Chapitre 203
Chapitre 203
ILS VÉCURENT HEUREUX (4)
Traduit par : Miss Ruby
Édité par : ShadowDog
Un groupe de personnes s'approcha de la salle de conférence depuis le couloir. Lorsque le Duc de Taran, chef de l'administration centrale, apparut à la tête des officiels, l'atmosphère dans la salle changea du tout au tout. Les chevaliers en faction devant la salle se redressèrent, et une tension étrange s'installa dans l'air.
Le Duc de Taran était devenu une véritable autorité durant son mandat à la tête de l'administration centrale. À l'aube de la quarantaine, son expérience avait mûri avec lui et son aura était devenue plus imposante. Mais, simultanément, cette aura coexistait avec un sentiment de « rudesse » qui ne l'avait jamais quitté.
Le Marquis DeKhan observa le Duc de Taran, dont la silhouette se rapprochait, puis il jeta un œil au Comte de Taran. Leurs apparences étaient similaires, mais le père et le fils dégageaient des atmosphères très différentes.
Le Duc de Taran ressemblait à une bête sauvage. Une violence sommeillait dans ses yeux rouges, semblable à celle d'un prédateur observant nonchalamment ses proies après s'être rassasié. Cela vous faisait craindre le moment où il pourrait bondir pour vous trancher la gorge.
En revanche, son fils ayant grandi au milieu des gens, il ressemblait à une bête humaine apprivoisée. On avait l'impression qu'il vous avertirait au moins avant de bondir pour vous mordre.
En réalité, si l'on considérait Damian séparément, il n'était certainement pas la personne la plus facile à aborder. Sa personnalité était froide ; il restait d'une courtoisie formelle et maintenait une distance définie avec les autres, afin que personne ne puisse s'approcher davantage. Cependant, comparé à Hugo, il y avait une marge de manœuvre pour faire un pas vers Damian.
Ceux qui souhaitaient s'appuyer sur le pouvoir du Duc de Taran s'en prenaient à son fils, le Comte Taran, plutôt qu'au Duc lui-même. Contrairement à Hugo qui ignorait tout le monde, Damian répondait poliment. Mais en y regardant de plus près, il n'y avait en fait aucune différence.
Qu'il s'agisse d'Hugo ou de Damian, ils étaient tous deux identiques dans leur absence totale d'intérêt pour les personnes extérieures à leur cercle. Si Damian se montrait poli envers des gens pathétiques dont il ne voulait même pas s'encombrer, c'était parce qu'il arrivait que sa mère remarque ses efforts et le félicite, ravie. Damian faisait toujours de son mieux pour ne pas agir à l'encontre des enseignements de sa mère.
Hugo entra dans la salle de conférence sans même jeter un regard à son fils, qui se tenait dans le couloir. Habituellement, lorsque les gens étaient témoins de la distance glaciale entre le père et le fils ou de leur manière de s'adresser la parole, ils admiraient le Duc de Taran pour avoir si bien éduqué son successeur.
Alors que le Duc Ramis et le Marquis DeKhan entraient également dans la salle, le nombre de personnes dans le couloir diminua, laissant les deux jeunes hommes seuls.
« Tout le monde ressort toujours cette histoire quand ils me voient. »
Bruno grommela. Il entendait la même chose encore et encore, ce qui l'agaçait au plus haut point. Son expression était crispée, teintée de cynisme.
« Ne recommence pas. C'était la première fois, alors c'est passé inaperçu, mais si tu recommences, tu seras catalogué comme un vaurien. »
« Je sais. »
Bruno était conscient que ce qu'il avait fait n'était pas une erreur mineure. Mais sur le moment, il n'avait pas pu se retenir.
Cela s'était produit alors qu'il s'était rendu dans la salle de repos pour éviter les demandes de danse qui affluaient malgré ses refus constants. Il avait entendu la fille d'un certain Comte jacasser à propos de quelque chose ; il ne se souvenait même pas de son nom.
[Comme vous le savez tous, il n'existe quasiment aucun cas d'enfant illégitime prenant la tête d'une famille. Qui sait ce qui arrivera quand la Duchesse donnera naissance à un fils.]
C'était un fait largement connu que Damian n'était pas le fils biologique de la Duchesse. Lorsque Damian avait fait ses débuts dans le cercle social, cela avait été un sujet très brûlant.
Lorsque les gens se rassemblaient, ils parlaient du successeur du Duc de Taran. Beaucoup étaient mal à l'aise avec la décision du Duc de laisser un enfant illégitime lui succéder. Il n'existait aucune famille noble réputée qui n'ait pas eu d'enfants illégitimes inscrits au registre familial, et c'était un casse-tête courant de voir un enfant illégitime aux capacités supérieures gagner la confiance du chef de famille au détriment de l'héritier légitime.[1]
À Xenon, la position des enfants illégitimes était floue. Comparé à d'autres pays qui ne traitaient même pas les enfants illégitimes comme des êtres humains, Xenon était généreux. Il n'y avait aucune limite au nombre d'enfants illégitimes pouvant être inscrits au registre familial, et tant que l'enfant illégitime y figurait, il était considéré comme qualifié.[2] Ce qui était amusant, cependant, c'est que dans d'autres pays, il n'était pas rare de voir un enfant illégitime succéder à la famille.
Cependant, Xenon était très conservateur en la matière. Même si leur seul descendant était un enfant illégitime inscrit au registre, ils préféraient adopter un parent pour lui faire hériter de la famille. L'existence de Damian était un défi aux coutumes profondément enracinées de Xenon.
Les regards gênés lancés à Damian s'étaient atténués avec le temps. Les nobles dames restaient prudentes car la tendre affection de la Duchesse pour Damian demeurait inchangée, tandis que les autres faisaient attention à leurs paroles, sachant que le Duc faisait tout ce qu'il voulait, sans se soucier du qu'en-dira-t-on.
Vers l'époque où un gentleman à l'apparence charmante, semblable à celle du Duc de Taran mais aux manières plus polies, commença à conquérir le cœur des nobles dames, Damian devint le Shyta de l'Académie.
Initialement, les étudiants d'Ixium étaient généralement des seconds fils de famille ou moins. Les successeurs étaient formés par des tuteurs spécialisés, puis tissaient leurs liens en se rendant à des réunions ou des soirées mondaines. Cependant, cela avait changé, et les successeurs avaient également commencé à fréquenter Ixium.
La réputation d'Ixium avait énormément grandi au fil des ans, car il était devenu évident que le statut de l'académie serait un élément central du pouvoir de chaque pays à l'avenir. Les gens avaient commencé à voir en Damian, devenu Shyta, un individu aux capacités exceptionnelles.
À ce stade, personne ne s'offusquait plus de la naissance de Damian. C'était devenu une règle tacite de ne pas l'évoquer, même si l'on était au courant. Cependant, Bruno était dégoûté par la fille du Comte qui, avec arrogance, avait abordé des détails aussi déplaisants. À cet instant, quelque chose avait bouillonné en lui, et il avait pris un cocktail sur le plateau d'un serviteur qui passait pour le vider sur la tête de la jeune fille.
Bruno savait que Damian ne se soucierait pas vraiment d'entendre de tels propos personnellement. Son ami était un type intéressant qui ne ressentait pas la moindre mélancolie concernant la faiblesse de sa naissance. Mais tout de même, ce n'était pas exactement un sujet de conversation approprié, alors Bruno garda pour lui la raison de son geste.
« Je déteste juste ces filles qui disent tout ce qui leur passe par la tête. » (Bruno)
« Tu recommences. » (Damian)
Lorsque Damian fronça les sourcils, Bruno lâcha un « désolé » peu convaincant.
« Je sais que tu ne ferais pas ça sans raison. » (Damian)
Le Bruno que Damian connaissait n'était peut-être pas la personne la plus aimable qui soit, mais il était impossible pour lui d'agir ainsi sans motif ; Damian devina donc que la fille du Comte avait dû se montrer particulièrement impolie.
« Mais ma mère a raison. Tu es dans une position où tu dois peser tes actes plus soigneusement. »
À l'évocation de la Duchesse, les yeux bleus perçants de Bruno s'adoucirent.
« Mère a toujours raison. » (Bruno).[3]
« C'est vrai. » (Damian)
Les deux jeunes hommes hochèrent la tête l'un vers l'autre avec sérieux, tout en prononçant une phrase qui ferait rire quiconque les entendrait.
Coin du traducteur :
[1] Je pense avoir déjà expliqué cela, mais une seconde fois ne fera pas de mal. Le registre familial est essentiellement un document officiel qui atteste que vous êtes membre d'une certaine maison. Il vous confère également des droits non applicables à ceux qui ne figurent pas sur le registre. Droits aux titres de noblesse, droits de reprendre le flambeau de la famille, etc.
[2] Qualifié : qualifié pour succéder au titre de votre famille.
[3] Il dit « mère » et non « ta mère ». Ce n'est pas une erreur.