Chapitre 231
Après avoir quitté la forteresse, Chu Feng trouva un endroit plus isolé et se mit à raffiner les remèdes profonds. Cette fois, sa récolte était vraiment exceptionnelle. Elle dépassait de plusieurs fois tout ce qu’il avait obtenu au cours des jours précédents.
Mais tous ses efforts furent vains : à mesure qu’il raffinait les remèdes les uns après les autres, la Foudre divine les engloutissait bouchée après bouchée. Une fois les remèdes profonds raffinés, Chu Feng comprit que son dantian avait bien changé, mais si peu que c’en était presque imperceptible.
Sans cesser de maudire la situation, Chu Feng poursuivit le raffinage. Enfin, après avoir raffiné tout ce qu’il avait pillé cette fois-ci, son dantian subit un grand changement, mais celui-ci ne dura qu’un instant.
En effet, Chu Feng avait enfin atteint le cinquième niveau du Royaume de l’Origine. Pourtant, le prix de cette percée était un peu élevé : il avait pratiquement épuisé tous ses remèdes profonds comme s’ils ne valaient rien.
Froufrou Soudain, les yeux de Chu Feng brillèrent. Il tourna prudemment le regard vers l’est, d’où plusieurs personnes accouraient à toute vitesse.
Ce changement attira son attention. Il concentra rapidement sa puissance spirituelle de ce côté afin d’entendre ce qu’elles disaient.
« Vite, vite, vite ! J’ai entendu dire que Lin Yueyue, la troisième demoiselle de la Résidence princière du Qilin, était belle comme une fleur. C’est la plus belle femme de la Province d’Azur, il faut absolument aller la voir ! »
« Tu es sûr que mademoiselle Lin Yueyue a installé son campement devant nous ? »
« Bien sûr ! Je l’ai vu de mes propres yeux, comment pourrais-je me tromper ? »
« C’est formidable ! Si je peux voir une telle beauté de mes propres yeux au cours de ma vie, je pourrai mourir sans regret. Mais… les gens de la Résidence princière du Qilin nous laisseront-ils nous approcher ? »
« Ne t’en fais pas. La Résidence princière du Qilin n’est pas aussi déraisonnable que l’École Lingyun. »
Il s’avéra que ces hommes, qui couraient avec une joie et un enthousiasme débordants, ne faisaient que se précipiter pour admirer la beauté de la troisième demoiselle de la Résidence princière du Qilin.
« Ah, ces gens s’ennuient vraiment trop. » En les voyant s’agiter ainsi, Chu Feng secoua la tête, impuissant.
Puis il leva les yeux vers le ciel. À la couleur de celui-ci, il comprit qu’il se faisait tard et que la nuit tomberait bientôt. Comme il n’avait rien de mieux à faire, Chu Feng suivit à son tour le groupe et se lança à sa poursuite…
Dans une clairière, au milieu de la forêt, un groupe de jeunes adultes en armure dorée se tenait en rangs. Quelques hommes installaient un campement et dressaient une tente d’un luxe inouï.
À côté du groupe d’hommes en armure dorée se trouvait aussi un groupe de jolies femmes, chacune dotée d’un charme différent. Elles allumaient des feux et préparaient toutes sortes de mets délicieux.
Ces gens appartenaient à une branche de la Résidence princière du Qilin. Gardes comme serviteurs, tous étaient des experts du Royaume du Profond, et leur force n’était pas à sous-estimer.
La puissance de la Résidence princière du Qilin arracha des soupirs admiratifs à certains. Mais l’élément le plus frappant était le palanquin installé au milieu de la clairière. Très beau, il était sculpté dans des jades rares et son apparence était ravissante.
Deux servantes se tenaient près de l’entrée du palanquin. Elles étaient plutôt séduisantes, avec leur peau claire et leur grande taille, au point que les disciples rassemblés à l’extérieur de la clairière en avaient la bouche sèche.
« Tss. Une bande de péquenauds qui n’ont jamais vu de jolies femmes. » En voyant leurs mines lubriques, Chu Feng ne put s’empêcher de leur jeter quelques regards méprisants.
Les servantes n’étaient certes pas laides, mais elles n’étaient que jolies. À côté d’Eggy, qui se trouvait dans le corps de Chu Feng, elles étaient d’une banalité extrême.
« Regardez, elle sort ! Elle sort ! La plus belle femme de la Province d’Azur arrive ! »
Soudain, quelqu’un poussa un cri de surprise. Aussitôt, tous les hommes et les femmes rassemblés à l’extérieur de la clairière se dressèrent sur la pointe des pieds. Les yeux presque exorbités, ils fixèrent l’entrée du palanquin, le cœur battant d’excitation.
À cet instant, Chu Feng vit clairement une paire de jambes d’une blancheur de neige apparaître lorsque les portes s’ouvrirent. Elles étaient vraiment magnifiques : longues, fines et droites, sans le moindre défaut. Elles pouvaient même rivaliser avec les belles jambes de Su Rou.
Le cœur de Chu Feng bondit lui aussi à cette vue. Cependant, les hommes lubriques derrière lui se ruèrent devant lui et lui bouchèrent complètement la vue.
« Merde ! Vous n’avez jamais vu de jolies femmes ou quoi ? »
En voyant la rangée compacte de dos devant lui, Chu Feng sentit la colère monter. Il en saisit plusieurs et les tira de force derrière lui.
Enfin, Chu Feng put poser les yeux sur Lin Yueyue. Mais son visage changea du tout au tout : son expression émerveillée se transforma en une grimace verdâtre, comme s’il venait d’avaler des melons amers.
La silhouette de Lin Yueyue était vraiment irréprochable. Une poitrine généreuse, des formes avantageuses et une peau blanche comme la neige ; mais, en découvrant son visage, on aurait pu mourir de peur.
Son visage ressemblait à un chausse-pied, sa peau était couverte de taches, ses yeux de phénix rouges, son nez avait la forme d’une crevette et sa grande bouche évoquait celle d’un crapaud. De plus, elle avait enfoncé son auriculaire dans une narine et se curait le nez avec une grâce « naturelle et distinguée ».
[NDT : Les yeux de phénix rouges sont très fins ; leurs extrémités s’inclinent légèrement vers le nez et remontent vers les oreilles.]
Mais le pire, c’était son regard. Elle dévisageait la foule avec dédain et fierté, comme si elle se croyait réellement la plus belle femme de la Province d’Azur et qu’aucun homme n’était digne de ses yeux divins.
Elle pensait même que les expressions stupéfaites de la foule étaient dues à sa beauté. Elle ignorait que les gens étaient plutôt horrifiés par son apparence.
« Beurk… »
À cet instant, Chu Feng n’en put plus. Il ouvrit la bouche et vomit. Il vomit pour de bon, juste devant tout le monde.
Chu Feng n’était pas très âgé, mais il avait déjà fait chavirer le cœur d’innombrables femmes. Il avait vu quantité de beautés, mais aussi quantité de laides. Pourtant, jamais il n’avait rencontré quelqu’un d’aussi affreux. L’apparence hors du commun de Lin Yueyue dépassait vraiment les limites du supportable.
« Insolent ! Tu oses vomir dans le lieu de repos de ma demoiselle ? Tu ne tiens donc pas à la vie ?! » Dès que Chu Feng eut vomi, les gardes de la Résidence princière du Qilin s’emportèrent. Ils le désignèrent du doigt et le réprimandèrent avec véhémence.
Chu Feng se redressa, s’essuya la bouche et lâcha avec mépris : « Votre demoiselle est tellement répugnante ! Vous ne pourriez pas l’empêcher de sortir effrayer les gens ? J’ai même vomi à cause d’elle ! Comment allez-vous me dédommager ? »
Ses paroles retentirent comme un coup de tonnerre et stupéfièrent toute l’assistance. Pourtant, dans le cœur des disciples présents, tous levèrent le pouce à Chu Feng et se dirent en secret : « Frère, tu as tellement raison ! » En même temps, ils l’admiraient d’avoir osé prononcer de telles paroles.
« Toi… Qui as-tu traité de répugnante ? » Les paroles de Chu Feng mirent également Lin Yueyue en rage. Elle tremblait même en le désignant du doigt.
« Voyons, demoiselle, à qui d’autre pourrais-je faire allusion ? Je vous en prie, retournez dans votre palanquin et ne sortez plus effrayer les gens, d’accord ? » Chu Feng agita les mains dans sa direction, mais n’osa pas regarder Lin Yueyue de nouveau. Il ne fixait que les servantes à ses côtés.