs membres. Comme l’avait prédit le Roi Crapaud noir, il se mit à supplier. Il ne demandait pas à vivre, mais à mourir : dans son état, il aurait réellement préféré la mort à la vie.
Mais comment le Roi Crapaud noir, qui vouait une haine incomparable aux humains, aurait-il pu le laisser partir si facilement ? L’homme continua de subir son supplice. Quand il n’eut plus une goutte de sang dans les veines, son âme fut arrachée à son corps et tourmentée à son tour. La Bête ne s’arrêta qu’une fois son esprit anéanti et complètement détruit.
« Il a fait preuve d’un courage admirable, mais son endurance n’était pas bien grande. Il est mort si vite. » Le Roi Crapaud noir secoua la tête d’un air déçu en regardant l’homme étendu au sol, qui ne respirait plus. Puis il saisit une autre femme de sa grosse main et la lança à la Bête monstrueuse à tête de bovin. Se tournant vers le groupe, il déclara :
« Les règles sont les mêmes que la dernière fois. Si quelqu’un accepte d’échanger sa vie contre la sienne, cette fille pourra non seulement continuer à vivre, mais elle échappera aussi aux sévices et aux mauvais traitements. »
À ces mots, tout le monde blêmit et baissa la tête en silence, évitant le regard du Roi Crapaud noir.
« Quels lâches, ces humains ! » Le Roi Crapaud noir ricana, puis se tourna vers la Bête monstrueuse à tête de bovin. « Petite Vache, cette fois, amuse-toi comme tu veux. N’oublie pas : jusqu’à ce qu’elle meure. Ne te retiens pas. »
« Merci, mon roi. » Déjà consumée par le désir, la Bête monstrueuse à tête de bovin n’avait aucune raison de se retenir. D’un geste exercé, elle arracha les vêtements de la beauté, puis se mit à la violenter sauvagement devant la foule.
« Aaaah ! Sauvez-moi ! À l’aide ! Aaaah ! Ça fait mal ! Aaaah ! »
À cet instant, la femme se mit à hurler à s’en déchirer la gorge. Son supplice était évident.
Mais personne ne s’en soucia. Ils n’avaient aucun lien avec elle : qui aurait accepté de sacrifier sa vie pour la sauver ? Surtout après avoir vu le sort atroce réservé à l’homme juste avant, personne n’allait prendre un tel risque.
Ainsi, après un long moment de sévices cruels, la malheureuse finit par mourir, faute de forces. Sa mort ne fut guère moins terrible que celle de l’homme.
« Ah, les humains sont vraiment faibles ! Ils rendent l’âme en un rien de temps ! Petit Cheval, toi aussi, tu as rendu de précieux services en espionnant pour moi. Je te confie celle-ci ; tu peux t’en occuper. »
« Merci, mon roi. » À peine le Roi Crapaud noir eut-il fini de parler qu’une Bête monstrueuse à tête de cheval sortit d’un côté du palais. Malgré sa tête équine, on voyait bien combien elle était heureuse et excitée. Il semblait donc qu’un grand nombre de Bêtes monstrueuses rêvaient de goûter aux charmes des beautés humaines.
« Hum. Cette fille est vraiment pas mal. Je te la donne en récompense. » Après avoir cherché un moment, le Roi Crapaud noir posa son regard sur Xia Le’r. D’un mouvement de sa grosse griffe, il la souleva dans les airs et la déposa dans les bras de la Bête monstrueuse à tête de cheval.
« Ah ! Non, non ! »
« Sauvez-moi, sauvez-moi ! »
Xia Le’r n’aurait jamais imaginé devenir la prochaine victime. À la seule pensée de la femme qui venait d’être violentée à mort par la Bête monstrueuse à tête de bovin, elle était au bord de l’effondrement.
Mais elle eut beau crier à l’aide, personne ne se soucia d’elle. Voyant la Bête monstrueuse à tête de cheval tirer sur sa jupe et s’apprêter à la violenter, elle ne put que tourner les yeux vers Liu Zhizun. « Aîné Liu, sauvez-moi, vite ! »
Mais quel genre d’homme était Liu Zhizun ? Aurait-il vraiment donné sa vie pour quelqu’un comme elle ? Bien sûr que non : il baissa la tête et fit semblant de ne pas l’entendre.
« Liu Zhizun, espèce de salaud ! J’ai eu tort de t’aider ! N’es-tu pas censé secourir ceux qui sont en danger de mort ? Si tu ne viens pas me sauver, je raconterai ce que tu as fait et je révélerai à tous tous tes méfaits ! » Xia Le’r se mit à hurler comme une folle.
« Xia Le’r, ne raconte pas n’importe quoi. Qu’aurais-je à craindre que tu révèles ? » Liu Zhizun fronça légèrement les sourcils et l’interrogea froidement.
« Très bien ! Maudit Liu Zhizun, tu crois vraiment que je n’oserai pas le dire ? »
« De la tête aux pieds, tu n’es qu’un hypocrite méprisable. Tu m’as menti en prétendant que le chef actuel de la Villa t’avait déjà choisi comme futur chef. Puis tu m’as déshonorée. Ensuite, tu m’as menacée et soudoyée pour que je t’aide à faire des choses que tu voulais garder secrètes. »
« Tu prétends que je raconte n’importe quoi ? Très bien, oublions le passé lointain et parlons de ce qui s’est passé récemment. Tu m’as demandé d’inviter Chu Feng à manger, puis de l’accuser faussement d’avoir voulu me violer. C’était bien ton idée, non ? »
« Ne crois pas que j’ignorais tes intentions. Tu étais jaloux de la relation étroite entre Chu Feng et ma cadette Zi Ling. C’est pour ça que tu as imaginé ce stratagème afin de piéger Chu Feng. »
« J’ai été aveugle. J’ai vraiment cru à ta promesse et j’ai commis une chose aussi abjecte. » Voyant que Liu Zhizun refusait de sortir de sa réserve pour la secourir, Xia Le’r se retint plus et dévoila en détail tous ses méfaits.
« Quoi ? Ce n’est quand même pas vrai ? Liu Zhizun serait donc aussi méprisable ? »
Les paroles de Xia Le’r provoquèrent une vive stupeur. Tous, incrédules, tournèrent les yeux vers Liu Zhizun.
Après tout, sur la route, Liu Zhizun avait feint d’être si juste et de respirer la vertu.
Si les paroles de Xia Le’r étaient vraies, cela signifiait que Liu Zhizun n’était en réalité qu’un imposteur, un parfait hypocrite.
Zi Ling elle-même eut un léger tremblement des beaux yeux et ne put s’empêcher de regarder Chu Feng.
À cette vue, Chu Feng eut un petit rire. « Tu vois ? Je t’avais dit que j’avais été piégé, pas vrai ? »
Zi Ling pinça les lèvres et, après avoir fusillé Chu Feng du regard, répliqua : « Toi non plus, tu n’es pas un homme bien. » Puis elle détourna la tête et ne prêta plus attention à Chu Feng.
« Xia Le’r, tu sais vraiment inventer des histoires. Tu crois vraiment que tout le monde va gober ton mensonge stupide ? » Liu Zhizun éclata de rire. De toute évidence, il ne pouvait pas reconnaître avoir fait une telle chose.
« Chacun peut juger par lui-même si mes paroles sont vraies ou fausses. Je veux seulement donner un conseil à mes sœurs : ne faites jamais confiance à Liu Zhizun, car c’est un homme méprisable. »
« En tant que premier disciple de la Villa prestigieuse, il voit ses cadets se faire maltraiter et se contente de regarder, les bras croisés. Rien que pour ça, il ne mérite pas d’être le premier disciple de la Villa prestigieuse. »
Xia Le’r hurla de toutes ses forces, laissant éclater sa fureur. Même au seuil de la mort, elle voulait que Liu Zhizun perde toute sa réputation.
Mais cela ne pouvait changer le cours des choses. Avant qu’elle ait fini de parler, la Bête monstrueuse à tête de cheval, dévorée par le désir, se jeta sur elle. Xia Le’r devint ainsi la deuxième femme à périr dans d’atroces souffrances.
Mais Chu Feng n’éprouva pas la moindre compassion. Pour ses ennemis, il ne ressentait que de la haine, quel que soit leur sexe.