Chapitre 222
Hélios fronça légèrement les sourcils.
« Monsieur Dave, lorsque je vous ai demandé de devenir mon maître, c'était surtout pour devenir plus fort, pas pour recevoir des leçons de morale. »
Dave soupira.
« Gamin, les forts ne sont pas simplement ceux qui frappent le plus fort. Et puis, en tant que mon disciple, la force brute ne te suffira pas. Tu devrais le savoir. Après tout, tu dois ta vie à ta relation avec Lola. Sans elle, tu serais probablement mort dans l'embuscade. Ne trouves-tu pas cela ingrat de ta part ? »
Il marqua une courte pause avant de poursuivre :
« D'ailleurs, tu détestes la manipulation. Pourtant, rétrospectivement, c'est précisément ce genre de méthode qui lui a permis de faire en sorte que Félix te sauve. »
Hélios le regarda froidement.
« Monsieur, n'essayez pas de changer de sujet ni de déformer les faits. »
Dave leva les mains avec un sourire amusé.
« D'accord, d'accord. Revenons directement au sujet, gamin. En fait, je vais même t'aider à atteindre ton grand objectif. »
Il croisa les bras.
« Vois-tu, j'ai reçu les souvenirs de l'autre fragment, ainsi que ceux de mon corps principal, qui a effectué des recherches sur toi. Je pense donc pouvoir affirmer que je te comprends au moins un peu. »
Il observa Hélios quelques secondes.
« Dans l'ensemble, tu souhaites être libre, n'est-ce pas ? »
Hélios répondit sans hésiter :
« Oui. C'est mon grand objectif. »
Dave acquiesça.
« Figure-toi que, pendant longtemps, la liberté a également été mon propre objectif. Mais bon… tu ne dois probablement pas me considérer comme quelqu'un de libre, puisque je ne peux même pas me déplacer physiquement comme je le souhaite. »
Hélios le regarda calmement.
« Oui. Vous ne me donnez pas vraiment l'impression d'être libre. »
Dave sourit.
« Pourtant, je suis plus libre que jamais. À tel point que j'ai même changé d'objectif. »
Hélios fronça légèrement les sourcils.
« Comment ça ? »
Dave s'approcha de lui.
« Gamin, laisse-moi te dire une chose : la liberté ne signifie pas l'absence de contraintes, mais plutôt la possibilité de les choisir. »
Il marqua une courte pause.
« Moi, j'ai choisi ma femme. J'ai choisi d'avoir des enfants. J'ai choisi de rester à Sinister. Et j'ai accepté toutes les contraintes qui accompagnaient ces décisions. »
Il sourit légèrement.
« Bien sûr, tu pourrais me dire que je ne suis pas l'être le plus puissant du monde et que profiter de la vie de cette manière pourrait me nuire plutôt que de me permettre de progresser. Après tout, toi, tu ne cesses de répéter que tu veux devenir plus fort, comme un religieux récitant sa prière. »
Il secoua doucement la tête.
« Mais sache une chose : si tu poursuis la force sans jamais profiter de ta vie, tu finiras par devenir l'esclave de ton propre objectif. Et si tu fuis tous les liens humains au nom de la liberté, alors cette liberté finira elle-même par devenir ta prison. »
Hélios resta silencieux.
Une pensée lui traversa l'esprit.
[Devenir l'esclave de la liberté ?]
Dave haussa légèrement les épaules.
« Tu pourras y réfléchir plus tard. Ce n'était qu'une petite parenthèse. »
Il reprit son chemin en direction de la chambre, et Hélios se mit à le suivre.
Dave poursuivit :
« Hélios, nous sommes humains. Et vous êtes tous les deux encore jeunes. Même si Lola est intelligente, surtout grâce à sa capacité, elle reste une jeune fille. De plus, compte tenu de la nature de votre relation, il n'est pas si étrange qu'elle commette des erreurs en essayant de bien faire. »
Il tourna légèrement la tête vers Hélios.
« Je ne cherche pas particulièrement à me mêler de votre vie privée. Mais franchement, penses-tu vraiment qu'elle voulait te faire du mal ? »
Hélios baissa la tête et réfléchit.
Dave continua d'avancer.
« Gamin, je ne cherche pas à la justifier. Mais imagine un instant que tu voies un ami aussi têtu que toi gâcher sa jeunesse et sa santé en s'entraînant sans arrêt, jusqu'à ce que seul le coma puisse l'arrêter. Tout cela parce qu'il poursuit une liberté qu'il ne parviendra peut-être pas à atteindre avant des dizaines d'années, voire des siècles… à supposer qu'il ne meure pas avant. »
Il marqua une pause.
« Ne chercherais-tu pas, toi aussi, à lui faire profiter un peu de la vie ? »
Hélios ne répondit pas.
Dave reprit d'un ton plus sérieux :
« Gamin, il faut savoir faire preuve d'empathie. Tu as hérité de certains de mes souvenirs avec ma femme. Et ne le nie pas : en comparant les souvenirs que l'autre fragment a perdus avec les miens, nous avons réussi à déterminer ce qui lui manquait. »
Il lui adressa un regard entendu.
« Tu dois donc te souvenir de ces moments où je laissais ma femme gagner un débat, ou même de ceux où je m'excusais alors que j'avais raison. »
Hélios resta silencieux.
Dave poursuivit :
« La raison est simple. Parfois, avoir raison importe peu. Ce qui compte, c'est aussi l'intention de l'autre personne. »
Il continua d'avancer et sortit finalement de la chambre, suivi par Hélios.
Une fois dans le couloir, Dave se retourna vers lui.
« Alors, gamin, est-ce que tu me comprends ? »
Hélios semblait perdu dans ses pensées.
Il soupira finalement avant de répondre :
« Selon votre logique, je devrais m'excuser et accepter sa bonne volonté ? »
Dave secoua la tête.
« Non. Tu devrais simplement lui laisser une chance et arrêter de juger la situation uniquement de ton point de vue. »
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis il soupira de nouveau.
« Je crois que je commence à comprendre ce que vous voulez dire. »
Il détourna légèrement le regard.
« Et maintenant que j'y réfléchis… c'est vrai que voir Lola pleurer m'a fait réfléchir. Même si je refusais de me l'admettre. »
Dave sourit légèrement.
« Bien, gamin. Alors je te laisse arranger les choses entre vous. »
Hélios releva les yeux.
« Qu'est-ce que vous voulez dire ? »
Dave s'arrêta devant une porte.
« Nous sommes arrivés devant sa chambre. Je te laisse discuter avec elle. On se reverra demain. »
Puis il disparut.
Hélios resta immobile quelques secondes.
Il baissa les yeux vers la porte, puis regarda autour de lui.
Il était effectivement devant la chambre de Lola.
[Comment suis-je arrivé ici sans même m'en rendre compte ?]
Il soupira intérieurement.
[Enfin, peu importe. Puisque je suis là, autant lui parler et l'écouter.]