Chapitre 3 703
Le geste de Gu Mingyuan stupéfia Chu Feng.
S’agenouiller pouvait sembler être un acte simple, mais tout dépendait de la personne qui s’agenouillait.
Gu Mingyuan était une femme fière. Comment aurait-elle pu s’agenouiller devant quelqu’un, et moins encore devant une personne qui avait osé lui témoigner un tel mépris ?
Pourtant, à cet instant, elle prit sa décision : elle allait s’agenouiller.
Chu Feng et les autres comprirent que si Gu Mingyuan avait fait ce choix, c’était uniquement pour Chu Lingxi.
« Senior, je vous prie de pardonner mes paroles offensantes de tout à l’heure. Si vous êtes en colère, punissez-moi comme bon vous semble. »
« Mais je vous en supplie, indiquez-nous où se trouvent les Pupilles des profondeurs marines. »
Non seulement Gu Mingyuan s’agenouilla, mais elle s’excusa et implora l’homme dans la cabane d’un ton humble et servile.
En la voyant ainsi, Chu Xuanzhengfa et le grand maître Liangqiu affichèrent des expressions mêlées.
C’était la première fois qu’ils voyaient Gu Mingyuan supplier quelqu’un.
« Fais dix prosternations retentissantes devant ce vieil homme, et j’y réfléchirai », répondit la voix qui venait de la cabane.
À ces mots, le cœur de Chu Feng, de Chu Xuanzhengfa et même du grand maître Liangqiu tressaillit.
Même le grand maître Liangqiu trouva que son ami allait trop loin.
Même un chaton avait du caractère. Alors comment Gu Mingyuan, un tigre féroce parmi les tigres, aurait-elle pu ne pas entrer en fureur ?
La traiter ainsi revenait tout bonnement à s’attirer un désastre.
Pourtant, à la surprise générale, Gu Mingyuan ne se mit pas en colère. Au contraire, elle commença à se prosterner sans la moindre hésitation.
« Fff… »
Mais au moment où la tête de Gu Mingyuan allait toucher le sol, une main apparut devant son front et l’arrêta.
Cette main n’appartenait ni à Chu Feng, ni au grand maître Liangqiu, ni à Chu Xuanzhengfa.
Elle appartenait à un vieil homme…
Il était maigre comme un clou et avait le teint blême d’un grand malade.
Non seulement il était laid, mais son visage respirait la ruse et la cruauté.
C’était bien sûr l’ami du grand maître Liangqiu.
Après avoir aidé Gu Mingyuan à se relever, le vieil homme regarda Chu Lingxi, inconsciente, sur son dos.
En voyant Chu Lingxi dans cet état, même le vieil homme laissa paraître son émotion.
« Si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux, ce vieil homme n’aurait jamais cru qu’on puisse faire s’agenouiller Gu Mingyuan. »
« Petite, tu es vraiment douée », dit-il avec un léger sourire.
« Senior, je vous en supplie, dites-moi où se trouvent les Pupilles des profondeurs marines. Je suis prête à tout donner en échange de cette information. »
Soudain, Chu Xuanzhengfa s’agenouilla à son tour. Pressé de sauver Chu Lingxi, il se mit lui aussi à supplier le vieil homme.
Mais celui-ci accueillit la demande de Chu Xuanzhengfa d’un rire froid. « Tout donner en échange de cette information ? Un pauvre comme toi ne possède même pas d’Armement exalté incomplet. Qu’est-ce que tu pourrais bien offrir contre les précieuses Pupilles des profondeurs marines ? »
À ces paroles, Chu Xuanzhengfa prit un air embarrassé. Le vieil homme avait raison : il ne possédait rien qui fût digne d’être échangé contre les Pupilles des profondeurs marines.
Il était si anxieux à l’idée de sauver Chu Lingxi qu’il avait parlé sans réfléchir. Mais il savait qu’il s’était mal exprimé.
« Senior, ce junior n’avait pas l’intention de vous offenser. Seulement, vous pouvez constater vous-même que l’état de Lingxi est extrêmement grave. »
« S’il avait existé une autre solution, ce junior ne vous aurait pas importuné. »
« Senior, dites-nous ce que vous exigez. Même si nous ne pouvons pas vous satisfaire sur-le-champ, nous répondrons sans faute à votre demande à l’avenir. »
« Senior, dites-nous où se trouvent les Pupilles des profondeurs marines », intervint Chu Feng.
« Mon garçon, tu sais parler. Tes paroles me plaisent », dit le vieil homme en se tournant vers Chu Feng. Puis il ajouta : « Cela dit, gamin, tu as promis de satisfaire n’importe quelle demande de ma part. Alors donne-moi ta vie en échange des Pupilles des profondeurs marines. Tu es prêt à le faire ? »
« Oui », répondit Chu Feng sans hésiter.
« Chu Feng, ne fais surtout pas ça ! »
À peine Chu Feng eut-il prononcé ces mots que Chu Xuanzhengfa, le grand maître Liangqiu et même Gu Mingyuan changèrent radicalement d’expression. Tous trois le supplièrent presque en même temps de renoncer.
Ils voulaient tous sauver Chu Lingxi, mais aucun ne voulait échanger sa vie contre sa vue.
S’ils lui rendaient réellement la vue au prix de sa vie, non seulement ils en éprouveraient de la culpabilité, mais Chu Lingxi ne se le pardonnerait jamais.
« Senior, si vous avez vraiment besoin de ma vie, je vous la donnerai. »
Chu Feng affichait une détermination sans faille.
Même si Chu Lingxi avait décidé elle-même d’affronter Linghu Hongfei, celui-ci était venu au Clan céleste Chu dans le but de le défier, lui.
Chu Feng se sentait donc extrêmement coupable de ce qui lui était arrivé.
Il ne voulait pas mourir : il lui restait tant de choses à faire. Il n’avait pas encore rencontré sa mère et son grand-père, ni sauvé Su Rou et Su Mei, ni retrouvé Zi Ling, ni fait ses adieux à Eggy…
…Mais il était malgré tout prêt à mourir si cela s’avérait nécessaire. Il était sincèrement disposé à sacrifier sa vie pour donner à Chu Lingxi une chance de recouvrer la vue.
« Ce vieil homme n’a rien contre toi. Pourquoi voudrais-je ta vie ? » Le vieil homme sourit, puis poursuivit : « Mais vous devez savoir ceci : chaque année, pendant sept jours, les courants de la Mer miroir sont les plus violents. »
« On peut dire que ces sept jours sont la période la plus dangereuse de la Mer miroir. Personne ne s’y aventurera pendant ce temps. »
« Ces sept jours sont connus sous le nom des Sept Jours interdits. Personne n’ose entrer dans la Mer miroir à ce moment-là », expliqua le vieil homme.
Gu Mingyuan, Chu Xuanzhengfa et le grand maître Liangqiu affichèrent tous un air sombre en entendant ces paroles.
Ils avaient tous entendu parler de ces fameux Sept Jours interdits.
« Frère Zhu, ne me dites pas que nous sommes en plein milieu des Sept Jours interdits ? » demanda le grand maître Liangqiu.
« Le moment est vraiment mal choisi. Nous sommes effectivement en plein milieu des Sept Jours interdits. »
« De plus, ils commencent aujourd’hui. Autrement dit, il faudra attendre sept jours avant que la période la plus dangereuse ne soit passée. »
« Or, ce vieil homme voit bien que cette petite n’a probablement plus que deux jours. Vous ne pouvez donc pas attendre. »
« Si vous voulez lui donner une chance de recouvrer la vue, vous devrez risquer votre vie. »
« Êtes-vous vraiment prêts à le faire ? » demanda le vieil homme.
« Je le suis. »
Trois voix répondirent à l’unisson.
C’étaient celles de Chu Feng, Gu Mingyuan et Chu Xuanzhengfa. Tous trois exprimèrent leur détermination sans la moindre hésitation.
« Très bien, vous avez du courage. En réalité, les Pupilles des profondeurs marines ne m’appartiennent pas. Elles appartiennent à la Mer miroir. »
« Si vous parvenez vraiment à les obtenir, elles vous reviendront de droit. »
« Puisque vous avez le courage de relever ce défi, ce vieil homme est curieux de voir si vous réussirez. »
« Suivez-moi. »
Sur ces mots, le vieil homme s’élança dans le ciel.
Chu Feng et les autres le suivirent aussitôt.
Guidés par le vieil homme, ils arrivèrent dans une région extraordinaire.
Les courants sous-marins de la Mer miroir étaient d’une violence extrême, mais sa surface paraissait parfaitement calme. Elle était même d’une beauté irréelle.
Pourtant, l’eau qui s’étendait sous Chu Feng et les autres ne ressemblait pas à celle des autres régions de la Mer miroir.
Même si elle avait elle aussi l’aspect d’un miroir, elle était d’un noir d’encre.
Comme la gueule d’un Esprit maléfique féroce, elle était insondable. Le danger rôdait de toutes parts. Cette mer inspirait un profond malaise.
« Les Pupilles des profondeurs marines se trouvent en dessous. Mais je dois vous prévenir : elles ne s’obtiennent pas facilement. »
« Toi, tu ferais mieux de ne pas essayer d’entrer. Si tu t’y risques, tu ne feras que jeter ta vie », dit le vieil homme en désignant Chu Xuanzhengfa.
Après quoi, il se tourna vers Chu Feng et Gu Mingyuan. « Même vous deux, rien ne garantit que vous en ressortirez vivants. »
« Plouf ! »
« Plouf ! »
À peine le vieil homme eut-il fini de parler que deux éclaboussures jaillirent en contrebas.
Chu Feng et Gu Mingyuan avaient disparu.
Tous deux avaient plongé dans la Mer miroir.
Seule la voix de Chu Feng résonnait encore sous la pluie battante.
« Merci de nous avoir guidés, senior. »