Chapitre 220
La ville, haute, imposante et magnifique, n’était pas si grande, mais elle était d’une délicatesse extrême. Bâtie au sommet de la chaîne montagneuse, elle était entourée d’immenses cascades qui dévalaient les vallées.
Les rayons du soleil traversaient la brume et un pont arc-en-ciel aux sept couleurs apparut. Des grues tournoyaient au-dessus des arcs-en-ciel et les franchissaient ; le spectacle était d’une beauté saisissante. À contempler cette scène, on se serait cru dans le royaume des saints.
On ne s’étonnait pas que l’on disait le paysage de la Vallée des Cent Méandres sans égal au monde. Du moins, aux yeux de Chu Feng, c’était le plus bel endroit qu’il eût jamais vu.
Bien sûr, le paysage qui s’offrait à lui ne représentait qu’un recoin de la Vallée des Cent Méandres. Et pas qu’un peu, car cet endroit n’en constituait que la périphérie.
Tous ceux qui s’apprêtaient à participer à la Chasse héroïque pouvaient y prendre temporairement leurs quartiers, mais les palais luxueux étaient réservés aux personnages importants des différentes puissances. Les disciples, eux, attendaient sur une immense place située au sommet d’une falaise.
Chu Feng déploya sa puissance spirituelle pour chercher Gong Luyun. Tandis qu’il avançait, il fut assez stupéfait : parmi les gens rassemblés là, presque tous, à l’exception de lui-même, étaient des experts du Royaume du Profond. C’étaient les jeunes prodiges de leur génération.
Du point de vue de la cultivation, Chu Feng ne pesait pas lourd dans ce groupe, car tous ces gens étaient de véritables génies. Presque chacun d’eux maîtrisait des méthodes spéciales et Chu Feng aurait eu bien du mal à vaincre le moindre d’entre eux. Quant à ceux qui pouvaient le dominer, ils étaient innombrables.
Pourtant, ces gens n’entretenaient pas de relations très cordiales. La plupart se regroupaient par trois ou cinq, mais certains formaient des groupes bien plus nombreux. C’était le cas, par exemple, des disciples de l’École Lingyun et des jeunes de la Résidence princière du Qilin.
Ces deux groupes représentaient les deux plus puissantes forces de la Province d’Azur. Ils étaient les plus nombreux et comptaient donc aussi le plus grand nombre d’élites. Toutes les autres puissances gardaient leurs distances, car elles craignaient profondément d’offenser ces gens d’un orgueil sans bornes.
« Enfin, je t’ai trouvé. » Les poings de Chu Feng se serrèrent dans ses manches et ses yeux s’emplirent aussitôt d’intentions meurtrières. Il se dirigea rapidement vers un coin de la place.
Un grand groupe de personnes s’y était rassemblé. Tous entouraient un jeune homme d’une vingtaine d’années. Il y avait des hommes et des femmes. Les femmes étaient belles, mais l’orgueil se lisait entre leurs sourcils.
Les hommes avaient des visages très différents, mais ils étaient tous remarquablement forts. Tous se trouvaient au Royaume du Profond et la plupart venaient d’écoles de premier ordre.
C’est précisément pour cette raison qu’un homme plutôt séduisant, vêtu de l’uniforme d’une école de second ordre, détonnait au milieu du groupe.
Cette personne n’était autre que Gong Luyun, le premier disciple de l’École du Dragon Azur, fils du seigneur de la Cité de la Tortue Noire, qui avait secrètement incité le Village des Cinq Tigres à agir.
Bien que les disciples des écoles de second ordre eussent dû être méprisés par les innombrables personnes présentes, personne ne regardait Gong Luyun de haut. Les hommes le contemplaient avec admiration ; les femmes, avec adoration.
Ils bavardaient et riaient ensemble, et certains ne tarissaient même pas d’éloges sur Gong Luyun. Il était évident que celui-ci n’était pas méprisé.
« Frère Gong, je dois vraiment te féliciter. Tu es devenu le petit-fils adoptif de Monsieur Lin Ran ! À l’avenir, il faudra que tu prennes davantage soin de nous. » Certains le félicitèrent, le visage plein d’admiration.
« Frère Li, tu es trop aimable », répondit Gong Luyun avec un sourire courtois.
« Allons, frère Gong, inutile de faire preuve d’une telle modestie. Qui ignore que Monsieur Lin Ran est un personnage puissant, au sommet du Royaume du Profond ? Il est le gérant en chef du clan Lin, au sein de la Résidence princière du Qilin. Beaucoup de gens de cette résidence aimeraient nouer des liens avec ce vieil homme, mais ils n’y parviennent pas. »
« Et voilà qu’aujourd’hui, il t’a reconnu comme son petit-fils adoptif. Ça va faire des envieux », lança en riant un autre homme au visage plus rude.
« À quoi bon faire des envieux ? Monsieur Lin Ran a choisi Luyun comme petit-fils adoptif parce qu’il a l’œil. Frère Luyun est jeune, mais il a déjà atteint le deuxième niveau du Royaume du Profond. Sa puissance au combat est remarquable : il peut vaincre plus fort que lui. Même ceux du troisième niveau du Royaume du Profond ne peuvent pas le battre, et ses accomplissements futurs sont tout bonnement impossibles à mesurer. » Une femme séduisante se rapprocha de Gong Luyun.
« C’est vrai. Frère Gong est un véritable génie, et nous l’admirons du fond du cœur. Mais avec un tel talent, il est bien dommage qu’il soit entré à l’École du Dragon Azur », renchérit une autre femme en s’approchant à son tour.
« Oui, oui. J’ai entendu dire qu’un petit morveux de l’École du Dragon Azur, qui n’avait pas les yeux en face des trous, avait osé défier frère Gong. Il aurait même menacé de le tuer dans un an. Franchement, je me demande d’où ce morveux tire son assurance. »
« C’est vrai, ou pas ? Il s’est vraiment passé une chose pareille ? Frère Gong, c’est bien ce qu’il a dit ? »
« Ho… Le monde est vaste, et il y a de tout. Face à quelqu’un comme lui, je ne juge pas digne de lui accorder la moindre attention. Mais il s’est montré si agressif que j’ai dû accepter son duel. Ce n’est qu’un petit larbin, alors ne vous inquiétez pas pour moi. » Gong Luyun sourit et agita la main.
« Alors, c’est vrai ! Frère Gong, comment s’appelle ce morveux ? Si tu ne veux pas t’en prendre à quelqu’un de ta propre école, je lui donnerai une leçon à ta place. »
« Oui, il vient de la même école et ose manquer de respect au premier disciple. Ce genre de type n’a vraiment reçu aucune éducation ; il mérite une bonne raclée. » En apprenant ce qui s’était passé, tous se mirent à poser des questions, pleins de curiosité.
« Gong Luyun, tu as la belle vie, à ce que je vois ! » Une voix retentit soudain dans la foule.
Tout le monde se tourna vers elle et ne put retenir un mouvement de surprise : un jeune homme se tenait non loin de là. À en juger par son visage, il n’avait pas plus de quinze ans.
La Chasse héroïque était certes une grande occasion pour la jeune génération de la Province d’Azur, mais la plupart des participants étaient de jeunes adultes. La présence d’un garçon aussi jeune stupéfia tout le monde.
La surprise redoubla lorsqu’ils remarquèrent que son uniforme était exactement le même que celui de Gong Luyun : il venait lui aussi de l’École du Dragon Azur. Ils se demandèrent alors qui il pouvait bien être.
« Toi aussi, tu as réussi à entrer ici ? » Gong Luyun fronça les sourcils, la surprise dans le regard. Il reconnut naturellement le jeune homme qui se tenait devant lui : c’était Chu Feng, celui qui avait convenu d’un combat dans un an.
Lorsque Gong Luyun découvrit que Chu Feng avait atteint le quatrième niveau du Royaume de l’Origine, la surprise dans son regard s’accentua.
« Si un petit-fils adoptif comme toi a pu entrer, pourquoi pas moi ? Gong Luyun, je suis venu pour une seule raison : te rappeler qu’une fois dans la Vallée des Cent Méandres, tu ferais mieux de rester sur tes gardes. Prends garde : après toutes tes mauvaises actions, le châtiment finira par s’abattre sur toi. » Sur ces mots, Chu Feng balaya la foule d’un geste ample de sa manche, puis tourna les talons et s’éloigna.
« Frère Gong, qui est-ce ? Pourquoi ses paroles étaient-elles si désagréables ? » En le voyant partir, tous se mirent à questionner Gong Luyun.
« Vous venez de me demander qui était le morveux qui avait convenu d’un duel avec moi, non ? » répondit Gong Luyun avec un léger sourire.
« Ce ne serait pas lui, quand même ? » Tous furent stupéfaits.
« Si. C’est bien ce sale morveux. » Gong Luyun serra les dents en parlant, une lueur glaciale dans le regard.