Chapitre 3 633
« Seigneur Shoujian, pourquoi dites-vous cela ? » demanda Kong Ci.
« Tout à l’heure, Nangong Yifan n’avait nullement l’intention d’entrer dans la formation d’échecs. Pourtant, lorsqu’il a appris que notre jeune ami Chu Feng allait y entrer, il a déclaré qu’il ferait de même. »
« Il a donc changé ses plans au dernier moment », expliqua le Seigneur Shoujian.
« Ce ne serait pas une coïncidence ? » demanda Long Ning.
« Vous ne l’avez peut-être pas remarqué. Mais ce vieil homme l’a vu clairement. Même si le regard de notre jeune ami Nangong Yifan n’était pas fixé sur vous, son aura a constamment rôdé autour de vous. De plus, il la dissimulait très bien. Il vous observait en secret. »
« Et ce vieil homme pense qu’il observait plus probablement notre jeune ami Chu Feng », ajouta le Seigneur Shoujian.
« Dans ce cas, ce serait vraiment à cause de frère Chu Feng ? »
« Ce Nangong Yifan est vraiment mesquin », lança Long Ning en gonflant ses petites joues.
« Si j’avais su que ça arriverait, je ne t’aurais pas laissé entrer. Avec Nangong Yifan dans la partie, comment allons-nous gagner ? » Kong Ci adressa à Chu Feng un regard plein de reproches.
« Tu ne peux pas reprocher cela à mon frère Chu Feng. Même si vous parveniez à prendre temporairement l’avantage sur le Champ stellaire All-Ciel, Nangong Yifan rejoindrait la partie pour renverser la situation », dit Kong Tianhui.
« Le nombre de participants est limité. Si Nangong Yifan a pu entrer la dernière fois, c’est uniquement parce qu’il a réussi, par hasard, à rompre l’équilibre. Comment pourrait-il donc forcer son entrée sur l’échiquier à chaque fois ? Aussi puissant soit-il, il reste un homme, pas un dieu », rétorqua Kong Ci.
« Ce n’était pas un hasard. C’est simplement qu’il maîtrise bien trop le pouvoir des échecs. Même en se tenant à l’extérieur de l’échiquier, il pouvait l’absorber », expliqua le Seigneur Shoujian.
« Seigneur Shoujian, vous voulez dire que… ? » demanda Kong Ci.
« Je veux dire que Nangong Yifan maîtrise à la perfection les Échecs des Cultivateurs de l’Ère ancienne. S’il le souhaite, il peut ignorer les règles et forcer son entrée sur l’échiquier », répondit le Seigneur Shoujian.
« Hein ? C’est un monstre à ce point-là ? Comment sommes-nous censés rivaliser avec lui ? »
« Autant reconnaître notre défaite. »
Kong Ci et les autres affichèrent un air abattu. Eux, les piliers de la jeune génération du Champ d’étoiles des Arts martiaux ancestraux, avaient déjà renoncé.
« Ce vieil homme ignore comment vous pourriez rivaliser avec lui. En revanche, il sait que si vous n’entrez pas bientôt, la Porte de formation spirituelle se refermera », annonça le Seigneur Shoujian.
« Xian Yun, qu’est-ce qu’on fait ? » demanda Kong Ci en se tournant vers elle.
« Il faut s’adapter aux circonstances. » Sur ces mots, Xian Yun s’élança dans la Porte de formation spirituelle.
Les autres la suivirent.
Peu après, la Porte de formation spirituelle se referma.
L’échiquier était composé de trois zones différentes, chacune constituant un monde à part.
Chaque monde abritait une chaîne de montagnes. Celle-ci partait du centre du monde en question et le divisait en deux.
Au sommet de chaque chaîne se trouvaient des terres aux trésors. Le camp qui en occupait le plus prenait le contrôle de la zone.
La méthode pour s’emparer de ces terres était très simple : il suffisait d’y infuser sa propre puissance.
Cependant, l’adversaire pouvait lui aussi y infuser sa puissance. Pour s’en emparer véritablement, il fallait donc vaincre complètement ses opposants.
On pouvait aussi recourir à des tactiques pour retarder ses adversaires.
Bien que les trois zones de la formation d’échecs fussent semblables à des mondes isolés, leur superficie était restreinte. De plus, les cultivateurs martiaux avaient une vue qui portait très loin, et celle-ci s’améliorait avec leur cultivation.
Chu Feng pouvait donc voir au loin, par-delà les nuages et les chaînes de montagnes.
Les sommets, de hauteurs inégales, évoquaient l’échine d’un dragon.
Vue de loin, la chaîne ressemblait à un dragon gigantesque couché à terre, qui séparait le monde en deux.
Non seulement Chu Feng pouvait distinguer toute la chaîne de montagnes, mais il voyait aussi huit flammes gazeuses s’élever vers le ciel depuis ses sommets.
Il comprit qu’il s’agissait sans doute des huit terres aux trésors, autrement dit des endroits où les deux camps détermineraient l’issue de leur affrontement.
On trouvait aussi des bêtes féroces, qui volaient dans le ciel ou couraient au sol, ainsi que des lieux secrets regorgeant d’occasions à saisir.
Les bêtes féroces possédaient une force considérable. En les raffinant, on pouvait obtenir du pouvoir des échecs.
Quant aux lieux secrets, ils pouvaient renfermer toutes sortes de trésors capables d’accroître ce pouvoir.
Bien que les participants eussent conservé leur cultivation dans la formation d’échecs, ils ne pouvaient utiliser ni leur puissance martiale ni leur puissance spirituelle au combat.
Ils ne pouvaient compter que sur un seul type de puissance : le pouvoir des échecs.
Pour gagner, ils devaient donc s’appuyer non seulement sur le pouvoir des échecs qu’ils avaient eux-mêmes obtenu, mais aussi sur les trésors qui en contenaient et qu’ils pourraient trouver dans ces lieux secrets.
Cela dit, tuer des bêtes féroces ou trouver des trésors dans les lieux secrets n’était pas le seul moyen d’obtenir du pouvoir des échecs.
Après tout, le monde lui-même en regorgeait.
Grâce à des méthodes particulières, on pouvait absorber le pouvoir des échecs contenu dans la formation elle-même.
C’était d’ailleurs la raison pour laquelle personne ne s’était immédiatement dirigé vers les sommets pour s’emparer des terres aux trésors, malgré leur entrée dans la formation.
Tous s’assirent en tailleur et se mirent à absorber le pouvoir des échecs présent dans le monde.
Chu Feng jeta un coup d’œil autour de lui, puis s’assit à son tour en tailleur. Il se mit à absorber le pouvoir des échecs présent dans ce monde en appliquant la méthode qu’il avait apprise dans les stratégies d’échecs.
« Bzzz… »
Peu après, une lumière blanche se mit à émaner du corps de Xian Yun. Elle avait une apparence sacrée, comme une déesse descendue dans le monde des mortels.
Elle bondit alors et s’élança droit vers le ciel, telle un rayon de lumière blanche.
Xian Yun disparut. Elle avait quitté le premier monde pour entrer dans le deuxième.
Mais le deuxième monde n’était pas non plus sa destination. Son champ de bataille se trouvait dans le troisième.
Peu après Xian Yun, Kong Ci, Long Ning et les autres se mirent eux aussi à émettre une lumière blanche sacrée.
Puis ils s’élevèrent à leur tour dans le ciel et entrèrent dans le deuxième monde.
Ce phénomène ne concernait pas uniquement les cultivateurs les plus puissants : la maîtrise du pouvoir des échecs n’avait aucun rapport avec le talent en cultivation martiale.
Ainsi, même certains cultivateurs peu puissants pouvaient exceller dans la maîtrise du pouvoir des échecs. Dans les Échecs des Cultivateurs de l’Ère ancienne, ces personnes se voyaient donc confier de grandes responsabilités.
Kong Tianhui lui-même émettait une lumière blanche.
« Frère Chu Feng, c’est la première fois que tu viens ici. Si tu ne fais pas bonne figure, personne ne t’en voudra. Fais juste attention à ne pas passer à l’ennemi », plaisanta Kong Tianhui avec un grand sourire.
« Ne t’inquiète pas. Avec moi, la victoire dans le premier monde est assurée », répondit Chu Feng en souriant.
« Ha ha ! Nous comptons donc sur toi. »
Kong Tianhui éclata de rire, puis s’éleva à son tour dans le ciel.
Bien qu’il n’eût pas cru un mot de Chu Feng et eût pris sa déclaration pour une plaisanterie, les gens autour d’eux réagirent autrement.
Ils avaient pris les paroles de Chu Feng au sérieux et le regardaient avec mépris.
Ils ne disaient rien, mais leurs regards semblaient lui lancer : « La victoire est assurée avec toi ? Qu’est-ce qui te rend si sûr de toi ? Tu n’es qu’un figurant, voyons ! »
Chu Feng ignora complètement leurs regards méprisants. Après le départ de Kong Tianhui, il ferma les yeux et continua d’absorber l’immense pouvoir des échecs présent dans le monde.
Les spectateurs ne remarquèrent pas que Chu Feng absorbait le pouvoir des échecs d’une manière différente de la leur.
Si celui qui pénétrait dans leur corps ressemblait à un ruisseau, celui qui entrait dans le corps de Chu Feng s’abattait en vagues incessantes, comme l’océan.