Chapitre 215
Hélios avait été attentif à chaque mot.
À chaque geste.
À chaque intonation.
Et surtout…
À chaque sensation que Kariya lui avait procurée.
Son instinct était finalement arrivé à une conclusion simple.
[Cette femme est dangereuse.]
Et Hélios ne pensait pas uniquement à sa force.
Rien qu’en se fiant à ce qu’il ressentait, il pouvait déjà supposer que Kariya était au minimum supérieure au rang de Grand Maître.
Mais ce n’était pas cela qui l’avait réellement alerté.
C’était plutôt ses paroles.
Elle était trop calme avec lui.
Trop préparée.
Elle donnait l’impression d’avoir été parfaitement informée à son sujet.
Et c’était précisément le problème.
Elle n’aurait pas dû être préparée à le rencontrer.
Hélios était arrivé à Florence seulement dix-neuf jours auparavant.
Il n’était sorti qu’une seule fois.
Et, surtout…
Il avait passé dix-sept de ces dix-neuf jours endormi.
Son passage d’Aurora à Sinister était pratiquement un secret.
Même certains membres de la branche de Sinister à Florence ne savaient pas exactement qui était leur supérieur.
Alors, comment une étrangère pouvait-elle en savoir autant sur lui ?
Hélios était certain d’une chose.
Ce n’était pas Lola qui lui avait parlé.
Lola pouvait être extrêmement bavarde avec Hélios.
Mais elle ne l’était généralement pas avec les autres.
Sa seule hypothèse était donc que certains de ses subordonnés avaient parlé de lui.
Mais même cela n’expliquait pas tout.
Il y avait surtout cette phrase.
« Vous deviez avoir de bons et beaux yeux. »
Hélios plissa légèrement les paupières.
[Elle sait que mes yeux sont particuliers.]
Et ça…
C’était un secret qu’il gardait particulièrement bien.
Il pouvait compter sur les doigts d’une seule main les personnes au courant de cette particularité.
Alors, comment une étrangère pouvait-elle le savoir ?
Hélios prit quelques secondes pour réfléchir, puis tourna légèrement la tête vers Kariya.
« Oui, c’est regrettable. »
Il marqua une courte pause.
« Mais pourquoi dites-vous que j’ai de bons et beaux yeux ? »
Kariya le considéra tranquillement.
« N’est-ce pas le cas ? Il est simplement normal de dire les choses telles qu’elles sont. »
Hélios ne se laissa pas détourner de sa question.
Puis son ton devint légèrement plus sérieux.
« J’ai mal formulé ma question. »
Il orienta son visage vers Kariya.
« Comment savez-vous à quoi ressemblent mes yeux ? »
Kariya sourit légèrement.
« Ma maîtresse me l’a dit. »
Hélios fronça les sourcils.
« Qui est votre maîtresse ? Et comment l’a-t-elle su ? »
Kariya prit le temps de savourer une gorgée de thé.
Puis son sourire s’élargit légèrement.
« Ce sont de bonnes questions. »
Elle reposa tranquillement sa tasse.
« Mais elles resteront sans réponse. »
Elle marqua une pause.
« Du moins, votre formulation ne me plaît pas suffisamment pour que je vous réponde. »
Hélios garda le silence, peu disposé à perdre davantage de temps sur une question à laquelle elle refusait manifestement de répondre.
Kariya poursuivit :
« Mais soit. Cela nous conduit justement à la principale raison de ma venue. »
Hélios haussa légèrement les sourcils.
« Alors, le problème concernant les règles n’était pas la véritable raison de votre venue ? »
Kariya eut un léger sourire.
« Monsieur Hélios, si ma seule intention avait été de régler des problèmes concernant de simples vermines, j’aurais envoyé un subordonné. »
Elle posa sa tasse.
« Je suis bien trop importante pour me déplacer personnellement simplement afin de rappeler quelques règles. Vous ne pensez pas ? »
Hélios acquiesça légèrement.
« En effet. Vous ne semblez pas être le genre de personne qui patienterait six jours pour un simple rappel à l’ordre. »
Kariya sourit.
« Je suis heureuse que vous le compreniez. »
Hélios la sonda attentivement, cherchant à déceler la moindre intention derrière ses paroles.
« Alors, dites-moi pourquoi vous êtes réellement ici. Et surtout… qu’est-ce que vous me voulez ? »
Kariya prit quelques secondes avant de répondre.
« La raison de ma présence n’est ni plus ni moins que de vous évaluer, monsieur Hélios. »
Hélios ne bougea pas d’un pouce.
Kariya poursuivit :
« Voyez-vous, vous avez attiré l’intérêt de ma maîtresse à deux reprises. »
Elle leva légèrement un doigt.
« Premièrement, en la regardant. »
Puis un deuxième.
« Et deuxièmement, à travers les dires de l’une de vos connaissances. »
Hélios fronça les sourcils.
« Je n’ai aucune connaissance faisant partie du Gouvernement Universel, si je ne m’abuse. »
Il marqua une courte pause.
« Et vous êtes certainement la première personne de cette organisation avec laquelle je discute. »
Kariya sourit légèrement.
« Il faut croire que vous vous trompez. »
Elle réfléchit un instant.
« Bien que, compte tenu de la grandeur de ma maîtresse… et de la manière dont elle fonctionne… vous n’ayez peut-être pas totalement tort. »
Hélios inclina légèrement la tête, intrigué par cette réponse énigmatique.
Puis il reprit :
« De qui parlez-vous ? »
Son ton devint plus sérieux.
« Et puisque vous êtes venue pour m’évaluer… quels sont vos résultats ? »
Kariya l’observa encore quelques secondes avant de se lever.
Au même moment, Lola fit instinctivement un pas vers Hélios.
Kariya tourna légèrement la tête vers elle.
Puis elle sourit.
« Le résultat est intéressant. »
Elle remit calmement sa tasse sur la table.
« Mais je vais devoir clore cette conversation. »
Elle reporta son attention sur Hélios.
« Concernant votre opposition aux règles, je vais vous laisser vous en sortir avec un avertissement. »
Elle marqua une courte pause.
« Et avec un message de ma maîtresse : “À notre prochaine rencontre.” »
Elle commença à partir.
Hélios amorça un mouvement pour se lever et la suivre.
Mais Lola lui attrapa immédiatement le bras.
« Laisse-la partir. »
Hélios s’immobilisa, contrarié de voir cette occasion lui échapper.
Puis il soupira.
« J’avais encore des questions à lui poser. »
Lola secoua légèrement la tête.
« Elle n’aurait pas répondu. »
Elle regarda la porte par laquelle Kariya venait de disparaître.
« Il est évident qu’elle est venue ici avec son sujet préparé à l’avance. Elle ne dira rien de plus. »
Elle marqua une pause.
« Et même sans ça, tu ne dois surtout pas la provoquer. Cette femme dissimule son rang à l’aide d’un artefact. »
Hélios fronça les sourcils.
« Merde… »
Il passa rapidement en revue les informations qu’il venait d’obtenir.
« Mais même ainsi, elle en sait beaucoup trop sur moi. »
Lola réfléchit un instant.
Puis elle répondit :
« Essaie simplement de te demander si tu n’aurais pas rencontré des membres du Gouvernement Universel auparavant. »
Hélios secoua lentement la tête.
« C’est justement le problème. Je n’ai jamais été en contact avec eux. »
Il s’interrompit, examinant une nouvelle fois les possibilités.
« Il est donc impossible que quelqu’un ait remarqué mes yeux… à moins que… »
Une pensée lui traversa soudainement l’esprit.
Hélios se figea.
Il avait effectivement croisé le regard d’une certaine femme lors de l’événement lié à l’ouverture du domaine d’Icarulis.
Son expression se durcit progressivement.
Lola remarqua immédiatement son changement d’attitude.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Hélios ne répondit pas tout de suite.
Une dernière pensée venait de lui traverser l’esprit.
[Est-ce que j’ai attiré le regard de la Sainte Hivernale ?]
Il fronça légèrement les sourcils.
[Non…]
Il secoua presque imperceptiblement la tête.
[Ce serait beaucoup trop problématique.]