Chapitre 199
Chapitre 199
DANS UN AUTRE FUTUR — HUGO (2)
Traduit par : Miss Ruby
Édité par : ShadowDog
Le nettoyage de la maison du Comte Matin, un « petit poisson » supposé, avançait à pas de tortue. Le troisième fils du traître, qui étudiait à l'Académie, s'était heureusement enfui dans un autre pays, et l'épouse du traître restait introuvable depuis trois jours. Grâce à cela, la vie des traîtres fut prolongée de quelques jours et, comme les laisser à la résidence du comte tout en les surveillant était un gaspillage de main-d'œuvre, ils furent tous conduits en prison.
Le quatrième jour, Hugo reçut un rapport de Dean indiquant qu'il avait trouvé un mécanisme menant à une zone secrète.
« Êtes-vous entré ? »
« Je n'ai pas vérifié l'intérieur comme vous l'aviez ordonné, mon seigneur. »
Alors qu'un jour passait, puis deux, puis trois, Hugo devint curieux au sujet de cette femme qui s'était cachée si profondément. Elle n'avait certainement pas quitté le manoir. Actuellement, la sécurité dans la Capitale était hermétique et toute personne suspecte se ferait inévitablement remarquer. Comme personne ne l'aidait, une noble qui avait vécu une vie facile ne pourrait pas se cacher sans laisser de trace. Par conséquent, Hugo en déduisit qu'il existait un endroit secret dans le manoir et qu'elle s'y cachait. Il ordonna à ses subordonnés que, si un tel endroit était découvert, ils devaient immédiatement lui en faire rapport au lieu de fouiller les lieux.
Il n'emmena que quelques chevaliers avec lui et se rendit dans la demeure déserte du Comte Matin. Tandis qu'Hugo observait Dean manipuler le mécanisme pour révéler l'obscurité derrière, ses yeux rouges se plissèrent légèrement. Un chevalier alluma sa torche, perçant les ténèbres.
Hugo observa les environs avec intérêt. La zone secrète, conçue avec expertise, était impressionnante. Après être descendus pendant un moment, ils atteignirent une chambre aux murs faiblement éclairés. En découvrant l'ombre d'une personne allongée dans un coin, les pas d'Hugo s'arrêtèrent.
Il fit stopper ses chevaliers derrière lui, saisit une torche et s'approcha de l'ombre. Aucun mouvement ne venait de la femme allongée, le corps recroquevillé. Hugo leva la torche plus haut pour illuminer les environs. Le lit de fortune sur lequel la femme reposait était fait de plusieurs couches de couvertures, et les sacs de cuir alentour étaient remplis de nourriture sèche. Il vit également un paquet de vêtements.
« Je suppose qu'il s'agit d'un refuge préparé. »
La famille du Comte Matin ne connaissait pas l'existence de cet endroit. Il était clair que la femme avait préparé tout cela seule. Il était impossible qu'elle ait été au courant de l'extermination de la maisonnée du Comte à l'avance. Alors, pourquoi ? Les yeux rouges d'Hugo fixèrent la silhouette de la femme qui dormait profondément.
« Intéressant. »
La lutte de cette femme était intrigante. Hugo ne pouvait comprendre la passion de cette femme pour la vie. C'était un monde ennuyeux et fastidieux. Si elle avait eu un enfant, il aurait pu comprendre, mais tant la femme de chambre qui la servait que le médecin chargé de ses traitements affirmaient qu'elle était stérile.
[Elle est définitivement stérile. Même si elle ne l'était pas, son mari est incapable d'avoir des enfants depuis quelques années maintenant.]
Sans même qu'on le lui demande, le médecin avait parlé du dysfonctionnement sexuel du Comte Matin. C'était comme si le médecin pensait que prouver l'infertilité de la Comtesse sauverait sa vie. Il n'était jamais bon de s'impliquer avec quelqu'un pris dans un complot de trahison, mais le médecin semblait plus inquiet de la situation de la Comtesse que terrifié.
Cela semblait contradictoire pour une femme soutenue par les gens qui l'entouraient d'avoir trouvé seule un moyen de s'échapper, abandonnant son mari et ses enfants, même si ces derniers n'étaient pas les siens. La vie d'une femme qui choisissait le statut de fugitive à vie valait-elle la peine d'être vécue avec une telle obsession ?
Hugo fouilla dans ses souvenirs, cherchant à voir s'il se rappelait d'une femme appelée la Comtesse Matin. Il avait une bonne mémoire, mais il ne pouvait se souvenir des gens sur lesquels il n'avait aucune impression, ou qu'il avait simplement croisés sans leur parler. Il n'avait aucun souvenir de la Comtesse Matin.
Hugo se détourna de la femme.
Lorsque leur seigneur commença à remonter les escaliers sans rien dire, les chevaliers suivirent en silence. Après avoir complètement quitté l'espace secret, Hugo ordonna :
« Vous n'avez rien vu aujourd'hui. »
Le chevalier accepta simplement sans poser de questions.
« Trouvez un corps de femme, habillez-le avec des vêtements nobles et jetez-le dans les bois. La couleur des cheveux devrait au moins être similaire. »
Hugo se sentit quelque peu miséricordieux et décida de sauver un membre de la famille du traître, lui donnant une chance de s'échapper. C'était sur un coup de tête, mais il ne savait pas lui-même pourquoi. Puisqu'elle voulait tant vivre, pourquoi ne pas la laisser essayer. Une noble qui avait profité d'une vie douce et facile ; combien de temps pourrait-elle tenir ? Un certain cynisme se mêlait à sa décision.
« Cependant, ne relâchez pas vos efforts pour traquer ce maudit troisième fils. »
Il pouvait permettre à une femme traîtresse, stérile et sans enfant de vivre, mais un enfant était hors de question. Sa conviction habituelle était de ne jamais laisser de braises derrière soi.
Le lendemain, tous les membres de la maisonnée du Comte Matin furent exécutés.
* * *
Environ un mois plus tard, Hugo assista à un événement où le Roi intimidait les nobles, sous prétexte d'une fête, puis, peu après minuit, il rentra chez lui. Alors qu'il passait devant le manoir d'un noble, il vit une ombre à travers la fenêtre et fut soudainement pris de curiosité.
« Cette femme. Elle a dû s'échapper, n'est-ce pas ? »
Il fit changer la direction de son carrosse vers la résidence du Comte Matin. La résidence du Comte était désormais un spectacle lugubre, et elle devenait encore plus sombre à mesure que la journée déclinait. Hugo manipula le mécanisme, ouvrit l'espace secret et descendit. Sentant la présence de plusieurs personnes, les petites créatures qui grouillaient se dispersèrent rapidement dans l'obscurité. Lorsqu'il alluma la torche et regarda autour de lui, il n'y avait personne en vue, seulement des rats.
Bien qu'il ait déjà deviné qu'elle serait partie, Hugo se sentit vide pour une raison quelconque. Il regarda lentement autour de lui et trouva des traces montrant que quelqu'un avait été ici jusqu'à il y a quelques jours à peine.
« Elle est restée dans cet endroit pendant plus d'un mois ? »
Il admirait son extrême patience et sa ténacité. Il ne s'attendait pas à de tels attributs de la part d'une Comtesse qui était autrefois une Princesse. Il ne pouvait s'empêcher de se demander ce qui, au monde, lui avait donné une telle endurance. Était-ce simplement le désir de vivre ?
« Il doit y avoir un passage pour sortir d'ici. Trouvez-le. »
Les chevaliers fouillèrent les environs, puis ils manipulèrent un mécanisme et trouvèrent un passage sombre. Hugo et ses chevaliers marchèrent le long du chemin étroit du tunnel pendant un bon moment. Lorsqu'ils atteignirent enfin l'autre côté, l'un de ses chevaliers lui dit qu'ils se trouvaient dans un cimetière public à la périphérie de la Capitale.
La lumière dans le ciel était faible. Comme il s'agissait d'un cimetière, la zone était complètement déserte, pas même une ombre ne pouvait être trouvée. Hugo fixa le soleil du matin qui éclairait le cimetière.
« Devons-nous la traquer ? »
« ...Inutile. » (Hugo)
C'était le résultat de sa curiosité inutile. Hugo décida d'arrêter là ces agissements qui ne lui ressemblaient pas. Peu importe comment la femme vivait après cela, c'était une affaire qui ne le concernait plus.
Son carrosse était à la résidence du Comte. Plutôt que d'attendre que l'un de ses chevaliers lui ramène un véhicule, il décida d'utiliser le passage pour rentrer. Hugo se retourna, sur le point d'entrer dans l'ouverture du passage, mais il s'arrêta et se pencha. Il dégagea un tas de décombres et une petite boîte à bijoux en bois, généralement utilisée par les nobles, fut révélée en dessous. Il enleva le couvercle et laissa échapper un petit rire. Les bagues et colliers entassés dans la boîte ne semblaient pas être des objets très coûteux.
« Ça doit être un fonds d'évasion. Elle a donc caché tous ses bijoux ici au lieu de les porter sur elle. Jugement astucieux. »
Alors qu'il s'apprêtait à le recouvrir, le regard d'Hugo tomba sur le revers de sa veste, au niveau de la poitrine gauche. Une broche était épinglée au col de son habit. Elle avait la forme d'une tête de lion, finement travaillée en argent, avec deux petits joyaux rouges incrustés. C'était un ornement qui représentait le seigneur de la Maison ducale de Taran.
Hugo arracha la broche de sa poitrine. Elle était plus précieuse que plusieurs des bagues contenues dans la boîte à bijoux. Il la jeta dans la boîte sans aucune hésitation, recouvrit la boîte, la remit à sa place initiale et empila même les pierres comme avant.
Hugo resta accroupi ainsi pendant un très court instant. Il chassa ses pensées, se sentant étrange, et se remit debout. Puis, sans hésiter, il commença à marcher dans le tunnel sombre. Ses chevaliers le suivirent immédiatement. Leurs silhouettes disparurent rapidement dans l'obscurité.
Trois ans plus tard, Hugo reçut un rapport indiquant que Bruno Matin, le troisième fils du traître, avait été capturé et exécuté sur-le-champ. Le troisième fils du Comte Matin, qui avait échappé à l'unité de traque avec ses apparitions et disparitions soudaines, fut un sujet brûlant dans les cercles mondains pendant une période considérable, mais avec le temps, l'attention des gens se tourna ailleurs. Et ainsi, la mort de Bruno Matin fut tranquillement enterrée.