Chapitre 246
« Le terrain est à toi, Arros. »
Althea fit un pas en arrière, consciente que Finn savait exactement ce qu'était cet héritage. Couplé au fait qu'il était le seul à posséder une essence divine, la décision lui semblait évidente.
Finn lui jeta un regard rapide et hocha brièvement la tête, bien que son esprit fût manifestement ailleurs.
Il réfléchissait déjà à la manière de s'approprier cet héritage, dont il savait pertinemment qu'il s'agissait d'une masse d'âme. Trop de pensées se bousculaient dans sa tête. Se demandant si le processus serait identique à l'assimilation d'une masse d'âme dans la chronologie future. Se demandant même si cela fonctionnerait, étant donné qu'il ne possédait aucune capacité d'Ossuariste ici.
Il se demandait même s'il devait aborder le problème sous cet angle. Il se trouvait dans un monde où la divinité existait. Le Tyran au Poing Cramoisi était lui aussi divin. En réalité, une entité divine très puissante — un Dieu de rang III.
Était-il vraiment sûr que cette chose, semblable à une flamme verte brûlant dans la poitrine de la statue, était une masse d'âme ? Ne tirait-il pas des conclusions erronées basées sur sa chronologie future ? Cela pouvait y ressembler, tout en étant radicalement différent.
Et même s'il s'agissait bien d'une masse d'âme, et même si sa tentative de l'assimiler comme un Ossuariste — malgré le fait qu'il n'en fût pas un — fonctionnait, il restait le fait que cette masse d'âme avait appartenu à une bête extrêmement puissante de son vivant.
Dans sa chronologie, il n'était qu'un humble Initié Ossuariste de grade 3 cherchant à passer au grade 2. Bien qu'il sût que sa force d'âme était, selon Althea à l'époque, d'un niveau d'Initié de grade 2 *au minimum*, il n'avait jamais été officiellement gradé. Et même s'il l'avait été, cela restait bien en deçà de ce qui était requis pour assimiler une masse d'âme d'une telle puissance.
D'après ce que Finn avait déduit de la vie du Tyran au Poing Cramoisi, il en avait conclu que seuls les Ossuaristes de rang Précepteur pouvaient maîtriser l'âme du Tyran. Et encore, c'était leur accorder le bénéfice du doute. Il n'avait aucune référence réelle sur la puissance qu'un Ossuariste de rang Précepteur au sommet pouvait atteindre.
Quoi qu'il en soit, le fond du problème était que Finn n'était pas un Ossuariste de rang Précepteur. Sa force d'âme n'était pas à ce niveau... du moins, dans le futur...
*À quel point ai-je progressé depuis ?* pensa-t-il. *Ai-je vraiment pu faire un tel bond en avant en termes de force d'âme au cours des deux dernières années ?*
Il l'ignorait. Et il n'avait pas le luxe de le découvrir avant de se lancer.
Mais il avait déjà compris comment procéder. Quelque part, sous toutes ses hésitations, il en était venu à la conclusion que, qu'il s'agisse d'essence divine, d'une masse d'âme ou d'un mélange antique des deux pour lequel cette ère n'avait pas de nom — cela lui importait peu. Les frontières entre ces systèmes de pouvoir s'étaient estompées à ses yeux. Debout dans cette chambre, après tout ce que le temple lui avait fait subir, ces distinctions semblaient dérisoires.
Il avait décidé de se concentrer sur la vérité la plus fondamentale de toutes.
L'Âme.
C'était le seul point commun entre tous les systèmes de pouvoir qu'il avait rencontrés, qu'il s'agisse du pouvoir basé sur le mana des Transcendants, du pouvoir basé sur l'âme des Ossuaristes, ou même de l'essence divine. Au cœur de chacun d'eux, l'âme était le moteur principal. Il devait simplement interagir avec l'héritage au niveau de l'âme. Que ce soit par des méthodes d'Ossuariste ou en improvisant quelque chose sur le moment — il aviserait en chemin.
Le vrai dilemme était désormais de savoir si son âme était devenue assez forte pour surpasser celle du Tyran.
*Ne réfléchis pas trop, Finn.* Il tenta de se donner de l'élan. *Si ton intuition est correcte, tu as déjà fait cela auparavant.*
« Comme c'est éprouvant », lança soudain la Bénie derrière lui. « Regarder quelqu'un qui possède tout se consumer pour rien. »
Il se tourna vers elle. Ses yeux, tels des abysses noirs, plongeaient dans les siens, scrutant bien au-delà de son apparence.
« Pourquoi rester enchaîné par des liens fragiles et des prisons de papier... »
Le regard de Finn vacilla, une expression indéchiffrable traversant ses yeux tandis que la Bénie parlait.
« N'es-tu pas l'Hérétique Errant ? » dit-elle. « N'es-tu pas l'Hérétique ? »
Les mots de la Bénie semblèrent déclencher quelque chose chez Finn ; il se retourna immédiatement et se dirigea droit vers la statue, sous le regard silencieux d'Althea et de la Bénie.
La flamme verte brûlait plus intensément à chaque pas déterminé qu'il faisait. C'était comme si l'âme du Tyran sentait sa présence, sa volonté, sa détermination, et refusait de se laisser défier, s'imposant pour lui rappeler qu'elle était l'âme d'un Tyran.
Mais Finn continua sans faiblir. Il avança à grands pas assurés, un regard d'une concentration absolue dans les yeux. Ils étaient fixés sur la flamme verte qui faisait désormais rage comme un brasier, se propageant rapidement sur toute la longueur de la poitrine de la statue, puis ses bras, puis tout son corps, jusqu'à ce que la figure de pierre s'embrase de la tête aux pieds.
L'espace autour de la statue commença à onduler et à se déformer de cette manière familière aux masses d'âmes chaotiques. Et avec cette déformation, toute la puissance de l'âme se répandit dans la chambre comme une vague.
Elle frappa Finn comme un choc physique, le faisant chanceler en plein élan. Elle se propagea plus loin et fit glisser Althea en arrière, son bras levé pour protéger son visage de l'énergie bouillonnante. Les cheveux d'Ailin voletaient sauvagement autour de ses épaules, mais elle restait immobile, observant calmement Finn qui plantait ses pieds dans la pierre, tentant de lutter contre la force par la seule puissance de sa volonté.
C'était une tâche colossale.
Les vagues déferlantes qui l'avaient seulement fait chanceler au début le repoussaient maintenant inexorablement, lui faisant perdre le terrain qu'il avait conquis. Ses bottes raclaient le sol de pierre. Sa mâchoire se crispa.
La Bénie observait.
À chaque seconde, la situation semblait plus impossible. Toute la bravade et les pas assurés d'il y a un instant paraissaient inutiles.
Pourtant, la Bénie continuait d'observer. Son regard profond se faisait plus insistant.
Le corps de Finn tremblait. Ses os craquaient sous le poids de la puissance fulgurante qui s'abattait sur lui. Ce n'était plus seulement un héritage ; c'était une bataille. L'âme du Tyran l'interrogeait directement. Lui demandant s'il était digne. S'il avait la force de revendiquer l'autorité sur elle.
Althea était pliée en deux près des murs de la chambre, repoussée aux limites de la pièce par les forces en présence.
Pourtant, la Bénie ne cilla pas. Elle se contentait de regarder, son regard fermement ancré sur Finn tout du long.
Finn ne pouvait pas sentir son regard. Il ne percevait rien de ce qui se passait derrière lui, totalement accaparé par la pression qui attaquait non seulement son corps, mais son âme directement. Ce n'était que par pure volonté qu'il tenait encore debout.
*C'est futile*, pensa Finn à travers sa lutte étourdissante.
*Mon âme ne peut pas rivaliser avec ce genre de puissance.* Il sentait sa résistance faiblir. L'effort nécessaire pour simplement maintenir sa position dépassait ses capacités. Il allait perdre.
*Qu'est-ce que je pensais qu'il allait se passer ? Que j'allais forcer le passage par la seule volonté ?*
Son corps suppliait d'abandonner. Son âme voulait laisser les choses suivre leur cours.
*N'es-tu pas l'Hérétique Errant ? N'es-tu pas l'Hérétique ? Qu'avait-elle voulu dire par là ?*
*Penser en dehors des sentiers battus ? Ne pas être lié par des règles ?*
Mais il n'y avait aucune règle à briser ici. Sa bravade de tout à l'heure n'était que cela — une tentative de trouver des règles à briser. Il n'y en avait aucune. C'était simplement un combat entre une âme supérieure et une âme inférieure. On ne pouvait pas briser cette logique. Ce n'était pas une règle. C'était juste la vérité.
*...Vraiment, cependant ?* pensa Finn, les prémices d'une idée folle commençant à germer dans son esprit. *N'y a-t-il vraiment aucun moyen de briser cette logique... ?*
Un combat entre âmes supposait que l'âme était une quantité fixe. Son âme contre celle du Tyran. Un contre un. Il perdait parce que l'une était manifestement plus grande. C'était toute la situation, mise à nu.
Mais une quantité fixe supposait que l'âme avait des frontières immuables.
Et si elles ne l'étaient pas ?
Il ne pouvait pas fabriquer une force d'âme qu'il ne possédait pas. Il ne pouvait pas gonfler sa propre âme par le simple désir. Ce n'était pas ainsi que tout cela fonctionnait, dans aucun système qu'il ait jamais rencontré. Cette logique était imparable.
*Mais si je pouvais emprunter de la force... ?* Voler de la force d'âme... ?
L'idée était insensée. Il le reconnut immédiatement, au moment même où elle lui vint.
Les âmes n'étaient pas des ressources externes. La conscience n'était pas quelque chose dans lequel on pouvait puiser en atteignant une autre personne. Tout ce qu'il avait appris traitait l'âme comme une entité singulière, entièrement contenue dans l'être auquel elle appartenait. Ce n'était pas une règle écrite et imposée par quelqu'un. C'était simplement la réalité.
Mais il était l'Hérétique Errant.
Et les prisons de papier... restaient des prisons.
Il cessa de tenter de pousser vers l'avant. Cessa de diriger toute son énergie vers l'extérieur contre la pression du Tyran. Au lieu de cela, il tourna sa conscience vers l'intérieur... puis, avec précaution, comme un homme testant une glace dont il n'était pas sûr qu'elle tiendrait, il projeta sa conscience vers l'extérieur dans une direction totalement différente.
Vers Ailin.
Il ne savait pas ce qu'il faisait. C'était la vérité. Il avait une idée à moitié formée, aucune méthodologie, et la forme vague et désespérée d'un pari. Il tendit la main vers sa conscience comme on cherche quelque chose dans le noir... tâtonnant pour en trouver les contours.
Et alors...