Chapitre 1 347
Une fois passés du statut d’inconnus à celui de relations relativement proches, Grand-père Song et Granny Lin se mirent à bavarder avec Chu Feng.
Ces échanges n’avaient aucun véritable intérêt : ils ne portaient que sur des sujets insignifiants. Ils ne servaient qu’à renforcer les liens avec Chu Feng.
Après avoir bavardé un moment, Granny Lin demanda soudain : « Chu Feng, avec un tel talent, où as-tu appris toutes ces aptitudes ? » Elle avait enfin posé la question qu’elle brûlait de lui poser depuis le début.
« À vrai dire, je ne viens pas du Domaine de l’Alliance », répondit Chu Feng.
« Dans ce cas, d’où viens-tu ? » demanda Granny Lin, surprise.
« Je suis un disciple de la Montagne de Cyanwood », répondit honnêtement Chu Feng.
« La Montagne de Cyanwood ? » À ces mots, Grand-père Song et Granny Lin furent tous deux stupéfaits. Ils échangèrent un regard, puis se tournèrent de nouveau vers Chu Feng.
Mais, cette fois, leurs regards se firent encore plus complexes. Une lueur de joie brillait dans leurs yeux, mais aussi une pointe de déception. Leurs expressions mêlaient tristesse et bonheur, dans un véritable imbroglio d’émotions.
« Grand-père Song, Granny Lin, qu’est-ce qui ne va pas ? » demanda précipitamment Chu Feng en les voyant ainsi.
« Oh, rien. Mais, Chu Feng, tu dois bien le comprendre, toi aussi. À cause de l’Énergie des frontières, la Terre sacrée du Martisme est divisée en de nombreux domaines. Au fil des ans, les habitants de chacun d’eux ont fini par s’attacher à leur domaine comme à leur terre natale. »
« Ainsi, quels que soient les conflits qui peuvent éclater au sein de leur propre domaine, tous souhaitent le voir devenir toujours plus puissant. »
« Et nous ne faisons pas exception. »
« Nous ne voulons pas qu’une autre puissance du Domaine de l’Alliance que l’Alliance des Esprits du Monde soit capable de surpasser notre Village antique des Sceaux. C’est pourquoi nous étions inquiets. Puisque tu ne viens pas de l’Alliance des Esprits du Monde, nous nous demandions de quelle puissance tu pouvais bien être issu. »
« Alors, quand nous avons appris que tu ne venais pas du Domaine de l’Alliance, nous avons naturellement été soulagés et ravis, sachant que tu ne deviendrais pas un jour notre rival. »
« Mais, en même temps, nous nous sommes dit qu’un jeune homme aussi talentueux que toi ne venait pas de notre domaine. Nous avons donc forcément éprouvé un certain regret », expliqua Grand-père Song.
« Je comprends. » Chu Feng saisit alors la raison des expressions complexes de Grand-père Song et de Granny Lin. C’était tout simple : le Village antique des Sceaux souhaitait que le Domaine de l’Alliance devienne plus puissant, mais ne voulait pas que les autres puissances du domaine se renforcent.
Autrement dit, ils auraient voulu que Chu Feng soit originaire du Domaine de l’Alliance, tout en préférant qu’il n’en soit pas issu.
Ainsi, que Chu Feng vienne ou non du Domaine de l’Alliance, ils auraient de toute façon affiché cette expression mêlant joie et chagrin.
Ces deux sentiments étaient certes contradictoires, mais cette attitude était parfaitement naturelle. Après tout, les humains raffolaient de ces contradictions qu’ils se forgeaient eux-mêmes et qui troublaient leur cœur.
« Grand-père Song, Granny Lin, je ne crois pas que l’endroit d’où je viens soit important. Ce qui compte, ce sont les liens entre les gens. »
« Même si je ne vous connais pas depuis longtemps, vous m’avez tous les deux traité avec beaucoup de générosité et m’avez fait ressentir une certaine affection familiale. »
« En ce moment, je suis loin de chez moi. Pouvoir éprouver ce genre de sentiments me réchauffe le cœur. Puisque vous m’avez traité comme un membre de votre famille, je vous considérerai, moi aussi, comme mes propres parents. »
« Même si je viens du Domaine de Cyanwood et que je suis un disciple de la Montagne de Cyanwood, si quelqu’un cherche un jour à vous faire du mal, je ne resterai certainement pas les bras croisés. »
« Même si celui qui vous menace est quelqu’un de ma Montagne de Cyanwood, ou même l’un de mes amis, tant que vous n’avez rien fait de mal, je vous prêterai main-forte », déclara Chu Feng sans détour. Il était tout à fait sincère et tiendrait assurément parole.
« Ha ha, Chu Feng, tu es vraiment un bon garçon. Ces paroles nous suffisent amplement. »
En entendant les paroles sincères de Chu Feng, Grand-père Song et Granny Lin furent ravis.
S’ils avaient emmené Chu Feng dans cette maison de pierre pour s’entretenir seuls avec lui et s’étaient montrés si amicaux, c’était certes parce qu’il leur plaisait, mais aussi parce qu’ils appréciaient son talent et son potentiel futur.
Autrement dit, ils cherchaient à nouer de bonnes relations avec Chu Feng avant qu’il ne devienne puissant.
Les paroles de Chu Feng furent comme un baume pour leur cœur. Il leur avait montré qu’il rendait la bonté qu’on lui témoignait et qu’il méritait leur amitié. Comment auraient-ils pu ne pas s’en réjouir ?
Si leur humeur avait jusque-là mêlé bonheur et chagrin, elle ne fut plus désormais que bonheur.
Une fois leur joie retombée, Grand-père Song demanda : « Chu Feng, te souviens-tu du nombre de personnes qui se trouvaient devant le col d’entrée du village avant son ouverture, aujourd’hui ? »
« Si je ne me trompe pas, il y en avait près d’un millier. Et tous étaient des Esprits du Monde au Manteau doré. » En repensant à la foule rassemblée devant le col d’entrée du village, Chu Feng ne put retenir un soupir d’admiration.
Chu Feng n’était arrivé que la veille de l’ouverture de la deuxième épreuve. Pourtant, à son arrivée, ils n’étaient que quelques dizaines sur la place.
Or, en l’espace d’une seule journée, leur nombre avait été multiplié par plus de dix. C’était véritablement stupéfiant.
Après tout, même si les Esprits du Monde au Manteau doré étaient très inférieurs à ceux au Manteau royal, atteindre un tel rang n’était pas à la portée du premier venu.
Près d’un millier d’Esprits du Monde au Manteau doré étaient venus comme invités du Village antique des Sceaux. Combien en viendraient au cours d’un mois ? D’une année ? Rien que d’y penser, Chu Feng en était abasourdi.
« J’ai évalué leur force. Si je ne me trompe pas, environ la moitié d’entre eux devraient réussir à franchir le col d’entrée du village. Autrement dit, quelque quatre cent quatre-vingt-trois personnes pourront devenir les invités de notre Village antique des Sceaux », dit Grand-père Song.
« Le Village antique des Sceaux mérite vraiment sa réputation : il est capable d’attirer autant d’invités », fit remarquer Chu Feng.
« Non, autrefois, il n’y en aurait pas eu autant. S’ils sont venus aujourd’hui, c’est en réalité pour demain », intervint Granny Lin.
« Demain ? » Chu Feng était un peu perdu. Il était aussi curieux.
« On dirait que tu ne le sais vraiment pas. » Granny Lin plissa les yeux et gloussa, puis ajouta : « Demain aura lieu la cérémonie d’hommage aux ancêtres de notre Village antique des Sceaux. »
« Au cours de cette cérémonie, nous rendons hommage aux ancêtres de notre Village antique des Sceaux grâce à notre puissance spirituelle. »
« Tous les membres de notre Village antique des Sceaux doivent y participer, et nos invités sont également les bienvenus. »
« Tous les invités qui prendront part à la cérémonie recevront de l’Eau glaciaire des Sceaux en cadeau. De plus, la quantité offerte sera bien supérieure à celle que reçoivent habituellement nos invités », expliqua Granny Lin.
« Je comprends mieux pourquoi il y a tant de monde ici », dit Chu Feng, qui saisit enfin.
« Mais ce n’est pas encore le plus important. Le plus important, c’est que nous organiserons également une compétition de puissance spirituelle entre les jeunes », dit Granny Lin.
« Une compétition de puissance spirituelle ? » Chu Feng était encore plus curieux.
« C’est très simple. Ils entreront dans une formation et devront en ressortir le plus vite possible. »
« Ce n’est pas très différent de l’épreuve que tu viens de passer contre eux, où il fallait être le premier à franchir le col d’entrée du village. »
« La grande différence, c’est que, pour la compétition de la cérémonie d’hommage aux ancêtres, il faudra garder les yeux fermés. En outre, l’usage de toute technique de spiritualiste du Monde sera interdit. La seule chose que vous pourrez utiliser, c’est la méthode la plus élémentaire des spiritualistes du Monde : votre puissance spirituelle, pour percevoir ce qui vous entoure. Vous devrez vous en servir pour vous frayer un chemin à travers les innombrables obstacles de la formation et trouver la bonne sortie », expliqua Granny Lin.