Chapitre 3
Chapitre 3
Point de vue
d’Athéna
Athéna avait atterri à la cité royale du Royaume de Drakonis, un lieu très important pour elle. Elle était désormais devenue une bandit, mais cela n’avait pas toujours été le cas. Autrefois, elle était une noble du royaume, avant d’être exilée. Lorsqu’elle était encore à l’école, quelques années auparavant, elle était tombée amoureuse de quelqu’un qu’elle n’aurait jamais dû aimer, et elle avait été châtiée pour cela.
Aujourd’hui, elle irait assister à un bal masqué au château royal. Elle rabattit sa capuche sur sa tête pour s’y rendre. Entrer dans ce genre de réception était assez facile avec un peu de grabuge.
Elle suivit le chemin menant au domaine pour rejoindre le château. Malgré tout, elle restait une froussarde et son cœur battait si vite qu’elle avait l’impression qu’elle pourrait vomir à tout instant. La nervosité la faisait trembler, non seulement par peur d’échouer, mais aussi à l’idée de revoir cette personne. Pourtant, elle ne devait pas céder à la peur comme lors de son altercation avec Diana.
Arrivée devant l’entrée, elle constata qu’une foule importante s’y trouvait. Elle sortit discrètement une de ses grenades. Celles-ci étaient inoffensives, conçues uniquement pour produire du bruit et un peu de fumée. Elle lança l’engin sur le côté; l’explosion attira aussitôt les gardes qui accoururent vers la source du vacarme. Les invités paniquèrent et elle profita du chaos et de la fumée pour se faufiler à l’intérieur.
Une fois dans le château, elle ne se dirigea pas vers la salle de bal mais emprunta les escaliers. Elle connaissait déjà les lieux et savait exactement où aller. En haut des marches s’étendait un immense couloir éclairé par des lampes murales. De grandes baies vitrées en arche donnaient sur un balcon. Alors qu’elle avançait prudemment, des lumières apparurent au fond du corridor. Elle se hâta de rejoindre le balcon pour éviter les gardes et attendit qu’ils passent avant de revenir dans le couloir.
Elle progressa à tâtons à travers le château jusqu’à atteindre l’endroit qu’elle cherchait : les quartiers de Melle, la princesse du château. Elle poussa la porte nerveusement, avec la prudence d’un lapereau quittant son terrier pour la première fois.
— On m’a signalé une intrusion. Je savais que c’était vous, entrez donc.
La voix de la princesse la fit sursauter. Elle recula instinctivement avant d’avancer dans la pièce. Ravivant sa salive avec difficulté, elle vit Melle lui désigner une chaise. Sa voix était détachée et autoritaire, bien différente de celle qu’elle avait connue autrefois.
Elle s’assit, les mains posées sur les genoux, adoptant une posture rigide. Un silence de marbre s’installa pendant quelques secondes qui lui semblèrent durer des heures. Son cœur battait dans sa poitrine de façon oppressante.
-Qui d’autre aurait pu s’infiltrer aussi maladroitement tout en connaissant le chemin jusqu’ici à part vous ? demanda la princesse d’une voix froide.
-Hehe… évidemment, répondit-elle avec un rire maladroit.
- Quelle est la raison de votre venue ? Vous n’avez plus rien à faire dans ce royaume depuis longtemps.
- Ça, je sais bi…
-Répondez. Votre temps est compté. Vous êtes toujours une criminelle ; s’ils vous attrapent, je ne pourrai rien faire pour vous protéger.
La manière dont Melle avait haussé la voix la surprit, mais elle comprit qu’elle était inquiète pour elle.
- Je voudrais que tu m’excuses d’avoir été une idiote. Qui aurait pu croire qu’une telle chose puisse fonctionner ? Je nous ai causé des problèmes à toutes les deux.
-En prenant tout le blâme sur vous et en acceptant seule la punition, vous avez fait preuve de plus de courage que la plupart de mes soldats. Vous êtes pardonnée depuis longtemps.
Un bruit soudain retentit dans le couloir.
- Prenez le passage dans le mur pour partir. Mais avant cela, j’ai une requête à vous faire. À la sortie du domaine vit une jeune femme un peu plus âgée que nous. Elle est comme vous, mais elle a été mariée de force à un homme qui ne se soucie pas d’elle. Allez la récupérer et prenez soin d’elle.
- Bien sûr.
Elle se dirigea vers l’entrée du passage secret.
-Aviez-vous autre chose à dire avant de partir ? demanda Melle.
- Non.
Elle fit volte-face et ouvrit la fenêtre.
-Ce moyen de sortie me paraît plus adapté, déclara-t-elle en enfilant ses lunettes d’aviation avant de sauter.
Une fois en bas, elle se mit à courir. Un soldat l’avait repérée et hurla aussitôt l’ordre de l’arrêter.
- Essayez toujours ! lança-t-elle.
Elle dégaina ses dagues. D’autres gardes se mirent à sa poursuite. Ses armes pouvaient également servir de pistolets ; elle tira plusieurs balles au sol afin de les faire reculer.
Sortie du domaine, elle se dirigea rapidement vers la maison indiquée par la princesse. Elle devait agir vite. En poussant la porte, elle découvrit la jeune femme endormie sur une simple planche de bois. Elle la souleva délicatement pour la porter.
- Je suis là pour t’aider. Ne t’inquiète pas, la princesse m’a envoyée.
La jeune femme semblait trop épuisée pour réagir autrement qu’en hochant faiblement la tête.
En ressortant, elle bondit sur les toits et traversa la ville de maison en maison. Les gardes couraient derrière elle sans parvenir à la rattraper. Sa course prit fin sur la place centrale, près du vide. Convaincus qu’elle était piégée, les soldats lui crièrent :
- Arrêtez-vous ! Vous êtes en état d’arrestation !
-Pas dans mes plans, désolée, répondit-elle avec assurance avant de se jeter dans le vide.
En réalité, elle savait que Valraïka l’attendait en contrebas. Elle atterrit sur le dos du dragon. Le fait que les humains aperçoivent une créature pareille n’était pas si grave : ce royaume n’était pas aussi développé que d’autres et ne possédait pas l’équipement nécessaire pour capturer un dragon aussi gigantesque que Valraïka. Déjà qu’ils n’avaient pas réussi à l’attraper elle…
- Qu’est-ce que tu nous as encore fait ? grommela Valraïka en apercevant les gardes.
Au milieu de ceux-ci, elle distingua la princesse. Melle lui adressa un sourire et, à cet instant, elles partagèrent toutes deux la même pensée :
Puissions-nous nous revoir dans un autre univers.
- Je rendais simplement visite à une vieille amie.