Chapitre 182
« La Tour fantôme Asura ! Quel nom étrange ! » Chu Feng fit comme s’il ne comprenait pas et se parla à lui-même.
« La Tour fantôme Asura n’est pas un endroit ordinaire. D’après les rumeurs, elle aurait plus de dix mille ans. Elle renferme des trésors, et si la Guilde des Esprits du Monde a été bâtie ici, c’est parce qu’elle voulait s’en réserver l’usage exclusif. »
« La Tour fantôme Asura a été la cause de nombreux conflits entre la Guilde des Esprits du Monde et le Clan Jie. »
« Le plus récent remonte à cent ans, lorsque des génies comme on n’en avait pas vu depuis un millénaire sont apparus au sein de la Guilde des Esprits du Monde et du Clan Jie. »
« Sous la conduite de ces deux génies, la Guilde des Esprits du Monde et le Clan Jie ont connu une période de prospérité sans précédent. À l’époque, la Province de l’Esprit était considérée comme la plus puissante des Neuf Provinces. »
« Un jour, le génie du Clan Jie conduisit tous les membres du clan jusqu’à la Guilde des Esprits du Monde et ils jurèrent de reprendre la Tour fantôme Asura. »
« Aucun des deux camps ne voulut céder, et une grande bataille était sur le point d’éclater. Si elle avait eu lieu, toute la Province de l’Esprit aurait sans aucun doute été ravagée, tant la Guilde des Esprits du Monde et le Clan Jie étaient puissants. »
« Cependant, pour éviter des morts et des blessés inutiles, le génie de la Guilde des Esprits du Monde proposa d’affronter celui du Clan Jie dans un duel de techniques de formation spirituelle. Le vainqueur prendrait possession de la Tour fantôme Asura. »
« Le duel eut lieu dans la Forêt tortueuse. D’après ce que j’ai entendu, les deux adversaires poussèrent leurs techniques de formation spirituelle à leur paroxysme. Leur affrontement assombrit le ciel et la terre, et ni le soleil ni la lune ne brillèrent. » En évoquant ces événements, il agitait les mains dans tous les sens, comme s’il avait assisté à la scène.
« Alors, qui l’a emporté ? » Chu Feng brûlait de savoir lequel des deux génies avait gagné et lequel avait perdu.
« Hélas… Ils ont tous les deux perdu ! » L’homme secoua la tête en soupirant, le visage empreint de regret.
« Ils ont perdu tous les deux ? Ils ont été blessés et ont abandonné, ou bien le duel s’est terminé sur une égalité ? » demanda Chu Feng avec insistance.
« Quelqu’un les a vaincus », répondit l’homme.
« Quelqu’un les a vaincus ? Mais n’étaient-ils pas les génies les plus puissants de leur époque ? Comment ont-ils pu se faire battre ? » Chu Feng en fut lui aussi stupéfait.
D’après les paroles du jeune homme, ces deux génies étaient des êtres hors du commun. Comment avaient-ils pu être vaincus ? Quelle puissance possédait donc celui qui les avait battus ?
« Ils ont bel et bien été vaincus, mais par un Esprit du Monde qui ne venait pas de la Province de l’Esprit. Il était même plus jeune que les génies de la Guilde des Esprits du Monde et du Clan Jie. Un génie parmi les génies », raconta le jeune homme.
« À ce point ? Comment s’appelait-il ? Savait-on d’où il venait ? » Chu Feng voulut aussitôt connaître l’identité de cet homme. Il fallait être incroyablement puissant pour vaincre seul deux génies au sommet de leur art.
« Personne ne connaissait son nom ni son origine. On savait seulement qu’il était d’une puissance remarquable et que sa technique de formation spirituelle était proche de la perfection. »
« Mais il avait une particularité : ses oreilles étaient pointues, ses pupilles rouges et sa bouche garnie de dents acérées. »
« Son apparence était si particulière que certains le prirent pour une Bête monstrueuse. Cependant, les Bêtes monstrueuses n’ont pas le droit de pratiquer les techniques de formation spirituelle. La plupart des gens finirent donc par penser qu’il avait simplement un physique un peu étrange. »
« Il est impossible qu’un homme aussi puissant soit resté anonyme. S’il était encore en vie, son nom aurait dû faire trembler le monde. Comment se fait-il que personne ne sache comment il s’appelait ? » Chu Feng était perplexe.
« Tu as raison. L’année où il vainquit les deux plus grands génies de la Guilde des Esprits du Monde et du Clan Jie, il obtint le droit de prendre possession de la Tour fantôme Asura. Sa réputation retentit dans les Neuf Provinces, et la Dynastie Jiang voulut même le rallier et nouer des relations amicales avec lui. »
« Mais, malheureusement, peu après avoir vaincu les deux génies, il disparut complètement et ne reparut jamais. Naturellement, personne ne pouvait connaître son nom : il était entouré de mystère. »
« Quant aux deux génies, vaincus, ils perdirent courage et se retirèrent chacun du monde. Ils ne sont toujours pas réapparus à ce jour. Mais vu le talent qu’ils avaient à l’époque, je suis sûr qu’ils doivent être encore plus remarquables aujourd’hui. »
« C’est précisément parce que ces deux hommes sont toujours là que très peu de gens osent envahir la Province de l’Esprit. Ils estiment que si ces deux-là sortaient de leur retraite, la Province de l’Esprit pourrait encore prétendre au premier rang des Neuf Provinces. »
« Comment s’appelaient ces deux génies ? »
« Celui du Clan Jie s’appelait Jie Shi. »
« Celui de la Guilde des Esprits du Monde s’appelait Gu Tian Chen. »
« Toutefois, même s’ils sont encore en vie aujourd’hui, ce doivent être de vieux hommes arrivés au terme de leur existence. Je me demande si leur gloire brillera encore un jour. »
« Ah… Quel dommage. Ces deux génies qu’on ne rencontrait qu’une fois par millénaire ont perdu courage, comme ça. » Originaire de la Province de l’Esprit, le jeune homme trouvait manifestement regrettable que les deux génies aient perdu tout espoir.
« C’est effectivement dommage, mais je plains encore davantage l’homme mystérieux qui les a vaincus. Avec une telle puissance, il n’aurait pas dû rester inconnu », dit Chu Feng.
Après quatre bonnes heures d’attente, l’Examen de manteau blanc d’Esprit du Monde, comme on l’appelait, commença enfin. Le vaste palais comptait d’innombrables portes. Sur les instructions de la Guilde des Esprits du Monde, Chu Feng fut réparti avec deux autres personnes, puis tous trois entrèrent dans une pièce.
Une fois à l’intérieur, ils découvrirent une salle carrée. Une autre porte se trouvait à l’autre bout. Devant celle-ci se tenait un homme d’âge mûr vêtu d’une cape grise. C’était manifestement un Esprit du Monde au manteau gris.
Au milieu de la salle se dressaient trois statues à forme humaine. Elles étaient en fer noir et couvertes d’une simple Formation spirituelle. Elles étaient bien plus dures que le fer noir ordinaire.
« Détruisez une statue. Le nombre de coups devra se compter sur les doigts d’une main. Plus vous la briserez vite, plus vous marquerez de points », déclara froidement l’homme d’âge mûr.
« Je passe le premier. Dix coups suffiront pour m’en débarrasser. » Le jeune homme à la gauche de Chu Feng s’avança.
[Note du traducteur de l’anglais : en caractères chinois, dix s’écrit « 十 », tandis que onze s’écrit « 十一 ». Dix coups sont donc toujours considérés comme un nombre à un seul chiffre.]
L’homme était robuste et mesurait deux mètres. Ses bras étaient plus épais que la cuisse de Chu Feng et, à le voir, on l’aurait pris pour un adulte imposant.
Arrivé devant la statue, il échauffa d’abord un peu son corps. On entendit distinctement ses articulations craquer. Puis il déploya toute sa force et libéra son aura, qui était celle d’un pratiquant du troisième niveau du Royaume de l’Origine. Il enchaîna ensuite les coups de poing, chacun gros comme un sac de sable.
Clang, clang, clang, clang.
Ses poings s’abattirent sur la statue dans un vacarme de métal qui s’entrechoquait. Des étincelles jaillirent même. Au dixième coup, une fissure apparut bel et bien sur la statue, puis s’étendit rapidement. Elle finit par se fendre en deux et s’écrasa au sol.
À cet instant, le jeune homme baraqué pivota et adressa un sourire triomphant à Chu Feng et à la jeune femme qui se tenait à sa droite.
En réalité, il souriait surtout à cette dernière. Elle n’était pas d’une beauté exceptionnelle, mais restait plutôt jolie. Les deux formes rondes qui gonflaient fièrement sa poitrine plaisaient manifestement au jeune homme baraqué.
Le jeune homme lui adressa un sourire éclatant, dévoilant deux rangées de dents blanches. Il prit même des poses pour mettre ses muscles en valeur, mais cela ne servit à rien : la jeune femme ne lui accorda même pas un regard. Il ne se découragea pourtant pas et continua ses gestes aguicheurs.
« Tout juste la moyenne. »
Mais, quand cette évaluation lui parvint de derrière, le visage du jeune homme baraqué se figea et le coin de sa bouche tressaillit.