Chapitre 184
Hélios était assis dans la voiture.
Son visage était tourné droit devant lui, ses yeux toujours fermés.
Ses deux mains reposaient tranquillement sur sa canne. De petites oreillettes étaient également fixées à ses oreilles.
La voiture avançait silencieusement à travers les rues de Sun.
Depuis sa discussion avec Ariana au sujet de la liberté, quelque chose avait piqué la curiosité d’Hélios.
Les passe-temps.
Plus précisément…
Les passe-temps d’Ariana.
Sa logique était extrêmement simple.
[Si Ariana le fait, alors ça doit forcément être intéressant.]
Après tout…
Qui était Ariana ?
La fille de Mariana.
Une jeune femme qu’il avait déjà affrontée lorsqu’il était possédé.
Et Hélios n’était même pas certain de pouvoir la vaincre dans un combat à mort en un contre un.
Il estimait ses chances de victoire entre cinquante et soixante pour cent.
Et encore…
Cela dépendait énormément des circonstances.
Alors, aux yeux d’Hélios, les passe-temps d’Ariana devaient forcément être de premier choix.
Il avait donc décidé de les essayer.
Et franchement…
C’était une perte de temps.
Il avait d’abord essayé de regarder la télévision.
Mais, étant aveugle, cette activité avait rapidement perdu tout son intérêt.
Il pouvait évidemment écouter le son.
Mais il lui manquait une partie essentielle de l’expérience.
Quant aux histoires d’amour…
Hélios avait essayé.
Et il les détestait.
Peu importe la forme.
Peu importe le contexte.
En réalité, Hélios n’était pas contre les relations entre les hommes et les femmes.
Il n’avait rien contre l’idée qu’une personne puisse développer de l’affection pour une autre.
Ce qu’il détestait, c’était tout ce qui se construisait autour.
Et surtout…
La manière dont ces histoires étaient racontées.
Le coup de foudre, par exemple.
Hélios ne voyait absolument rien de magique là-dedans.
Pour lui, ce n’était rien de plus qu’une attirance physique accompagnée d’une réaction chimique du cerveau.
La dopamine, la noradrénaline et l’adrénaline entraient en jeu.
Le rythme cardiaque s’accélérait.
Une sensation d’euphorie apparaissait.
Les fameux « papillons dans le ventre » faisaient leur apparition.
Et la personne commençait à penser de manière presque obsessionnelle à l’autre.
Même la sérotonine pouvait diminuer, contribuant à cet état de focalisation mentale.
[En résumé, mon cerveau me dit simplement que cette personne correspond à certains de mes critères et qu’elle pourrait être intéressante pour la reproduction.]
Pour Hélios, il n’y avait donc rien de particulièrement extraordinaire là-dedans.
Le cerveau réagissait.
Le corps réagissait.
Les hormones et les neurotransmetteurs faisaient leur travail.
Puis les histoires d’amour transformaient tout cela en quelque chose de merveilleux.
On y ajoutait des sentiments.
Des coïncidences.
Des destins.
Des promesses éternelles.
Et soudain…
Une réaction biologique parfaitement normale devenait une sorte de miracle romantique.
[Pourquoi est-ce qu’ils compliquent autant les choses ?]
Mais ce qui l’agaçait encore davantage, c’était la manière dont ces histoires étaient utilisées dans les œuvres de fiction.
Hélios avait notamment écouté un livre audio qui était censé être horrifique.
Le scénario était pourtant relativement simple.
Un assassin poursuivait les protagonistes.
Ils étaient censés être en danger.
Ils risquaient réellement de mourir.
Et pourtant…
À plusieurs reprises, le couple principal trouvait le moyen de s’arrêter pour se câliner et s’embrasser.
Pendant qu’un assassin les poursuivait.
Hélios avait alors cessé d’écouter pendant quelques secondes.
[Mais fuyez, putain !]
Il avait également rencontré une autre histoire dans laquelle le pouvoir de l’amour avait littéralement permis de sauver des vies.
Hélios avait longuement réfléchi à cette idée.
Puis il avait simplement conclu :
[Non.]
Ce n’était pas qu’il refusait de croire à l’affection.
Il trouvait simplement ces représentations extrêmement peu réalistes.
Pourtant…
Hélios ne pensait pas que l’amour entre un homme et une femme n’existait pas.
Bien au contraire.
À ses yeux, il n’existait probablement pas de sentiment plus fort que celui qui avait uni ses parents.
Du moins…
C’était ce qu’il supposait.
Ses souvenirs étaient trop flous pour qu’il puisse réellement l’affirmer.
Mais lorsqu’il pensait à eux…
Il avait toujours l’impression qu’ils s’aimaient profondément.
Et cette idée lui suffisait.
Le problème n’était donc pas l’amour lui-même.
C’était la manière dont les histoires d’amour étaient racontées.
Aux yeux d’Hélios…
Les histoires d’amour ressemblaient beaucoup trop souvent à des histoires d’humour.
Et il n’arrivait tout simplement pas à comprendre pourquoi les gens trouvaient cela si passionnant.
Heureusement…
Tout n’était pas complètement inutile.
Hélios avait finalement découvert une chose qu’il appréciait réellement.
La musique.
Il devait reconnaître que c’était particulièrement utile pour se changer les idées.
Il pouvait simplement fermer les yeux.
Écouter.
Et laisser la musique remplir son esprit.
Pas besoin de comprendre une intrigue.
Pas besoin d’analyser les personnages.
Pas besoin de supporter deux personnes qui s’embrassaient alors qu’un assassin essayait de les tuer.
Juste de la musique.
[Ça, au moins, c’est bien.]
C’était donc précisément ce qu’Hélios faisait actuellement.
Il écoutait de la musique à travers ses oreillettes, les yeux toujours fermés.
La voiture continua d’avancer pendant plusieurs minutes.
Puis elle ralentit progressivement.
Finalement, elle s’arrêta.
Hélios retira ses oreillettes.
Il ouvrit la portière et descendit.
Un garde l’attendait déjà.
« Monsieur Hélios, nous sommes arrivés. »
Hélios acquiesça.
Il suivit simplement le garde.
Ils traversèrent une courte zone sécurisée avant d’arriver devant un autre véhicule.
Celui-ci devait lui permettre de quitter Sun et de rejoindre la ville militaire où se trouvait le portail menant vers la Terre.
Hélios s’arrêta quelques secondes.
Puis il se retourna.
Enfin…
Il observa plutôt l’endroit qu’il venait de quitter grâce à son sondage énergétique.
Sun.
Il repensa à tout ce qu’il y avait vécu.
Aurora.
Sinister.
Ses combats.
Ses entraînements.
Ses amis.
Ses ennemis.
Sa maison.
Sa cécité.
Ses nombreuses rencontres.
Et toutes les expériences qui avaient progressivement transformé sa vie.
Hélios resta silencieux.
Il avait déjà fait ses adieux à sa maison.
Et, à vrai dire…
Il ne pensait plus avoir grand-chose à faire ici.
Son visage resta tourné vers l’endroit qu’il venait de quitter.
Puis il serra légèrement sa canne entre ses mains.
Il remonta ensuite légèrement son écharpe jusqu’au niveau de son cou.
Un geste simple.
Presque machinal.
Puis un léger silence s’installa.
Hélios finit par détourner la tête.
Il monta dans le véhicule.
La portière se referma derrière lui.
Quelques secondes plus tard, le moteur démarra.
Trois autres véhicules se placèrent autour du sien.
L’escorte était prête.
Puis le convoi quitta progressivement Sun.
Hélios resta assis dans le silence.
Ses deux mains reposaient toujours sur sa canne.
Ses yeux étaient fermés.
Et derrière lui…
La ville s’éloignait peu à peu.
Cette fois, Hélios ne se retourna pas.
Sun faisait désormais partie de son passé.