Chapitre 1 178
Tout là-haut dans le ciel, Chu Feng et Lei Yao tenaient chacun leur Armement royal. Des éclairs de lames et d’épées fusaient tandis qu’ils se livraient un combat acharné.
Tous deux étaient des génies de premier plan. À tout le moins, ils jouissaient tous deux d’une solide réputation dans la région centrale de la Montagne de Cyanwood.
Ils s’affrontaient de plein fouet, Armement royal en main. Les lueurs des lames et des épées fusaient dans toutes les directions, et les ondes de choc de leurs collisions ravageaient les environs. On pouvait sans exagération dire que le ciel et la terre étaient bouleversés.
L’intensité du combat ébranla naturellement la foule. Mais elle lui procura aussi une sensation incomparable, comme si elle retrouvait toute sa vigueur.
Pourtant, comme le dit le proverbe, les ignorants regardent pour se divertir, tandis que les experts observent les techniques. Ceux qui étaient faibles ne pouvaient saisir que les grandes lignes de l’affrontement entre Chu Feng et Lei Yao, et se délectaient de son intensité et de son brillant spectacle.
Seuls ceux dont la force égalait ou surpassait celle des deux combattants étaient capables de comprendre ce qui se passait réellement.
« Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi Lei Yao ne fait-il que se défendre, sans attaquer ? »
À cet instant, les Anciens du Monastère d’Orion fronçaient tous les sourcils. Leurs regards trahissaient leur inquiétude.
Très attentifs au combat, ils avaient remarqué que Lei Yao était sur la défensive depuis qu’il avait abattu sa grande lame d’Armement royal sur la tête de Chu Feng.
Bien que Lei Yao manœuvrât son Armement royal avec une élégance éblouissante, sans laisser la moindre ouverture, il n’avait fait que se défendre depuis le début. Il ne parvenait qu’à bloquer les attaques de Chu Feng et semblait incapable de riposter.
En y regardant de plus près, ils remarquèrent en outre que Lei Yao reculait toujours, dans une mesure variable, chaque fois que Chu Feng le frappait. Qu’est-ce que cela signifiait ? Que Lei Yao était moins fort que Chu Feng et se trouvait bel et bien en position de faiblesse.
« Lei Yao ne fait pas le poids face à Chu Feng ? Est-ce vraiment possible ? »
À cette idée, les Anciens du Monastère d’Orion n’osaient pas croire à leurs propres déductions. Après tout, Lei Yao était le représentant actuel des disciples de leur monastère. S’il était vaincu, il ne serait pas le seul à perdre la face, et l’humiliation ne se limiterait même pas à la Division Orion : c’est tout le Monastère d’Orion qui serait déshonoré.
« Lei Yao, qu’est-ce que tu fais ? Maîtrise vite ce Chu Feng ! »
« Lei Yao, ne baisse pas ta garde ! Arrête de jouer ! Donne tout ce que tu as, tue Chu Feng et mets fin à ce combat qui n’aurait jamais dû durer aussi longtemps ! » Le cœur rongé par la peur et l’inquiétude, certains Anciens commencèrent même à lui transmettre discrètement leur voix pour le presser de vaincre Chu Feng au plus vite. Ils craignaient que Lei Yao ne finisse réellement par perdre.
Mais lorsqu’il entendit les transmissions secrètes des Anciens, le teint de Lei Yao devint encore plus blême. Son corps réagit malgré lui et des couches de sueur froide se mirent à le couvrir.
Il savait mieux que quiconque pourquoi il était resté sur la défensive. Ce n’était pas qu’il dissimulait sa force, ni qu’il cherchait à se jouer de Chu Feng. Il était tout simplement incapable de le vaincre.
À cet instant, il lui était déjà extrêmement difficile de se protéger. Et eux voulaient qu’il tue Chu Feng ? C’était un pur fantasme !
Il ne songeait plus à humilier Chu Feng ni à le vaincre. Il cherchait seulement à sauver sa peau. Après tout, c’était un combat à mort.
Mais Lei Yao n’osait pas dire la vérité aux Anciens. Il n’osait pas avouer qu’il ne faisait pas le poids face à Chu Feng. Il était donc terrifié et désespéré, coincé dans une impasse sans aucun moyen d’en sortir.
« Fff ! »
Au moment où Lei Yao perdait ses moyens, Chu Feng fit soudain pivoter son poignet. L’Épée de scellement des démons qu’il tenait se transforma en trait noir et transperça la défense de Lei Yao. Un bruit sourd retentit, et tous, dans le ciel comme au sol, en furent stupéfaits.
« Ciel, mais… » À la vue de la scène, presque tous les présents changèrent d’expression. Après être restés bouche bée, ils laissèrent échapper un sifflement involontaire et aspirèrent une grande bouffée d’air froid.
Le combat qui opposait Chu Feng à Lei Yao dans le ciel venait de prendre fin. L’Épée de scellement des démons de Chu Feng avait transpercé la poitrine de Lei Yao et ressorti dans son dos.
Lei Yao n’avait pas réussi à parer l’attaque de Chu Feng ?
L’épée de Chu Feng avait transpercé le corps de Lei Yao ?
Lei Yao était vaincu ?!!!
Aussitôt, les exclamations de stupeur retentirent sans discontinuer. Même les nombreux Anciens qui avaient clairement suivi le combat ne purent contenir leur choc, sans parler des disciples qui n’avaient jamais imaginé qu’une telle issue était possible.
Il fallait dire que l’estocade de Chu Feng avait été extrêmement habile. Lei Yao lui-même avait eu bien peu de chances de la bloquer ; rares étaient ceux de son niveau de cultivation qui auraient pu y parvenir.
Jusque-là, ils avaient pensé que Chu Feng avait surtout du talent pour manier les techniques martiales, et qu’il était peut-être bien moins doué avec les armes. Après tout, même un génie ne pouvait pas exceller en tout.
Mais à présent, ils comprenaient leur erreur. En réalité… Chu Feng était non seulement extraordinairement doué pour manier les techniques martiales, mais aussi pour manier les armes. Dans ces deux domaines, il avait le talent d’un démon.
« Fff ! »
« Aah… »
Alors que tout le monde était encore sous le choc, Chu Feng retira soudain l’Épée de scellement des démons, cette immense lame qui transperçait la poitrine de Lei Yao.
Ce fut un spectacle terrifiant. Non seulement l’épée jaillit dans une gerbe de sang, mais Lei Yao poussa aussi un cri de douleur déchirant.
Chu Feng s’y était attendu. Et, à ses yeux, cela ne suffisait pas. Il posa donc l’Épée de scellement des démons qu’il venait de retirer de la poitrine de Lei Yao contre le cou de celui-ci, puis appuya brusquement. Une pression écrasante s’abattit sur l’épaule droite de Lei Yao. Incapable d’y résister, celui-ci s’agenouilla à demi dans les airs, devant Chu Feng.
« Ça… »
À cette vue, la foule, déjà stupéfaite, changea encore d’expression. Si certains avaient encore douté de la défaite de Lei Yao après l’estocade de Chu Feng, ce geste dissipa tous leurs scrupules.
Quelle humiliation ! Une humiliation publique !
Chu Feng avait remporté ce combat, et Lei Yao l’avait perdu.
Peu importaient la difficulté qu’avait la foule à accepter ce résultat et sa stupéfaction : il n’en demeurait pas moins la vérité.
Chu Feng avait bel et bien vaincu Lei Yao, un Roi martial du sixième rang, alors qu’il n’était lui-même qu’un Roi martial du deuxième rang.
« Lei Yao, tu sais maintenant lequel de nous deux est l’imbécile et l’ignorant, n’est-ce pas ? » demanda Chu Feng.
En entendant ces mots, Lei Yao trembla. Beaucoup de spectateurs firent de même, et leurs lèvres se mirent à tressaillir malgré eux.
Ils ne pouvaient s’empêcher de repenser aux paroles que Chu Feng avait adressées à Lei Yao avant le combat.
À l’époque, beaucoup avaient trouvé Chu Feng stupide, ignorant, arrogant et présomptueux d’oser défier Lei Yao.
Certains l’avaient même pris pour un crétin qui ne connaissait pas sa place.
Et pourtant… Chu Feng leur avait révélé la vérité par ses actes, leur faisant comprendre qui était vraiment l’ignorant et l’idiot !!!
Lei Yao n’était pas le seul à avoir été stupide. Ceux qui avaient cru que Chu Feng serait forcément vaincu et courait à sa perte l’étaient tout autant.
Par sa seule force, Chu Feng avait asséné une gifle silencieuse mais retentissante à tous ceux qui l’avaient méprisé, et l’avait gravée à jamais dans leur cœur.
« Chu Feng, ça suffit. Lei Yao et toi n’avez aucune haine profonde ni aucun différend. Tu as déjà gagné ; laisse tomber et arrête. » Soudain, une voix âgée retentit depuis l’immense mer de nuages.
C’était un Ancien qui avait parlé. De plus, il était loin d’être faible : c’était un Demi-empereur martial. Il appartenait naturellement au Monastère d’Orion.
Lei Yao avait beau avoir été vaincu et avoir fait perdre la face à leur monastère, il restait un génie. Ils ne souhaitaient pas qu’il perde la vie pour rien dans de telles circonstances.
Mais Chu Feng ne prêta aucune attention aux paroles de l’Ancien. « Ancien, c’est une affaire entre Lei Yao et moi. Vous n’avez pas à vous en mêler, si ? »
« Chu Feng, tu as gagné. Je reconnais que je ne suis pas à ta hauteur et que j’ai perdu. Je t’en prie, au nom de notre appartenance à la même secte, épargne-moi. Donne-moi une autre chance, ne me tue pas. »
À la surprise de Chu Feng, une voix s’éleva sous son pied. C’était celle de Lei Yao. Il implorait sa grâce.