Chapitre 235
Au milieu d’une immense forêt, un homme avançait tranquillement.
Il avait de longs cheveux noirs, des yeux sombres et un visage aux traits fins, presque irréels. Il portait un long manteau noir dont le tissu semblait absorber la lumière. De délicats motifs argentés parcouraient sa surface, tandis que plusieurs ornements violets étaient fixés sur sa poitrine et dans son dos.
Son allure était élégante, mais quelque chose dans sa présence inspirait instinctivement la prudence.
C’était Dave.
Il continua d’avancer entre les arbres pendant plusieurs minutes avant de s’arrêter brusquement.
Il observa le paysage devant lui.
Puis il tendit simplement la main.
L’espace se déforma.
La forêt sembla se fendre en deux, comme un rideau de tissu que l’on aurait lentement écarté. Derrière cette ouverture se trouvait un autre paysage, complètement différent.
Dave franchit le passage.
Dès qu’il eut traversé, la déformation se referma derrière lui et la forêt retrouva son apparence naturelle.
Devant lui s’étendait désormais un paysage enneigé.
La neige recouvrait le sol, les arbres et les rochers. Au milieu de cette étendue blanche se trouvait un chalet isolé, construit en bois sombre et en pierre, dont la cheminée laissait échapper un mince filet de fumée.
Mais ce n’était pas le chalet qui attirait le plus l’attention.
Autour de celui-ci se tenaient trois créatures gigantesques.
Elles ressemblaient à des loups, mais leur taille dépassait largement celle des animaux ordinaires. Leurs corps étaient massifs, leurs griffes particulièrement imposantes et leurs yeux brillaient d’une lueur inquiétante.
Toutes trois étaient des abominations de rang Transcendant, classe 7.
Elles fixèrent Dave lorsqu’il apparut.
L’homme ne leur accorda pourtant pas le moindre regard.
Il continua simplement d’avancer en direction du chalet.
Les trois créatures se levèrent.
Elles s’approchèrent lentement, leurs pas écrasant la neige sous leurs pattes gigantesques.
Pendant quelques secondes, elles semblèrent examiner Dave.
Puis, comme si elles avaient reconnu sa présence, elles inclinèrent légèrement la tête.
Elles firent demi-tour et retournèrent se coucher autour du chalet.
Dave ne leur adressa toujours pas un regard.
Il arriva devant la porte, l’ouvrit et entra.
L’intérieur était chaleureux et étonnamment confortable.
Un salon spacieux occupait la pièce principale. Une cheminée en pierre diffusait une chaleur agréable, tandis qu’un canapé sombre et plusieurs fauteuils étaient disposés autour d’une table basse.
Des étagères remplies de livres recouvraient une partie des murs. Une grande table en bois se trouvait près d’une cuisine équipée, où quelques ustensiles étaient soigneusement rangés.
Un escalier menait à l’étage supérieur.
Malgré son apparence relativement rustique, le chalet disposait de tout le nécessaire pour vivre confortablement : une cuisine fonctionnelle, une réserve de nourriture, plusieurs chambres, une salle de bains et même une petite bibliothèque.
Dave ne prêta cependant aucune attention à ces détails.
Il traversa le salon, emprunta un couloir et s’arrêta devant une porte.
Il frappa doucement.
TOC. TOC.
Puis il entra sans attendre davantage.
La pièce était une salle de bains rudimentaire, mais propre et bien entretenue. Une baignoire en pierre occupait le centre de la pièce, remplie d’une eau encore légèrement fumante.
Une femme y était installée.
Elle possédait une beauté presque angélique.
Sa peau était aussi pâle et lisse que de la porcelaine, tandis que ses longs cheveux noirs retombaient délicatement autour de ses épaules. Ses traits étaient fins et harmonieux, et même les yeux fermés, son visage dégageait une sérénité difficile à décrire.
Derrière elle, une paire d’ailes dépassait de la baignoire.
Mais, dès qu’elle sentit la présence de Dave, les ailes se replièrent lentement avant de disparaître sous sa peau.
Elle ne semblait pourtant pas surprise de son arrivée.
Elle continua simplement à se laver, les yeux fermés.
Dave s’approcha tranquillement.
Mais avant qu’il ne puisse aller plus loin, la femme prit la parole.
« Les chaussures ! »
Dave s’arrêta.
Il baissa les yeux vers ses pieds.
Puis il regarda la femme.
Sans discuter, il ressortit de la salle de bains pour retirer ses chaussures avant de revenir.
Cette fois, il s’approcha sans faire de bruit.
Il se pencha légèrement et déposa un doux baiser dans le cou de la femme.
« Chérie, comment vas-tu ? »
Il marqua une courte pause.
« J’ai appris que tu avais eu une vision concernant les enfants il y a plusieurs mois. Vu l’état de ta peau, cela a dû être particulièrement éprouvant pour toi. »
Il prit une chaise et s’installa derrière elle.
Puis il commença doucement à lui laver le dos.
La femme resta silencieuse quelques secondes avant de répondre :
« En effet, j’en ai eu une. Mais n’en parlons pas maintenant. »
Elle tourna légèrement la tête vers lui.
« Dis-moi plutôt comment tu vas. »
Elle marqua une courte pause.
« À ce que je perçois, tu es même devenu un Saint. »
Dave sourit légèrement.
« Tu l’as remarqué ? »
Il secoua doucement la tête.
« Je suppose qu’on ne peut rien te cacher. »
La femme eut un léger sourire.
« Naturellement. Comment pourrais-je ignorer quelque chose d’aussi important concernant mon mari ? »
Dave soupira théâtralement.
« C’est vrai. Moi qui avais prévu de te faire une surprise… »
Elle le regarda avec amusement.
« Depuis quand ? »
Dave réfléchit quelques secondes.
« Depuis un bon moment. Juste avant les événements d’Icarulis. »
La femme secoua légèrement la tête.
« Tu es vraiment un cachottier. »
Dave sourit.
« Et toi, tu es une mauvaise comédienne. Je suis certain que tu avais déjà vu venir tout cela. »
Il continua doucement à lui laver le dos avant de reprendre d’un ton plus sérieux :
« Mais, Alice… s’il te plaît, ne change pas de sujet. »
Son regard se posa sur les fissures noires qui marquaient certaines parties de sa peau.
« Pour que ton corps souffre à ce point, ta vision doit être particulièrement importante. »
Il marqua une pause.
« Je sais que tu ne peux pas toujours me révéler ce que tu vois, afin de ne pas influencer les événements. Mais je m’inquiète pour toi. »
Sa voix devint plus douce.
« Regarde dans quel état tu es. Tu es une métisse entre Demon et Céleste, et tu possèdes une affinité naturelle avec les révélations. Qu’est-ce qui a bien pu se produire pour mettre ton corps dans un tel état ? »
Alice resta immobile pendant un long moment.
Puis elle répondit calmement :
« Dave… je pourrais facilement te l’expliquer. Mais le problème, c’est que tu es beaucoup trop protecteur lorsqu’il s’agit de notre famille. »
Elle ouvrit finalement les yeux. La sclère de ses yeux devint noire, tandis que ses pupilles blanchissaient. Puis, en un instant, leurs couleurs s'inversèrent à nouveau et ses yeux retrouvèrent leur apparence normale.
« Alors, si tu veux que je te raconte ce que j’ai vu, tu devras me promettre une chose. »
Dave cessa de lui laver le dos.
« Laquelle ? »
Alice tourna légèrement la tête vers lui.
« Tu devras rester ici jusqu’à l’apparition de cet arbre. »
Dave resta silencieux.
Il réfléchit longuement.
Alice sortit finalement de la baignoire et s’enveloppa dans une serviette avant de s’asseoir devant le miroir.
Elle attendit sans ajouter un mot.
Dave se leva, prit une brosse et vint se placer derrière elle.
Il commença doucement à brosser ses longs cheveux noirs.
Puis il finit par répondre :
« D’accord. Je te le promets. »
Alice croisa son regard dans le miroir.
« Je te prends au mot. »
Dave sourit légèrement.
« Fais-moi confiance. »
Alice resta silencieuse quelques secondes.
Puis son expression changea.
« J’ai vu tout le monde mourir. »
La brosse s’immobilisa dans les cheveux de la femme.
Dave ne dit rien.
Alice poursuivit d’une voix calme, mais lourde de sens :
« Tous ceux qui participeront à cet événement… »
Elle baissa légèrement les yeux.
« Et même ceux qui resteront à l’extérieur pour le surveiller de loin. »
Un silence absolu s’installa.
Puis Alice termina :
« Personne ne survivra. »