Chapitre 179
Hélios se sentit soudainement flotter.
Son corps semblait avoir perdu toute sa pesanteur.
Il n’y avait plus de douleur.
Plus de fatigue.
Plus de peur.
Plus rien.
Seulement une étrange sensation de légèreté… et d’abondance totale.
Comme s’il n’avait jamais manqué de quoi que ce soit.
Comme si son corps, son esprit et même son existence entière étaient enfin débarrassés de toutes leurs contraintes.
Puis…
Quelque chose l’attrapa.
Une force brutale le saisit et le tira violemment en arrière.
Hélios eut l’impression d’être arraché à cet état de félicité.
Puis son corps retomba.
Ou plutôt…
Sur quelque chose qui ressemblait à un sol.
Appeler cela « la terre ferme » était probablement un peu exagéré.
Tout autour de lui était plongé dans les ténèbres.
Il n’y avait ni ciel, ni horizon, ni lumière.
Seulement une obscurité presque absolue.
Hélios leva lentement les yeux.
Et il le vit.
Un homme se tenait devant lui.
Ou plutôt…
Une personne qui lui ressemblait parfaitement.
Même visage.
Même silhouette.
Même cheveux.
Même apparence générale.
À une différence près.
Ses cheveux étaient verts.
Ses yeux étaient verts.
Et ses vêtements étaient eux aussi entièrement verts.
L’individu observa Hélios pendant quelques secondes avant de soupirer.
« Blanc… sérieusement, tu es vraiment têtu. »
Il croisa les bras.
« On t’avait pourtant prévenu de ne pas revenir. Mais tu reviens encore… et dans quel état, en plus ? »
Hélios le fixa.
Un mot lui vint immédiatement à l’esprit.
« Blanc ? »
L’homme resta silencieux quelques secondes.
Puis il se frappa légèrement le front.
« Ah… j’avais oublié. Tu oublies à chaque fois. »
Il soupira.
« Toi, tu es Blanc. Quant à moi, je suis… »
Il s’interrompit, puis regarda Hélios.
« Dis-moi. Qui suis-je ? »
Hélios resta silencieux.
Il observa l’homme vert pendant plusieurs secondes.
Puis répondit avec hésitation :
« Tu es… Vert ? »
L’homme sourit immédiatement.
Puis il hocha la tête.
« Si tu le dis, alors c’est vrai. »
Il posa une main sur sa poitrine.
« Je suis Vert. »
Son sourire s’élargit.
« L’affection autre que familiale… »
Il leva légèrement un doigt.
« L’amitié. »
Puis un second.
« L’amour. »
Et enfin un troisième.
« L’admiration. »
Il sourit.
« Tout ça, c’est moi. »
Hélios resta silencieux.
Cette conversation lui semblait complètement absurde.
Il regarda autour de lui, puis reporta son attention sur Vert.
« Où suis-je ? »
Il marqua une pause.
« Et qu’est-ce que je fais ici ? »
Vert le fixa longuement.
Son sourire disparut légèrement.
« Tu es dans… »
Il hésita.
« Je ne suis pas vraiment certain de savoir comment appeler cet endroit. »
Il se gratta légèrement la tête.
« Disons que c’est une sorte de demi-noyau de l’âme. Si ça peut t’aider à comprendre. »
Hélios fronça les sourcils.
« Demi-quoi… de quoi ? »
Vert soupira.
« Ne me demande pas. »
Il leva les mains.
« Je n’en sais pas plus que toi. Enfin… pas plus que le toi qui existe ici. »
Il regarda autour de lui.
« Bref, c’est compliqué. Surtout parce que tu reviens beaucoup trop souvent ici. »
Son expression devint légèrement agacée.
« Alors que tu n’es absolument pas censé revenir maintenant. »
Il se tint le visage d’une main.
« Si Noir apprend ça, il va piquer une crise… »
Il soupira.
« Déjà qu’il est furieux qu’on n’ait pas réussi à tuer les trois derniers… »
Hélios releva immédiatement la tête.
« Tuer qui ? »
Vert se figea.
Puis détourna légèrement le regard.
« Oublie. Ce n’est pas important. »
Il agita la main.
« Mais franchement, tu déranges. »
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis il baissa légèrement la tête.
« Désolé. »
Vert le regarda.
Son expression s’adoucit légèrement.
« Ce n’est pas ta faute. »
Il soupira.
« Mais écoute-moi. Tu dois vraiment faire un effort pour ne plus venir ici. Plus tu reviens, plus c’est le bazar. »
Il marqua une pause.
Puis il ajouta d’un ton presque pédagogique :
« Venir dans une maison en construction comporte déjà des risques. Alors imagine si cette maison est plus petite que toi. »
Hélios le fixa avec perplexité.
Il ne comprenait absolument rien.
Mais Vert semblait, lui, parfaitement sérieux.
« Je vais t’aider à partir d’ici. »
Il se tourna vers l’obscurité.
« Mais tu devras faire de ton mieux pour ne plus revenir. Essaie au moins de te souvenir de ça. D’accord ? »
Hélios resta silencieux.
Puis il acquiesça.
« D’accord. Merci de m’aider. »
Vert sourit.
« C’est normal. Alors viens. »
Il commença à marcher.
Hélios le suivit.
Ils avancèrent quelques instants dans cette obscurité étrange.
Puis Vert s’arrêta devant une table.
Hélios observa la scène.
Vert avait sculpté plusieurs petites statuettes.
Il y en avait sept.
Cinq femmes.
Deux hommes.
Hélios observa les figurines.
Il ne reconnaissait aucun des visages.
Pourtant…
Quelque chose dans leur présence lui semblait étrangement familier.
« Qui sont-ils ? »
Vert regarda les statuettes.
Un léger sourire apparut sur son visage.
« Je ne suis pas vraiment sûr. »
Il réfléchit quelques secondes.
« Mais je crois que ce sont des personnes proches de nous. »
Hélios voulut s’approcher.
Il voulait observer les statuettes de plus près.
Mais Vert posa immédiatement une main contre sa poitrine.
« Non. »
Il le repoussa doucement.
Hélios perdit l’équilibre.
Son corps bascula.
Puis il tomba.
Et soudain…
Tout devint noir.

───
Hélios se réveilla.
La première chose qu’il ressentit fut la douleur.
La seconde…
L’immobilité.
Son corps entier était paralysé.
Il essaya instinctivement de se redresser.
Rien.
Ses muscles refusèrent complètement de répondre.
Un gémissement de douleur s’échappa de sa bouche.
Puis il remarqua quelque chose d’encore plus inquiétant.
Ses yeux étaient ouverts.
Il le sentait.
Mais il ne voyait absolument rien.
Pas même une faible lumière.
Hélios resta silencieux.
Puis une pensée traversa son esprit.
[Je suis de nouveau aveugle ?]
Il essaya de bouger un doigt.
Rien.
Une jambe.
Rien.
[Et paralysé en plus ?]
Il serra intérieurement les dents.
[Merde.]
Une voix résonna alors dans la pièce.
« Ne force pas trop. »
Hélios resta immobile.
La voix poursuivit :
« C’était déjà extrêmement difficile de te garder en vie. »
Un silence.
« Tu as subi de nombreux traitements, jour et nuit, sans interruption pendant deux jours entiers. »
La voix semblait appartenir à quelqu’un qui connaissait parfaitement son état.
« Ensuite, tu as dormi pendant quatre jours. »
Une courte pause.
« Alors crois-moi… tu es dans un très mauvais état. »
Hélios ne répondit pas immédiatement.
Cette voix…
Elle ne lui était pas totalement familière.
Mais quelque chose dans son timbre réveilla un souvenir.
Il l’avait déjà entendue.
C’était la voix de l’homme qui lui avait sauvé la vie.
Du moins… selon les circonstances.
Avant qu’Hélios ne perde complètement connaissance.
Il tourna légèrement la tête vers l’origine de la voix.
Puis il demanda :
« Tu es Félix ? »
La voix répondit immédiatement :
« Oui. C’est moi. »
Hélios resta silencieux.
Puis plusieurs questions surgirent presque simultanément dans son esprit.
« Que me veux-tu ? »
Il marqua une pause.
« Où suis-je ? »
Puis une autre.
« Pourquoi m’as-tu sauvé ? »
Hélios resta silencieux quelques secondes.
Puis posa finalement la question qui lui semblait la plus absurde.
« Et pourquoi suis-je ton beau-frère ? »
Un silence.
Hélios ajouta :
« Je suis pourtant certain de ne jamais m’être engagé avec qui que ce soit. »
Félix resta silencieux quelques secondes.
Puis il soupira.
« OK. Tranquille. Détends-toi. »
Hélios entendit plusieurs pas.
Félix semblait se déplacer dans la pièce.
Puis les pas s’arrêtèrent.
Il devait probablement se tenir devant son lit.
« Je vais répondre du mieux que je peux. »
Il marqua une courte pause.
Puis sa voix devint plus formelle.
« D’abord… je vais me présenter correctement. »
Hélios resta silencieux.
Il entendit Félix inspirer légèrement.
Puis il déclara :
« Je suis Félix Sinister, premier fils de Dave Sinister et grand frère de Lola Sinister. »
Il marqua une pause.
« Je te présente donc mes respects, ancien Externe Spécial du clan Sinister. »
Hélios resta parfaitement immobile.
Même sans pouvoir voir son visage…
Il pouvait presque imaginer le sourire de Félix.
