Chapitre 223
Chapitre 223
DANS UN AUTRE FUTUR – DAMIAN (1)
« J’ai fait ma part en te déclarant comme mon successeur. Le reste dépend de toi. Obtiens ton diplôme. Alors, cet endroit sera à toi. »
Damian, âgé de six ans, crut à la promesse de son père et entra à l’Académie. Il s’efforça avec acharnement d’obtenir son diplôme, car c’était le seul moyen d’atteindre son objectif : prendre la succession de son père. Peu importait ce qui l’entourait, son regard ne déviait jamais. Parce qu’il voulait que le sens de son existence soit reconnu.
Lorsque Damian eut treize ans, il fut informé que le Duc de Taran s’était marié. Damian ne trouva pas cette nouvelle particulièrement importante et se contenta de l’enregistrer dans sa mémoire. Quelques mois plus tard, Damian fut notifié qu’il avait été inscrit sur le registre familial et reçut, avec la nouvelle, un portrait de la nouvelle Duchesse, sa belle-mère. La femme représentée sur le tableau portait des vêtements voyants et, pour une raison quelconque, son expression comme sa posture semblaient rigides.
« Les critères de Sa Grâce le Duc sont plus bas que je ne le pensais. »
Selon les standards de Damian, cette femme ne pouvait en aucun cas être qualifiée de beauté.
« Une mère... est-ce bien cela ? »
Puisque son statut était devenu légal, cela signifiait que la Duchesse était désormais sa mère. Cependant, Damian n’avait pas vraiment l’impression que cela changeait grand-chose. Même s’il rencontrait la Duchesse en personne, il était peu probable qu’il puisse l’appeler « mère ». D’ailleurs, il était certain que la Duchesse ne voudrait pas être appelée par un tel titre. La Duchesse n’avait même pas encore eu ses propres enfants, et pourtant, elle se retrouvait souillée par un enfant illégitime comme lui. Il lui paraissait évident à quel point la Duchesse devait se sentir humiliée.
Il avait gagné une nouvelle famille, mais il ne ressentait aucune joie. De toute façon, il ne rencontrerait la Duchesse qu’après avoir obtenu son diplôme à l’Académie. Et même s’ils se rencontraient, il serait heureux si la Duchesse se contentait de l’ignorer au lieu d’essayer de lui nuire.
* * *
Damian ne prêta plus aucune attention au mariage du Duc. Il se concentrait uniquement sur ses études. Bien qu’il fût toujours classé premier, le reste du temps, il n’était qu’un étudiant sans relief. Il y avait bien des garçons qui avaient essayé de chercher querelle avec lui quand il était jeune, mais à mesure qu’ils grandissaient, ils perdirent tout intérêt pour Damian, qui n’avait rien d’autre à offrir que d’excellentes notes.
Damian était toujours seul. Rien ne l’intéressait en dehors de ses résultats. Il n’avait jamais pensé avoir besoin d’un ami. Il pensait ne ressentir aucune solitude, même en étant seul. Mais sans même qu’il s’en rende compte, les murs de solitude autour de Damian devenaient plus hauts et plus épais. Le garçon qui souriait déjà peu oublia progressivement comment sourire.
Finalement, lorsqu’il termina toutes ses études à l’Académie et tint son diplôme entre ses mains, Damian ressentit un sentiment de vide plutôt qu’un sentiment d’accomplissement. Le résultat de ce à quoi il s’était accroché avec constance pendant plus d’une décennie n’était rien de plus qu’un morceau de papier. Il avait cru pouvoir prouver son existence en obtenant ce diplôme, mais ce n’était qu’un faux espoir.
« Moi... Pourquoi ai-je voulu devenir le Duc ? »
Le garçon qui courait toujours vers l’avant sans retenue commença à regarder en arrière lorsqu’il devint un jeune homme.
« Je voulais obtenir la reconnaissance de mon père. »
Il voulait être félicité ; il voulait qu’on lui dise qu’il avait bien travaillé. Cependant, après avoir envoyé Damian à l’Académie à l’âge de six ans, son père ne lui avait même pas envoyé une brève lettre jusqu’à l’obtention de son diplôme.
« Ce n’était pas forcément moi. »
Le Duc n’avait pas choisi Damian comme successeur à cause de Damian lui-même, mais parce que Damian était son seul enfant. Peu importait que le titre de « jeune seigneur » revienne au fils que la Duchesse pourrait avoir un jour plutôt qu’à Damian.
L’hiver de ses dix-sept ans, Damian comprit une chose.
Il était seul.