Chapitre 1 118
À cet instant, les yeux de Wang Yan, Jiang Hao, Yuan Qing et même Huang Juan brillèrent. À une si courte distance, la beauté de Bai Ruochen paraissait encore plus parfaite et sans défaut : elle faisait chavirer les hommes et pâlir les femmes.
« Je m’appelle Wang Yan. Puis-je connaître votre nom, mademoiselle ? » Les yeux de Wang Yan brillaient comme ceux d’un loup apercevant un agneau. Incapable de se contenir, il avala même discrètement sa salive. Il était évident qu’il était sous le charme de Bai Ruochen.
Pourtant, malgré son attirance, il ne la manifesta pas avec trop d’insistance. Il joignit plutôt les mains et salua Bai Ruochen avec respect, se donnant l’allure d’un gentilhomme élégant et irréprochable.
« Qu’est-ce que tu joues les innocents ? Tu sais déjà que Mademoiselle Bai s’appelle Bai Ruochen, non ? Lui poser une question alors que tu connais déjà la réponse, tu ne trouves pas ça un peu honteux ? » Jamais Wang Yan n’aurait imaginé qu’après cette question, Jiang Hao prendrait la parole pour le réprimander, dans le but de faire bonne impression auprès de Bai Ruochen tout en s’en prenant à son rival amoureux.
Wang Yan en resta bouche bée. Après tout, lui et Jiang Hao se connaissaient depuis de nombreuses années. En apparence, ils étaient comme des frères et entretenaient d’excellentes relations.
Jamais il n’aurait pensé que Jiang Hao puisse être aussi dément, à faire passer une femme avant son frère. Non seulement il ne lui avait pas prêté main-forte, mais il l’avait dénoncé et attaqué devant Bai Ruochen.
Wang Yan en eut le ventre noué de rancœur, tant la scène l’avait pris au dépourvu. Sans sa cultivation assez avancée, il aurait sans doute déjà craché du sang et succombé de rage à cause du comportement de Jiang Hao.
Quant à Jiang Hao, il n’éprouvait pas la moindre compassion pour Wang Yan, qui se retrouvait humilié et abasourdi. Faisant fi de leur fraternité, il saisit à la hâte cette occasion décisive et salua Bai Ruochen, le poing fermé, avec respect.
« C’est un plaisir de vous rencontrer, Mademoiselle Bai. Je m’appelle Jiang Hao. Dites, le monde est si vaste… Que nous nous rencontrions ici, c’est vraiment le destin. »
« Le destin, mon œil ! Tu les as suivis tout du long, puis tu as demandé ton chemin aux disciples de la Secte de l’Ascension pour rattraper Mademoiselle Bai. » Wang Yan venait enfin de trouver l’occasion de se venger. Résolu à rendre la pareille à celui qui avait renié leur fraternité, il dévoila les manigances de Jiang Hao.
« Wang Yan, tu… De quel droit tu racontes ça sur moi ? Tu n’as pas fait pareil ? Sinon, comment tu aurais rattrapé Mademoiselle Bai ? » rétorqua Jiang Hao, furieux.
« C’est vrai, je l’ai suivie. Mais je l’ai fait ouvertement et honnêtement, contrairement à toi. Tu as clairement suivi Mademoiselle Bai en cachette, et tu oses prétendre que c’est le destin. Quel tissu de conneries ! Tu n’as donc aucune honte ? » Wang Yan ouvrit grand la bouche et cracha un gros glaviot. Jiang Hao l’avait humilié un peu plus tôt ; à présent, il allait lui rendre la pareille au centuple.
« Espèce de salaud, Wang Yan… » Le glaviot jaillit de la bouche de Wang Yan. Si Jiang Hao n’avait pas eu de bons réflexes et esquivé à temps, il lui aurait atterri en plein visage. Fou de rage, Jiang Hao tendit la main et tenta de saisir Wang Yan ; il voulait se battre contre lui.
Wang Yan ne se laissa pas faire. Voilà que ces deux frères de longue date allaient se battre pour une femme.
« Ha… Petite sœur Bai, je suis vraiment désolé pour cette scène. Mes deux frères aînés ont des tempéraments assez… amusants. J’espère que vous ne leur en tiendrez pas rigueur. En réalité, si nous sommes venus ici, c’est uniquement pour faire votre connaissance, petite sœur Bai, puisque nous allons tous devenir disciples de la Montagne de Cyanwood. » Tandis que Jiang Hao et Wang Yan se disputaient, Yuan Qing saisit l’occasion pour s’adresser poliment à Bai Ruochen.
Le regard de Bai Ruochen s’était d’abord posé sur Wang Yan et Jiang Hao, qui se querellaient. Mais après avoir entendu Yuan Qing, elle tourna les yeux vers lui.
En voyant Bai Ruochen le regarder, Yuan Qing sentit aussitôt son esprit s’éclaircir. Il la salua avec empressement, d’un air raffiné et courtois. « Je m’appelle Yuan Qing. C’est un plaisir de vous rencontrer, petite sœur Bai. »
Huang Juan, qui se tenait à côté de Yuan Qing, fut surprise par son attitude. Quant à Wang Yan et Jiang Hao, toujours occupés à se chamailler, ils en restèrent tous deux stupéfaits. Ils comprirent qu’ils l’avaient sous-estimé.
À la façon dont Yuan Qing s’y était pris, ils avaient tous pu voir qu’il savait s’y prendre avec les filles. Et il était bien plus doué qu’eux.
En réalité, ni Wang Yan ni Jiang Hao ne savaient s’y prendre. Ils comptaient sur leur statut de génies. Comme d’innombrables filles voulaient être avec eux, il leur suffisait de dire un mot pour qu’une fille partage leur lit. Ils n’avaient donc jamais eu besoin de faire le moindre effort pour séduire qui que ce soit. Ils ignoraient tout de ce qui pouvait plaire à une fille.
Pourtant, à la vue de l’attitude de Yuan Qing, ils comprirent aussitôt qu’il était bel et bien un expert en matière de femmes, un véritable débauché aussi immoral que méprisable.
Or, au moment même où tout le monde pensait que Yuan Qing allait s’attirer les faveurs de Bai Ruochen, une scène stupéfiante se produisit. Une froideur glaciale apparut dans les yeux de Bai Ruochen. Affichant son dédain et son agacement, elle jeta un regard à Yuan Qing, puis tourna les talons sans prononcer un mot.
Va te faire foutre… Vous voulez savoir ce que ça signifie, se faire envoyer bouler ? Eh bien, voilà.
Certaines femmes prenaient des airs hautains et se faisaient passer pour des déesses inaccessibles auprès des hommes ordinaires, qu’elles regardaient même avec dédain. Pourtant, face aux hommes puissants, elles révélaient pleinement leur véritable nature.
Bai Ruochen, elle, était tout à fait différente. Elle se montrait très froide envers les hommes ordinaires, donnant l’impression qu’ils ne pourraient jamais l’approcher. Mais face aux hommes puissants, non seulement elle ne changeait pas d’attitude, mais elle se montrait encore plus froide. Son comportement envers Yuan Qing, Wang Yan et Jiang Hao en était la preuve.
En regardant Bai Ruochen s’éloigner, Chu Feng se sentit honoré. Il comprit véritablement, à cet instant, quelle chance il avait eue de pouvoir converser avec elle d’aussi près.
On ne pouvait pas dire que Bai Ruochen et lui étaient intimes, mais il pouvait au moins discuter et rire avec elle, plaisanter sans retenue. Yuan Qing et les autres, eux, n’avaient même pas le droit de lui adresser la parole. En se comparant à eux, Chu Feng se sentit aussitôt béni par la fortune.
Tandis que Chu Feng se sentait béni par la fortune, Yuan Qing, Wang Yan et Jiang Hao restaient pétrifiés. Ils éprouvaient un profond sentiment de défaite, comme si on les avait précipités dans un abîme sans fond.
Quelle était donc cette situation ? Leur nom était connu dans toute la Région de Cyanwood, et d’innombrables femmes se soumettaient à ces génies. Pour faire bonne impression auprès de Bai Ruochen, ils en étaient même venus à se quereller entre frères. Et quelle avait été sa réaction ? Elle n’avait même pas daigné leur prêter attention avant de s’en aller. Ils en étaient complètement abasourdis.
Ils ne pouvaient s’y résigner, vraiment pas. Yuan Qing, surtout, avait imaginé une centaine de réactions possibles de Bai Ruochen, mais jamais celle-là.
« Petite sœur Bai, ai-je fait quelque chose qui vous aurait offensée ? » demanda Yuan Qing, refusant de renoncer.
Après ces mots, Bai Ruochen s’arrêta. Elle se retourna et répondit d’un ton indifférent : « Puisque vous me posez la question, je vais vous répondre. »
« Retenez bien ceci : à l’avenir, ne m’adressez plus la parole. Je n’ai pas de temps à perdre avec des ordures comme vous. »