Chapitre 130
« Les blessures que Ding Chou porte en ce moment ne lui ont pas été infligées par Chu Feng. Il se les est faites lui-même. » À cet instant, Chen Wanxi s’approcha lentement.
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? » demanda, perplexe, le seigneur de la Cité des Vents et des Nuages.
« Les Poings des Sept Blessures meurtrières comptent sept niveaux. Chacun stimule la force latente du corps et permet de dépasser ses limites. Mais cette puissance a un prix : chaque niveau inflige des dégâts au corps. »
« Selon la légende, celui qui atteint le septième niveau acquiert une puissance des dizaines de fois supérieure à la sienne. Mais quand elle disparaît, il reste paralysé et perd toute sa cultivation. »
« Les Poings des Sept Blessures meurtrières. Quand on les lance, ils peuvent assurément tuer l’ennemi, mais ils sont aussi une véritable arme à double tranchant. Plus la puissance acquise est grande, plus le prix à payer est lourd. »
« Ding Chou a atteint le troisième niveau. Il n’a certes pas détruit sa cultivation, mais il est grièvement blessé. Il lui faudra au moins deux mois de repos avant de pouvoir quitter son lit. » Voyant Ding Chou hurler sans relâche, en proie à une douleur extrême, Chen Wanxi lui donna ces explications détaillées.
En entendant cela, Chu Feng et les autres ne purent s’empêcher de regarder Ding Chou avec compassion. Le principe selon lequel « quand les choses atteignent leur extrême, elles ne peuvent que prendre le chemin opposé » venait de se vérifier sous leurs yeux.
À cet instant, toutefois, Chen Wanxi posa sur Chu Feng un regard chargé de sens. Celui-ci avait contraint Ding Chou à en arriver là, remporté la victoire et se tenait maintenant aux côtés des spectateurs, comme s’il n’avait rien à voir avec l’affaire. Il avait fait forte impression sur elle.
Elle ignorait si l’École Lingyun comptait un génie pareil. Mais, parmi tous ceux qu’elle avait rencontrés, il était au moins celui qui possédait le talent inné le plus terrifiant. Il était impossible d’imaginer la puissance qu’aurait Chu Feng à son âge à elle.
La cérémonie de l’Assemblée des Nouveaux Éminents prit fin, et Chu Feng réserva à tous une immense surprise. Son combat contre Ding Chou fut sans doute le plus passionnant de toutes les éditions de l’Assemblée.
L’impression laissée par Chu Feng était indélébile. Tous avaient le sentiment d’avoir assisté à l’émergence d’un génie venu de l’École du Dragon Azur.
Ce génie pouvait changer le destin de l’École du Dragon Azur. Il pourrait même ramener sur la voie de la gloire cette école qui avait jadis été la plus prestigieuse des Neuf Provinces. Même si elle ne retrouvait pas sa splendeur passée, elle pourrait probablement devenir une école de premier ordre.
La Cité Pourpre et Dorée attira elle aussi l’attention. Beaucoup de ceux qui la méprisaient commencèrent à se rapprocher de Chen Hui. Et cela, naturellement, était aussi dû à Chu Feng.
Chu Feng ayant remporté l’Assemblée des Nouveaux Éminents cette année-là, la Cité Pourpre et Dorée fut exemptée d’impôts pour l’année. Chen Hui en fut ravi, mais ce qui le rendait le plus heureux, ce n’était pas cette exonération : c’était qu’un génie comme Chu Feng soit apparu dans sa cité. Cela rehaussait son prestige et lui permettait enfin de relever la tête devant les autres seigneurs de cité.
L’Assemblée des Nouveaux Éminents s’acheva ainsi. Le nom de Chu Feng était sur toutes les lèvres et chacun en parlait. Quant à lui, il ne quitta pas la Cité de l’Oiseau Vermillon. Il accepta l’invitation de Su Hen et y séjourna quelques jours de plus.
Tout le monde pouvait le comprendre. Chu Feng avait déjà révélé son talent, et les gens un tant soit peu avisés feraient de leur mieux pour se rapprocher de lui. Même les seigneurs des autres cités, et pas seulement Su Hen, commencèrent à se renseigner sur la famille Chu et cherchèrent discrètement à nouer de bonnes relations avec elle.
« Chu Feng, tu ne m’as encore pas écoutée. Tu as oublié ce que je t’ai dit ? La cultivation demande une progression graduelle. Si tu continues ainsi, tu le paieras cher tôt ou tard. »
Dans un jardin de la Cité de l’Oiseau Vermillon, Chu Feng et Su Mei marchaient côte à côte. La jeune fille était heureuse de sa victoire, mais elle s’inquiétait toujours de la progression fulgurante de sa cultivation.
« Hé, ne t’inquiète pas. Tu ne sais donc pas quel genre d’homme je suis, Chu Feng ? Je ne manque pas de clairvoyance. Je sais ce que je fais pour ma cultivation, et je ne me ferai pas de mal. »
« Et puis, si je ne peux pas vaincre Gong Luyun en un an, même s’il ne me tue pas, je n’aurai plus la moindre raison de vivre. Après tout, les paroles qui devaient être prononcées l’ont été. » Chu Feng eut un petit rire.
« Tu es vraiment trop téméraire. »
À l’évocation de cette affaire, le joli visage de Su Mei se remplit d’inquiétude. Gong Luyun était le premier disciple de l’École du Dragon Azur, mais, en réalité, même les premiers disciples de certaines écoles de premier ordre ne lui arrivaient pas à la cheville.
Gong Luyun était un véritable génie. À vingt ans, il avait déjà atteint le premier niveau du Royaume du Profond et rivalisait presque avec Su Rou. Il aurait fallu un véritable miracle pour que Chu Feng rattrape Gong Luyun en une seule petite année.
« Hé, ne t’inquiète pas. Je sais ce que je fais. Fais-moi confiance. »
« À propos, vous êtes nées dans une famille si riche et si puissante, ta sœur et toi. Pourquoi avez-vous choisi d’entrer à l’École du Dragon Azur ? » Chu Feng sentit que Su Mei était troublée et s’empressa de changer de sujet.
« C’est… » À ces mots, le joli visage de Su Mei se rembrunit et une expression complexe s’y dessina.
« Peu importe. Si c’est gênant, fais comme si je ne t’avais rien demandé. » Chu Feng sourit avec tact.
« Ce n’est pas ça. » En voyant cela, Su Mei se raidit aussitôt, comme si elle craignait que Chu Feng ne se fasse une mauvaise idée d’elle. Après avoir soigneusement vérifié les alentours, elle lui prit le bras et l’entraîna dans une pièce.
Après avoir fermé la porte, Su Mei jeta un œil par l’entrebâillement et surveilla les alentours un moment. Puis elle dit à Chu Feng : « Sers-toi de ta puissance spirituelle pour vérifier s’il y a quelqu’un dans les environs. »
« C’est déjà fait. Il n’y a aucun danger. » Chu Feng savait lui aussi que cette affaire n’avait rien d’ordinaire. Plus il y réfléchissait, plus sa curiosité grandissait : il avait le sentiment qu’un secret se cachait derrière tout cela.
« Ce n’est pas que je ne te fasse pas confiance, mais cette affaire est extrêmement importante. À l’origine, je n’aurais dû en parler à personne. Mais puisque tu me l’as demandé, je… » Su Mei était quelque peu embarrassée.
« Si c’est un secret, laisse tomber. » Chu Feng sourit. Il ne voulait pas mettre Su Mei dans l’embarras.
À cet instant, Su Mei serra les dents avant de demander : « À ton avis, qui est la personne la plus puissante de l’histoire de la Province d’Azur ? »
« Bien sûr, c’est le fondateur de l’École du Dragon Azur, le Fondateur du Dragon d’Azur. N’était-il pas le plus puissant expert du continent des Neuf Provinces à l’époque, au point que même la Dynastie Jiang le craignait ? » répondit Chu Feng.
« Non. » Su Mei secoua la tête. « Le Fondateur du Dragon d’Azur était certes puissant, mais ce n’est pas la personne la plus forte à avoir vu le jour dans la Province d’Azur. »
« Oh ? Il y a eu quelqu’un de plus fort que ce vieil homme ? » Chu Feng devint encore plus curieux.
« Oui. Mais ce n’est qu’une légende, et rien ne permet de la vérifier. On raconte qu’il y a dix mille ans, le continent des Neuf Provinces n’était encore qu’une terre sauvage. Sa population n’atteignait même pas le centième de celle d’aujourd’hui. »
« La Dynastie Jiang n’existait pas encore et les différentes écoles n’avaient pas été fondées. Le terme “cultivation martiale” était très peu familier aux gens, car ceux qui connaissaient les méthodes de cultivation les gardaient pour eux et ne les transmettaient pas aux étrangers. »
« À cette époque, les cultivateurs martiaux étaient donc extrêmement rares. Seules neuf familles puissantes connaissaient les méthodes de cultivation martiale, et elles se partageaient les Neuf Provinces. La famille qui occupait la Province d’Azur s’appelait la famille Qing. »
[Note du traducteur : bien que « Qing » signifie « azur », je le conserverai pour le nom de la famille.]