Chapitre 181
Hélios resta silencieux quelques instants.
Il réfléchissait à la situation.
Il était vivant.
Mais il était également paralysé et aveugle.
Et surtout…
À l’exception des membres du clan Sinister, personne ne savait qu’il avait survécu.
Cette situation comportait évidemment de nombreux désavantages.
Son corps était incapable de bouger.
Il ne pouvait pas voir.
Il ne pouvait même pas utiliser correctement son Éther.
Mais malgré tout…
Hélios possédait également certains avantages.
Il était vivant.
Il avait survécu à l’effondrement du domaine.
Et surtout…
Il pouvait au moins confirmer la mort de trois de ses adversaires.
Hélios avait donc beaucoup de choses auxquelles réfléchir.
Mais avant toute chose, il devait mettre certains points au clair.
Après quelques secondes, il prit finalement la parole.
« Félix… Frédéric, Arielle et Caster s’en sont-ils tous tirés indemnes ? »
Félix resta silencieux un instant avant de répondre.
« Arielle et Caster sont probablement encore en vie. Je les ai aperçus s’éloigner à très grande vitesse avant l’effondrement. »
Il marqua une courte pause.
« En ce qui concerne Frédéric… je pense qu’il ne reste même plus de cendres de lui. »
Son ton devint légèrement plus sérieux.
« Je l’avais sérieusement amoché avant l’effondrement. Cela le ralentissait considérablement. Et sa capacité ne lui était pas particulièrement utile pour se déplacer rapidement. »
Félix haussa légèrement les épaules.
« Je dirais donc qu’il a environ quatre-vingt-dix-neuf pour cent de chances d’être mort. Complètement effacé. »
Hélios resta silencieux.
Félix ajouta :
« Soit dit en passant, au cas où tu ne le saurais pas encore… le domaine s’est complètement effondré. »
Hélios réfléchit quelques secondes.
Puis il répondit calmement :
« D’accord. Je comprends. Dans ce cas, je dois simplement me débarrasser de deux personnes. Merci pour l’information. »
Il marqua une courte pause.
« De plus, j’aimerais que tu informes Aurora pour moi. Dis-leur que tu m’as aperçu pendant l’effondrement du domaine et que je t’ai dit que je quittais Aurora. Ensuite, dis-leur que je suis parti. »
Félix resta silencieux quelques secondes.
Puis il demanda :
« Tu es sûr de ne pas préférer le leur dire toi-même ? »
Hélios répondit immédiatement :
« Non, merci. Je ne veux pas les voir. Surtout certaines personnes en particulier. »
Il marqua une courte pause.
Puis il ajouta :
« Soit dit en passant, j’aimerais rester ici pendant quelque temps afin de me rétablir. Si cela ne te dérange pas. »
Félix répondit simplement :
« D’accord. Comme tu veux. Je transmettrai le message. Et tu peux rester ici pour le moment. »
Il marqua une courte pause.
« De toute façon, je dois rester à Sun pendant encore une ou deux semaines afin de régler les conséquences de cette affaire. »
Hélios resta silencieux.
Puis il posa une autre question :
« Peux-tu me dire ce qui s’est passé pendant mon inconscience ? »
Il hésita légèrement.
« Et… si tu as des nouvelles de… Bon. D’Aurora. »
Félix se tapa légèrement la joue.
Il semblait réfléchir à ce qu’il pouvait réellement lui dire.
« En fait… je n’ai pas grand-chose à ajouter. »
Il soupira.
« La zone où le domaine s’est effondré est désormais devenue un immense cratère parfaitement visible, d’environ deux cents kilomètres de rayon. »
Il marqua une pause.
« Ils l’ont déjà surnommé la Fin de Sun. »
Hélios resta silencieux.
Félix poursuivit :
« À part ça, pratiquement toutes les grandes forces présentes sur le territoire de Sun se sont retirées. Seuls quelques membres sont encore restés sur place. Et personne n’a encore rendu publiques les découvertes faites à l’intérieur du domaine. »
Il haussa légèrement les épaules.
« Je ne peux donc pas vraiment t’en parler. Je ne sais moi-même pas ce qu’ils ont découvert. »
Hélios resta attentif.
Félix reprit :
« En ce qui concerne ton équipe… ils sont tous rentrés vivants. »
Un silence.
« Même si, d’après ce que j’ai compris, votre meneuse est très mal en point. »
Hélios fronça légèrement les sourcils.
Félix poursuivit :
« Madame Sacha semblait également avoir subi des blessures importantes. Mais je n’en sais pas davantage. »
Il soupira.
« Tu imagines bien que ce n’est pas le genre d’informations qu’Aurora irait annoncer à tout le monde. À part ça… je n’ai rien de plus à te dire. »
Hélios resta silencieux.
Il assimilait chaque information.
[Qu’est-ce qui a bien pu mettre Sacha dans un état pareil ?]
Cette question le préoccupait.
Mais une autre était encore plus importante.
[Et surtout… qu’est-il arrivé à Ariana ?]
Il ne savait pas pourquoi, mais cette pensée lui provoquait une inquiétude particulière.
Hélios soupira finalement.
Puis il reprit :
« Merci. Tu sais… je comptais me rendre à Sinister. Ce serait bien si tu pouvais m’aider pour ça. »
Il marqua une courte pause.
« Mais avant cela, je dois me rendre sur Terre. Je dois aussi me rendre dans un certain lieu ici, à Sun. »
Félix répondit simplement :
« Tu n’as pas besoin de me demander ça comme un service. »
Il eut un léger rire.
« Avec ton statut spécial au sein du clan, n’importe quel membre de Sinister peut répondre à cette demande. »
Il marqua une pause.
« Mais puisque je suis ici, ça me va. Je vais organiser ton déplacement. »
Il se redressa légèrement.
« De toute façon, je partirai probablement avant ton rétablissement. »
Hélios acquiesça légèrement.
Félix se leva.
« Bon, je vais te laisser. J’ai vraiment beaucoup de choses à faire. »
Il se dirigea vers la porte.
Puis il s’arrêta.
« On ne se reverra peut-être pas avant longtemps. »
Il tourna légèrement la tête vers Hélios.
« Mais ça a été un plaisir de te rencontrer. »
Un léger sourire apparut sur son visage.
« Au revoir. »
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis il répondit :
« Au revoir, alors. »
Il entendit Félix s’éloigner.
Puis la porte se referma.
Le silence revint.
Hélios resta seul.
Il commença alors à réfléchir de nouveau.
Encore et encore.
Son esprit repassa progressivement en revue les événements du dernier combat.
Les mouvements de Caster.
Les capacités de Jipson.
La vitesse de Jean.
Le poison de Frédéric.
L’eau d’Arielle.
L’interférence qui avait affecté ses Yeux d’Éther.
Puis l’effondrement du domaine.
Il essayait de reconstruire chaque seconde du combat dans son esprit.
Chaque attaque.
Chaque erreur.
Chaque décision.
Il voulait comprendre.
Il voulait apprendre.
Même dans son état actuel…
Il pouvait encore s’entraîner mentalement.
Hélios commença également à réfléchir au contrôle de son Éther.
Il tenta instinctivement de percevoir son Corps d’Éther.
De faire circuler son énergie.
De retrouver cette sensation familière.
Mais rien.
Absolument rien.
Son corps était actuellement presque totalement dépourvu d’Éther.
Il n’avait donc rien à contrôler.
Hélios resta silencieux.
[Même ça m’est impossible pour le moment.]
Cette constatation l’agaçait.
Mais il ne pouvait rien y faire.
Son corps avait besoin de temps.
Beaucoup de temps.
───
Plus tard dans la journée, la porte s’ouvrit.
Une infirmière entra dans la chambre.
Hélios tourna légèrement la tête dans sa direction.
Elle s’approcha de son lit.
« Bonjour, monsieur Hélios. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? »
« Toujours paralysé. »
Elle eut un léger sourire.
« Oui. Je m’en doutais. »
Elle vérifia quelques éléments avant de poursuivre.
« Votre corps est encore dans un état particulièrement mauvais. Les dégâts que vous avez subis sont beaucoup plus importants que ce que nous avions initialement estimé. »
Elle marqua une pause.
« Il vous faudra probablement environ un mois pour retrouver une mobilité correcte. »
Hélios resta silencieux.
« Et pour votre vue… »
Elle hésita légèrement.
« Cela prendra probablement encore plus longtemps. »
Hélios soupira intérieurement.
Un mois pour retrouver sa mobilité.
Et davantage pour retrouver la vue.
Ce n’était pas idéal.
Mais au moins…
Il savait maintenant à quoi s’attendre.
L’infirmière poursuivit :
« Quoi qu’il arrive, je serai à votre disposition pendant votre convalescence. Si vous avez besoin de quelque chose, appelez-moi simplement. »
Elle désigna ensuite une zone située à côté du lit.
« Votre équipement a également été récupéré. »
Hélios fronça légèrement les sourcils.
L’infirmière ajouta :
« Votre gantelet se trouve sur la table, à votre gauche. »
Hélios comprit immédiatement.
[Extinction.]
Il ne pouvait évidemment pas la voir.
Mais il savait exactement où elle se trouvait.
Son arme était là.
À quelques mètres seulement.
Et pour une raison étrange…
Le simple fait de savoir qu’elle était à proximité le rassurait légèrement.
Après le départ de l’infirmière, les journées d’Hélios commencèrent à devenir extrêmement monotones.
Il ne pouvait presque rien faire.
Il ne pouvait pas se déplacer.
Il ne pouvait pas voir.
Il ne pouvait pas s’entraîner correctement.
Il devait compter sur l’infirmière pour pratiquement tous ses besoins.
Pour manger.
Pour boire.
Pour se déplacer lorsqu’il était nécessaire de le faire.
Pour tout.
Et cela le dérangeait profondément.
Hélios avait toujours détesté dépendre des autres.
Mais cette fois…
Il n’avait simplement pas le choix.
Son corps ne lui permettait rien d’autre.
Alors il réfléchissait.
Beaucoup.
Il réfléchissait à lui-même.
À son pouvoir.
À ses ennemis.
À Aurora.
À Sinister.
À Malnor.
À Caster.
À Ariana.
À Sacha.
À Lola.
À ce qu’il ferait lorsqu’il pourrait de nouveau bouger.
Et surtout…
À ce qu’il ferait lorsqu’il pourrait enfin revoir.
Il voulait également comprendre ses propres capacités.
Vérifier ses acquis.
Mais même cela lui était impossible.
Il ne pouvait pas observer ses noyaux.
Il ne pouvait pas vérifier son Éther.
Il ne pouvait même pas savoir si certaines de ses techniques avaient évolué après le combat.
Il était donc contraint de patienter.
Et Hélios détestait attendre.
Mais il découvrit également quelque chose d’inattendu durant cette période.
La lecture.
Au début, il avait simplement demandé à l’infirmière de lui lire quelques ouvrages.
Puis, lorsqu’il comprit qu’elle ne pouvait pas rester constamment avec lui, il demanda qu’on lui fournisse des livres audio.
Il commença alors à écouter des histoires.
Des romans.
Des récits historiques.
Des ouvrages scientifiques.
Des histoires fantastiques.
Des récits d’aventure.
Des œuvres qu’il n’aurait probablement jamais pris le temps de découvrir auparavant.
Et progressivement…
Hélios comprit qu’il aimait réellement lire.
Ou plutôt…
Écouter des histoires.
Cela lui permettait de voyager mentalement alors que son corps était incapable de bouger.
Il pouvait imaginer les paysages.
Les personnages.
Les combats.
Les villes.
Les mondes.
Et pendant quelques heures…
Il pouvait oublier qu’il était aveugle et paralysé.
Il demanda donc régulièrement à l’infirmière de lui fournir de nouveaux livres audio.
Il commença même à avoir ses propres préférences.
Certaines histoires l’ennuyaient.
D’autres retenaient complètement son attention.
Et certaines…
Il les écoutait plusieurs fois.
Hélios développa également une autre habitude.
Les desserts.
De temps à autre, il demandait simplement à l’infirmière de lui apporter quelque chose de sucré.
Un gâteau.
Une pâtisserie.
Une crème.
Peu importe.
Il ne pouvait pas s’entraîner.
Il ne pouvait pas travailler.
Alors autant profiter des rares choses qu’il pouvait encore apprécier.
Les journées passèrent ainsi.
Une.
Puis deux.
Puis une semaine.
Puis deux.
Puis trois.
Hélios continuait de réfléchir.
De lire.
D’écouter.
De manger.
De dormir.
Et de patienter.
Son corps commençait lentement à récupérer.
Les premiers mouvements revinrent progressivement.
D’abord de légères contractions.
Puis quelques mouvements de doigts.
Ensuite, ses poignets.
Ses bras.
Puis ses jambes.
Ce n’était presque rien.
Mais pour Hélios…
C’était énorme.
Il avait enfin l’impression de retrouver progressivement le contrôle de son propre corps.
Et pourtant…
Sa vue ne revenait toujours pas.
Il devait encore patienter.
Finalement…
Un mois et deux semaines passèrent.