Chapitre 143
Yan Ruyu fut stupéfaite ; jamais elle n’aurait imaginé que Ye Ming ferait une requête aussi… osée. Son visage devint écarlate alors qu’elle s’emportait : « Toi... Frère cadet, que me demandes-tu là ? »
Ye Ming grattait sa tête, embarrassé : « Même si cette demande est déplacée et ennuyeuse, je n’ai pas le choix pour rentrer dans le Groupe du Yin Yang. J’espère que tu pourras me pardonner. Si soeur ainé se sent génée, on pourra faire passer ça pour un accident. »
Yan Ruyu laissa échapper un soupir, posa une main sur son front, semblant finalement accepter silencieusement.
Sentant une opportunité, Ye Ming sourit : « Sœur, pour ton aide, je garderai ta bonté gravée au fond de mon cœur et ne t’oublierai jamais. »
À ce moment, un cri retentit au loin : « Ils sont là-bas, poursuivez-les vite ! »
Ye Ming pivota brusquement et aperçut effectivement Yang Fuwei et ses onze compagnons qui fonçaient à toute allure vers eux. Il attrapa Yan Ruyu et tous deux se placèrent au bord de la forêt. Quand leurs poursuivants furent presque sur eux, ils s’engouffrèrent dans les bois sans hésiter.
Yang Fuwei et ses hommes n’y prêtèrent pas attention, croyant naïvement pouvoir les poursuivre facilement, même le Gourou Martial s’élança avec eux. Mais à peine pénétrèrent-ils dans la forêt qu’un vertige les saisit. Le paysage changea soudainement : un noir absolu les enveloppait, aucune once de lumière. Une aura meurtrière surgissait de toutes parts, cherchant à les étrangler.
« Aah ! » un guerrier plus faible poussa un cri déchirant, broyé sur place en pulpe et os.
« C’est mauvais ! » paniqua le Gourou Martial. « C’est une formation du cinquième niveau, capable d’emprisonner un Gourou Martial ! »
À cette confession, tous sombrèrent dans l’abattement. Les cris déchirants redoublèrent, particulièrement ceux des Maîtres Martiaux, incapables de tenir même un quart d’heure.
Pendant ce temps, Ye Ming et Yan Ruyu dérivaient, tournant à droite puis à gauche, jusqu’à parvenir à une clairière dégagée où seules quelques herbes verdoyaient. Tous deux restèrent immobiles, tandis que les hurlements désespérés résonnaient plus ou moins loin. Des frissons inquiétants couraient sur les bras de Yan Ruyu.
Elle chuchota : « Frère Ye, penses-tu que cette formation puisse retenir ce Gourou Martial ? »
Ye Ming répondit calmement : « Il y a environ 50 % de chances. S’il s’échappe, ce n’est pas grave, il ne nous trouvera pas. »
« Maudit soit ce salaud ! Trouvez-le et tuez-le ! » hurla Yang Fuwei, grièvement blessé, en commandant au Gourou Martial.
Malheureusement, le Gourou Martial était déjà incapable de se protéger lui-même, il n’avait pas le temps de s'occuper de Yang Fuwei. Peu après, un cri d’agonie retentit, rapidement réduit au silence par des rayons mortels invisibles, le corps du malheureux fut totalement anéanti.
Une demi-heure passa. Seul le Gourou Martial luttait encore pour sa vie désespérement, poussant des rugissements furieux tandis qu’il abattait les arbres avec une force titanesque. Mais la formation restait impénétrable.
Dix heures plus tard, il gémissait faiblement, pleurant son désespoir en suppliant Ye Ming. Devant le silence obstiné de ce dernier, il explosa soudain de colère : « Espèces de bâtards, vous n’aurez pas la paix ! Je ne vous laisserai pas faire ! » Un tel traitement avait fait perdre à ce Gourou Martial toute dignité.
Ye Ming cracha par terre : « Tu ne sais pas mourir tranquillement, hein ? »
Quelques heures plus tard, il n’y eut plus un bruit. Inquiet, Ye Ming demanda à Beiming d’explorer par télépathie. Dès qu’elle confirma que tous étaient morts, il déclara : « Allons voir ce que ces idiots portaient sur eux. »
Sous la pression meurtrière de la formation, les 11 cibles avaient été décomposés jusqu’à l'os. Ye Ming ramassa sans effort 13 armes et objets ensanglantés, quelques-uns appartenant aux étudiants morts à l’extérieur, qui avaient été pillés par la troupe de Yang Fuwei et emportés ici. Tout cela profita maintenant à Ye Ming.
Évidemment, Ye Ming ne voulait pas tout garder pour lui seul ; il en offrit 3 à Yan Ruyu.
Cependant, elle refusa poliment : « Sans toi, je serais déjà morte. Comment pourrais-je accepter ? »
Ces objets magiques avaient une valeur importante, au moins 30 à 50 000 pièces martiales ; un cadeau généreux.
Voyant son refus, Ye Ming insista en souriant : « En rentrant, je vais devoir te toucher les fesses, alors prends-les. »
Yan Ruyu frissonna, mordilla sa lèvre et jeta un regard étrange à Ye Ming, incertaine si c’était de la joie ou de l’agacement.
Conscient d’avoir dépassé les bornes, Ye Ming s’excusa d’un rire gêné : « Allons explorer. Ce monde doit receler beaucoup de trésors. »
Sortant de la forêt, ils se sentirent enfin apaisés, libérés des interférences de Yang Fuwei et sa bande, prêts à se concentrer sur l’exploration.
Yan Ruyu s’exclama : « Un petit monde forgé par un Dieu Martial est un trésor incroyable. Ces Dieux passent toute leur vie à bâtir leurs mondes, remplis de merveilles. »
Ye Ming répondit tranquillement : « Bien sûr que les trésors ne manquent pas, mais nous ne pourrons pas en prendre beaucoup. Pour être honnête, dès notre arrivée j’ai compris : ce petit monde se divise en trois couches. Nous sommes dans la couche externe, celle aux trésors les plus pauvres. Pour atteindre la deuxième, il faudrait être Maître Martial, et Gourou Martial pour la troisième. »
« Même la couche la plus extérieure devrait nous suffire. Avec toi, frère, nous trouverons forcément d’excellents objets. »
Ye Ming sourit malin : « Sœur, tu as bien confiance en moi. »
« Quiconque passe du temps avec toi en vient à te faire pleinement confiance et à croire en toi. » Yan Ruyu s’exprima sincèrement.
À ce moment, Ye Ming s’immobilisa devant une prairie noirâtre et luxuriante.
« Que se passe-t-il ? » demanda Yan Ruyu, intriguée.
« Cette prairie est une formation naturelle d’emprisonnement. Une fois entrée, il ne sera pas facile d’en sortir. » déclara Ye Ming.
« On contourne ? »
« Impossible. Cette formation est sensible à l’environnement, il nous est impossible de l’éviter. » Ye Ming prit la main de Yan Ruyu et la regarda : « Suivons notre chance, voyons ce que ça donne. »
Ils venaient à peine d’entrer dans la prairie que le paysage se métamorphosa. Le noir et blanc laissa place à un monde coloré, baignés dans des teintes naturelles. Devant eux s’étendait un verger de pêchers, vingt arbres robustes, chacun difficile à embrasser à dix mains. Sur chaque arbre, un unique fruit énorme, aussi gros qu’une tête humaine. Plus étrange encore, chaque pêche portait une rune naturel gravé qui scintillait.
« Maître, ce sont des 'Pêches Runiques'. En les mangeant, elles impriment sur les os, organes et même l’âme, des runes renforçant le corps et la conscience. Leur valeur est inestimable ! » expliqua Beiming.
Yan Ruyu eut un éclat dans les yeux : « Frère, connais-tu l’origine de ces pêches ? »
Ye Ming fit semblant d’ignorer : « Que sont ces pêches ? Peut-on les manger ? »
Yan Ruyu répondit joyeusement : « Ce sont des trésors rares, appelés Pêches Runiques, qui contiennent des graines de runes naturelles. Pour ceux qui maîtrisent les runes, elles sont précieuses pour renforcer le corps et l’âme. »
Elle ne cacha rien et fit part de tout ce qu’elle savait à Ye Ming. Ce dernier sourit : « C’est vraiment précieux. On se partage ça à parts égales. »
Yan Ruyu pince le bas de sa robe : « Frère, c’est à toi que revient tout le mérite pour ce trésor, je ne peux en prendre la moitié. Je n'en prendrai que 5, le reste sera à toi. »
Ye Ming ne refusa pas et dit gaiement : « Parfait. »
Il grimpa dans les arbres et récolta les 20 pêches, donnant 5 à Yan Ruyu et en gardant 15 pour lui.
Après les avoir rangées dans leurs anneaux de stockage, Yan Ruyu était de bonne humeur, riant doucement : « Frère, tu sais combien vaut une de ces pêches ? »
Ye Ming feignit l’innocence : « Combien ? » tout en tendant l’oreille discrètement.
« Lors d’une vente aux enchères, une pêche, un tiers de la taille de celles-ci, s’est vendue pour 30 000 pièces suprêmes ! Les 5 pêches que j'ai valent donc au moins 200 000 pièces, une vraie fortune, l’équivalent du capital d’une petite secte. »
Ye Ming sentit son cœur se serrer douloureusement, mais ne montra rien et ria nerveusement : « Je dispose d'une vrai fortune avec les 15 que j'ai en ma possession. »
Après la récolte, il fallut un peu plus d’une heure pour trouver la sortie de la prairie.
En marchant, Ye Ming expliqua : « Ce Dieu Martial a utilisé des runes pour dissimuler entièrement ce monde. Le noir et blanc que nous voyons n’est qu’une illusion ; le vrai monde est en dessous, comme ce verger de pêchers que nous venons de voir. »
Yan Ruyu acquiesça vivement, désormais entièrement sous l’autorité de Ye Ming. Elle n’hésiterait pas, même s’il lui ordonnait de sauter dans un brasier.
Ye Ming taquina : « Ma sœur, on t’appelle la beauté à la robe simple. Il doit y avoir beaucoup d’admirateurs à ta poursuite. Je gage que ceux qui t’accompagnent lors des missions ont tous le béguin pour toi. »
Yan Ruyu baissa la tête, soupira doucement : « Malheureusement, ils sont tous morts, à cause de moi. »
Ne voulant pas s’attarder sur ce sujet sombre, Ye Ming pointa du doigt devant : « Il y a une mare là-bas, allons voir. »
Le bassin s’étendait sur une dizaine d’acres. Ye Ming l’inspecta rapidement puis plongea d’un bond dans l’eau. Une fois immergé, il découvrit le vrai visage du monde : ce n’était pas un simple bassin, mais un vaste océan ! La surface était calme, sans aucune créature marine dangereuse, si bien qu’il n’eut aucune crainte et appela : « Sœur, viens ! »
Yan Ruyu sauta à son tour et, comme Ye Ming, elle s’enfonça dans l’océan. Tous deux marchaient sur l’eau, ne coulant pas, comme sur un sol solide.
Ye Ming regardait le fond et dit : « Peut-être y a-t-il quelque chose là-dessous, allons voir. »
Yan Ruyu accepta naturellement et ils plongèrent ensemble. En nageant des dizaines de lieues au fond, ils ne croisèrent aucune créature. Seuls rochers et sable meublaient le paysage : pure monotonie.
Sur le point d’abandonner, Beiming annonça : « Maître, à 80 lieues au sud, il y a des pierres spirituelles. »
Ye Ming remonta à la surface, entraîna Yan Ruyu et se hâta à grande vitesse. Bientôt ils arrivèrent à l’endroit indiqué et replongèrent.
Cette fois, ils virent une masse de pierres lumineuses : des pierres spirituelles de premier rang entassées.
« Tant de pierres spirituelles ! » s’exclama Yan Ruyu joyeusement.