Chapitre 65
Après quelques minutes de marche, Hélios finit par arriver devant l'entrée d'un bâtiment dont la façade était entièrement constituée de bois noir.
La jeune femme s'arrêta devant la porte et l'ouvrit légèrement.
À travers l'ouverture, Hélios put immédiatement apercevoir l'intérieur.
C'était une immense salle d'entraînement.
Il y avait toutes sortes d'équipements répartis dans la pièce : des machines permettant de soulever des poids, d'autres destinées aux exercices de traction, des équipements pour les pompes et les squats, plusieurs tapis d'entraînement ainsi que de nombreux autres appareils.
Quelques sacs de frappe étaient également disposés à différents endroits de la salle.
Hélios remarqua rapidement que la plupart du matériel avait déjà été utilisé à de nombreuses reprises.
Rien d'étonnant pour une salle d'entraînement destinée aux Éveillés.
Au centre de cette immense pièce se trouvait une vaste zone recouverte de tatamis, entourée de plusieurs rings.
Sur les abords de l'un d'eux, une femme était tranquillement assise.
Mariana portait elle aussi un ensemble de jogging, mais contrairement à Hélios, le sien était d'un bleu profond.
Elle semblait parfaitement détendue, comme si elle n'était là que pour attendre son arrivée.
Lorsque la porte s'ouvrit davantage, son regard se posa immédiatement sur Hélios.
Mariana était là.
Elle l'attendait tranquillement.
Mariana était tranquillement assise sur les tatamis, le regard tourné vers le plafond.
Elle avait l'air étonnamment détendue.
À cet instant, elle ne ressemblait ni à la matriarche d'un des plus grands clans du monde, ni à une dirigeante attendant une nouvelle recrue qu'elle devait entraîner.
Elle ressemblait simplement à une jeune fille ordinaire.
Une jeune fille attendant tranquillement un ami.
Ou peut-être quelque chose d'autre.
En la voyant ainsi, Hélios resta légèrement ébloui par la scène.
Non pas parce que Mariana était magnifique dans son ensemble.
Ni parce qu'il l'admirait.
Encore moins pour une quelconque raison stupide de ce genre.
C'était autre chose.
Quelque chose de beaucoup plus difficile à expliquer.
D'une certaine manière, Mariana ressemblait à ce que Hélios recherchait lorsqu'il pensait à la liberté.
L'idée était floue, confuse, peut-être même stupide.
Pourtant, Hélios la ressentait.
Mariana était puissante à un point qu'il ne pouvait même pas comprendre.
Elle pouvait être souriante et chaleureuse, puis devenir terrifiante en un instant.
Parfois, elle se comportait avec la légèreté d'une jeune fille insouciante.
À d'autres moments, elle pouvait devenir aussi effrayante qu'une vieille sorcière.
Et parfois encore, elle se montrait protectrice, presque comme une véritable matriarche.
Elle changeait de comportement avec une facilité déconcertante, comme si elle ne se souciait jamais de l'image qu'elle renvoyait aux autres.
Hélios ne comprenait pas vraiment cette femme.
Mais, à ses yeux, Mariana avait au moins une chose en commun avec sa propre conception de la liberté.
Elle faisait ce qu'elle voulait.
Bien sûr, elle avait énormément d'obligations.
Peut-être même beaucoup trop, du point de vue de Hélios.
Elle devait diriger Aurora, protéger son clan, prendre des décisions, assumer ses responsabilités et probablement supporter d'innombrables contraintes dont il ignorait encore l'existence.
Pourtant, lorsqu'elle était là, assise tranquillement sur les tatamis, elle semblait simplement être elle-même.
Et Hélios comprit alors quelque chose.
[Être libre ne signifie peut-être pas n'avoir aucune restriction.]
[Peut-être que cela signifie pouvoir choisir ses propres restrictions.]
Mariana n'était donc pas exactement ce que Hélios recherchait.
Mais d'une certaine manière...
Elle s'en rapprochait beaucoup.Les yeux de Mariana quittèrent finalement le plafond.
Son regard se posa sur Hélios avant de croiser directement le sien.
Un sourire amusé apparut sur son visage.
"Je sais que ma beauté est à couper le souffle, mais franchement... tu me dévisages un peu trop ouvertement."
Au moment où leurs regards se croisèrent, Hélios ressentit de nouveau cette étrange sensation.
Une envie inexplicable de la servir.
De lui faire plaisir.
De lui appartenir.
Son être tout entier semblait vouloir se soumettre à cette femme.
Mais, comme à chaque fois, le mépris chassa brutalement cette pensée.
Hélios retrouva ses esprits et fixa Mariana avec une expression légèrement agacée.
"Franchement, Mariana... ça t'amuse de me taquiner ainsi ?"
"Oui. Beaucoup."
La réponse fut si immédiate et si sincère qu'Hélios en resta légèrement indigné.
Elle ne cherchait même pas à le cacher.
[Au moins, fais semblant.]
Mariana se leva tranquillement et ajusta son ensemble de jogging avant de reporter son attention sur lui.
"Bien. Maintenant, dis-moi ce que tu veux savoir et ce que tu veux apprendre. Même si tu n'es pas certain de savoir quoi demander, je t'aiderai. Après tout, tu es désormais le compagnon de ma petite. Il faut bien que je fasse avancer les choses."
Hélios recula légèrement par réflexe.
Mariana remarqua aussitôt son mouvement et sourit.
"Ne t'inquiète pas. Je ne vais pas profiter de toi."
Hélios lui adressa un sourire légèrement crispé.
"C'est difficile à croire. Que puis-je bien faire qui mérite qu'un être de ta stature ait besoin de moi ?"
Mariana sourit.
"C'est pourtant simple. Tu n'écoutes pas ? Je veux simplement que tu deviennes suffisamment fort pour pouvoir mieux aider Ariana."
Hélios la regarda avec méfiance.
"C'est tout ?"
Elle croisa tranquillement les bras.
"Oui. Vraiment."
"Tu sais, je suis une mère. Je m'inquiète pour ma petite. Après tout, le monde est dangereux. Bien sûr, elle est forte, mais pour l'instant, elle ne l'est pas suffisamment. Et Serenia est loin d'être un paradis."
Hélios resta silencieux.
Mariana poursuivit d'un ton calme :
"Je vais te proposer un marché très simple."
Elle marqua une courte pause.
"Je t'aide avec tout ce que tu veux, bien entendu dans la limite de ce qui reste compatible avec ton entraînement. En échange, je veux simplement que tu soutiennes ma petite."
Hélios la regarda longuement.
"Tu me fais confiance ? Et d'ailleurs, pourquoi moi ? Il y a également Raphaël et Léa."
Mariana réfléchit quelques instants avant de répondre.
"Hélios, je vais être parfaitement honnête avec toi. Léa et Raphaël sont forts. Mais, à mon avis, ils ne le sont pas suffisamment."
Son expression devint légèrement plus sérieuse.
"Et leurs motivations ainsi que leur manière de penser ne me plaisent pas vraiment."
Elle fixa Hélios.
"Toi, en revanche, tu es très fort. Et tu possèdes un potentiel extrêmement élevé. Je sais de quoi je parle."
Elle sourit légèrement.
"Et oui, je te fais confiance. Après tout, tu n'es pas ingrat. Tu détestes les traîtres autant que moi. Alors je pense que tu pourrais être une aide parfaite pour elle."
Hélios resta silencieux quelques secondes avant de sourire.
"Tu crois simplement à mes affirmations ? Tu n'es pas si stupide, n'est-ce pas ?"
Mariana prit alors une expression volontairement idiote.
Puis elle pointa son propre œil.
"Hélios, mes yeux sont beaux, n'est-ce pas ?"
Hélios ne répondit pas.
Mariana poursuivit avec un sourire.
"Tu es encore nouveau dans le monde des Éveillés. Alors laisse-moi te donner une information qui est devenue de notoriété publique, aussi bien pour mes ennemis que pour mes alliés."
Elle posa un doigt sous son œil.
"Je possède les Yeux de la Vérité."
Hélios resta attentif.
"Je peux voir énormément de choses avec eux. Vraiment énormément."
Son sourire s'élargit.
"Et l'une de leurs capacités me permet notamment de voir les mensonges."
Elle fixa Hélios droit dans les yeux.
"Je sais que tu ne mens pas."
Elle marqua une courte pause.
"Je ne te fais pas confiance."
Son regard resta parfaitement calme.
"Mais j'ai confiance en mes yeux."
Hélios observa ses yeux avec une expression profondément troublée.
[Alors... qu'est-ce qu'elle peut réellement voir avec ces yeux ?]
Le nom semblait simple.
Peut-être même trop simple.
[Mais ce sont justement les termes les plus vagues qui sont les plus effrayants.]
[Qu'est-ce que la vérité ?]
Un léger sourire apparut sur son visage.
"Je comprends. Mais je ne me sacrifierai jamais pour elle, peu importe ce que tu peux m'offrir."
Mariana ne sembla ni choquée ni contrariée.
"Je sais."
Elle haussa légèrement les épaules.
"Je veux seulement que tu fasses ton possible pour l'aider. Même si, en tant que mère, je préférerais évidemment que tu meures pour elle, je ne t'oblige pas à le faire."
Elle marqua une pause avant de reprendre d'une voix plus sérieuse.
"Hélios, ce monde est cruel et sournois."
Son sourire disparut légèrement.
"Non... en fait, tous les mondes le sont. La Terre n'est qu'un avant-goût. Serenia sera probablement encore plus imprévisible. Et les humains, eux, restent toujours les humains."
Elle soupira doucement.
"Je veux simplement m'assurer qu'Ariana aura un allié de confiance lorsque je ne serai pas là."
Mariana pencha légèrement la tête.
"Tu me dois bien cela, après tout."
Hélios fronça légèrement les sourcils.
Mais elle continua
"Tu as déjà reçu beaucoup de choses de ma part sans jamais rien donné en échange. Et même maintenant, tu continues à recevoir."
Elle désigna vaguement la salle d'entraînement.
"Réfléchis un peu. Crois-tu vraiment que beaucoup d'Éveillés de rang Extraordinaire ont déjà eu la chance d'être entraînés directement par des Transcendants ?"
Elle sourit.
"D'abord Sacha. Puis moi."
Mariana croisa les bras.
"Et tu ne vas tout de même pas prétendre que tu es maltraité. Tu as même l'air d'apprécier ça."
Hélios resta silencieux.
Cette fois, il ne pouvait pas vraiment lui donner tort.
[Elle a raison.]
Il avait reçu énormément de choses sans réellement rien donner en retour.
Aurora lui avait offert des ressources, un endroit où vivre, des soins et surtout un entraînement de premier ordre.
Sacha l'avait poussé au-delà de ses limites.
Mariana lui avait même transmis le Style sans forme qu'elle avait elle-même créé.
Et cet accord n'avait rien de particulièrement restrictif.
Elle ne lui demandait pas de devenir le serviteur d'Ariana.
Elle voulait simplement qu'il l'aide.
Hélios réfléchit encore.
[En réalité, cela ne contredit même pas mon objectif.]
Il suivait certains principes qu'il avait forgés dans la rue, au fil des difficultés.
Mais plus importants encore étaient ceux que ses parents lui avaient transmis.
Son père lui avait notamment appris une chose qu'il n'avait jamais oubliée :
[Rendre la gentillesse. Et rendre les rancunes.]
Mariana lui avait donné beaucoup.
Et, jusqu'à présent, elle ne lui avait jamais réellement demandé quoi que ce soit en retour.
Il pouvait donc lui rendre une partie de ce qu'il avait reçu.
Mais ce n'était pas la seule raison.
Au fond, Hélios comprenait Ma
riana.
Il avait perdu sa famille.
S'il avait autrefois possédé le pouvoir nécessaire pour empêcher cela, il aurait probablement tout fait pour les protéger.
Même s'il avait fallu tuer.
Et Mariana ne lui demandait même pas quelque chose d'aussi extrême.
Elle ne le menaçait pas.
Elle ne le forçait pas.
En réalité, Hélios était probablement le véritable gagnant de cet accord.
Ariana serait sa supérieure et sa future coéquipière.
La garder en vie était donc déjà dans son propre intérêt.
Et rien ne disait qu'un jour, ce ne serait pas lui qui aurait besoin d'elle.
Après tout...
[Il est impossible que la fille de Mariana soit faible.]
Après un long moment de réflexion, Hélios releva les yeux vers elle.
"D'accord."
Mariana attendit la suite.
"Je ferai mon possible pour aider Ariana au mieux de mes capacités."
Mariana sourit.
Et, pour la première fois depuis qu'Hélios l'avait rencontrée, il put voir une sincérité presque totale dans son sourire.
