Chapitre 3 455
Des pêchers entouraient Chu Feng. Des fleurs de pêcher tourbillonnaient dans les airs. Le spectacle était véritablement magnifique.
Pourtant, malgré la beauté des lieux, quelque chose clochait : même le ciel était rose.
Les nuages étaient roses eux aussi. En fait, la terre et le sol étaient roses jusqu’au moindre recoin.
Les nuances variaient, mais Chu Feng ne voyait que du rose autour de lui. C’était pour le moins étrange.
Cependant, il ne s’attarda pas sur cette étrange teinte. Son regard se tourna bientôt vers le sud-est.
Les pêchers couvraient les environs, à l’exception du sud-ouest, où se dressait une falaise.
Le Jardin des Pêchers se trouvait en réalité au sommet de cette falaise.
À cet instant, une personne était assise au bord du précipice.
À la vue de son dos, Chu Feng pensa qu’il s’agissait d’un vieil homme. Non seulement il était voûté, mais son dos formait une bosse bien visible.
Malgré l’étrangeté du paysage alentour, la tenue du vieil homme était tout à fait ordinaire.
Il portait une robe grise qui paraissait fort usée. Un chapeau conique en bambou, lui aussi défraîchi, lui couvrait la tête. Sa tenue rappelait celle d’un vieux paysan.
Pourtant, à la vue du vieil homme, Chu Feng ressentit un profond respect.
Il percevait aussi chez lui une aura extrêmement puissante. C’était… une aura venue de l’Ère antique.
Le vieil homme tenait une canne à pêche à la main.
Assis au bord de la falaise, il tenait sa canne, le fil déployé dans le vide. Il devait être en train de pêcher.
La scène éveilla la curiosité de Chu Feng. Il se demandait ce que le vieil homme pouvait bien pêcher au bord d’une falaise.
Toutefois, dans un tel endroit, Chu Feng jugea inconvenant d’utiliser ses Yeux célestes. Il estima également qu’il serait déplacé de recourir à une autre méthode pour observer ce qui se trouvait en contrebas. Après tout, ce serait manquer de respect au vieil homme.
Il joignit donc les mains, s’inclina et salua : « Ancien, moi, Chu Feng, je suis venu vous rendre visite. »
Le vieil homme ne lui répondit pas. Comme s’il parlait pour lui-même, il déclara soudain : « J’ai aménagé ce Jardin des Pêchers et y ai laissé dix niveaux d’héritage. »
« Les pierres spirituelles marquées de violet permettent d’accéder à ma Formation spirituelle. Avec cent mille pierres spirituelles, on peut obtenir la compréhension la plus aisément. Mais elle reste alors très limitée. »
« À l’inverse, plus il est difficile d’accéder à la Formation spirituelle, plus grande est la compréhension que l’on peut en tirer. »
« Si vous êtes arrivé jusqu’ici, c’est que vous avez dû entrer dans cette Formation spirituelle avec dix mille pierres spirituelles marquées de violet. Pour être parvenu jusqu’ici, vous devez posséder un talent exceptionnel. »
« Un membre de la jeune génération tel que vous mérite de recevoir mon héritage. »
« Mais la quantité que vous pourrez assimiler ne dépendra que de vous. »
« Fff… »
Le vieil homme agita soudain sa manche.
En un instant, le temps et le paysage alentour changèrent radicalement.
Quelques instants plus tôt, les pêchers couvraient encore les environs de Chu Feng. À présent, tout avait soudainement changé.
Chu Feng se trouvait toujours sur la falaise, mais tous les pêchers avaient disparu. Hormis la falaise, les alentours semblaient n’être que néant.
Une violente bourrasque se leva soudain devant lui, puis l’engloutit rapidement.
« Qu’est-ce que… ? »
À l’instant où le vent souffla sur lui, le visage de Chu Feng changea radicalement.
Il comprit que cette bourrasque recelait en réalité des éclaircissements sur les arts martiaux.
Malheureusement, elle passa et disparut en un instant. À peine avait-elle enveloppé Chu Feng qu’elle s’évanouissait déjà.
Une fois la bourrasque dissipée, les environs de Chu Feng se transformèrent de nouveau.
Le paysage reprit son apparence initiale. Les pêchers réapparurent, et le vieil homme était toujours assis au bord de la falaise, occupé à pêcher on ne savait quoi.
Le cœur de Chu Feng battait à tout rompre. Son visage exprimait la stupeur et l’excitation. Sa poitrine se soulevait violemment, et il resta ainsi longtemps.
Bien que la bourrasque l’eût balayé en un instant, Chu Feng avait connu une illumination soudaine et acquis de précieux éclaircissements sur les arts martiaux lorsqu’elle l’avait traversé.
La cultivation martiale était un chemin semé d’innombrables difficultés. Il fallait les surmonter une à une pour poursuivre sa progression. À chaque pas, de nouvelles épreuves se présentaient. Faute de les résoudre, on restait à jamais bloqué au même stade.
Ce que Chu Feng avait compris à cet instant lui suffirait pour avancer sur une certaine distance. Tout ce qu’il ne parvenait pas à saisir ni à résoudre lui apparaissait désormais clairement.
Il avait compris quantité de choses en un instant. C’était indéniablement une illumination soudaine.
La cultivation de Chu Feng n’avait pas encore complètement récupéré. Il ne pouvait donc pas encore tenter de percée.
Pourtant, il sentait que, s’il pouvait tenter une percée, atteindre le sommet du Royaume de l’Immortel martial ne lui poserait aucun problème. Il pourrait même parvenir au Royaume exalté.
Les gains de Chu Feng dépassaient tout ce qu’il aurait pu imaginer.
« Merci, Ancien. »
Profondément reconnaissant, Chu Feng s’inclina sans hésiter pour exprimer sa gratitude.
Mais le vieil homme ne lui prêta toujours aucune attention. Il continua de s’occuper de ses affaires et reprit : « J’ai aménagé ce Jardin des Pêchers et y ai laissé dix niveaux d’héritage. »
« Les pierres spirituelles marquées de violet permettent… »
Le vieil homme répéta ses paroles. Lorsqu’il eut terminé, il agita de nouveau le bras.
Cette fois, cependant, les environs ne changèrent pas. Chu Feng ne sentit pas non plus la moindre différence.
Chu Feng comprit alors que le vieil homme était probablement une image laissée par une Formation spirituelle, et non une personne vivante.
Il ne pouvait que répéter les mêmes paroles et accomplir les mêmes gestes qui lui avaient été programmés.
C’était logique, après tout. Le vieil homme avait dû vivre à l’Ère antique, qui remontait à une époque très lointaine. Quelle que fût la puissance de sa cultivation, il ne pouvait pas être encore en vie à l’époque de Chu Feng.
À cette pensée, Chu Feng se dirigea vers la falaise.
Il voulait voir ce qui se trouvait exactement au fond du précipice.
Quand Chu Feng arriva au bord de la falaise et baissa les yeux, il fut aussitôt stupéfait.
En contrebas s’étendait un abîme sans fond.
Bien qu’il fût insondable, on pouvait apercevoir d’immenses monstres dans ses profondeurs.
Le plus petit de ces colosses mesurait plus de mille mètres de long, tandis que le plus grand en faisait plusieurs dizaines de milliers.
Chacun de ces immenses monstres dégageait une aura d’une puissance redoutable.
De loin, alors qu’il se tenait debout à les observer, Chu Feng n’avait rien senti. Mais, au bord de la falaise, il percevait clairement leurs auras.
Chacun de ces monstres pouvait semer une destruction absolue.
Chu Feng n’aurait pas fait le poids face à eux ; probablement que personne, dans tout le Champ d’étoiles des Arts martiaux ancestraux, n’aurait pu vaincre l’un d’entre eux.
N’importe lequel de ces monstres aurait pu détruire tout le Champ d’étoiles des Arts martiaux ancestraux.