Chapitre 167
Hélios était assis sous une petite tente, une bouteille d’eau à la main.
Il avait supposé que cette situation serait pénible.
Mais en réalité…
C’était horriblement pire.
Depuis l’arrivée d’Hélios, Sacha combattait une créature de rang Transcendant près des restes de l’arbre géant.
Cela faisait maintenant cinq jours.
Et à cause de ce combat, une zone d’environ trente kilomètres autour du lieu de l’affrontement était devenue une véritable zone de mort.
Le combat était si violent que la météo elle-même avait été profondément perturbée.
Les vents étaient devenus irréguliers.
Les températures changeaient brutalement.
Et les phénomènes climatiques provoqués par les affrontements se propageaient sur plusieurs kilomètres.
Tout cela avait également eu une autre conséquence.
Les abominations fuyaient encore plus frénétiquement la zone de combat.
Et, poussées par la peur, elles se ruaient avec encore plus de violence contre les lignes de défense.
Hélios faisait justement partie de ces lignes.
À cela s’ajoutaient les combats des Ascendants.
Eux aussi étaient extrêmement destructeurs.
Les affrontements entre des êtres de ce niveau transformaient parfois des zones entières en champs de ruines.
Ainsi, la moindre erreur pouvait être fatale.
Un Éveillé qui ne faisait pas suffisamment attention pouvait facilement devenir un dommage collatéral sans même comprendre ce qui venait de se produire.
Et cela n’était encore qu’une partie du problème.
L’autre concernait le manque de temps de récupération.
Hélios n’avait pratiquement jamais le temps de dormir correctement.
Il n’avait pas le temps de se reposer.
À peine un combat était-il terminé qu’un autre pouvait commencer.
Et surtout…
Son Éther était constamment à sec.
Il devait donc utiliser des noyaux pour reconstituer ses réserves avant de les dépenser presque immédiatement.
Il était pris dans une boucle permanente.
Absorption.
Régénération.
Dépense.
Puis absorption à nouveau.
À cause de cela, Hélios était constamment obligé de privilégier le combat au corps à corps afin d’économiser autant d’Éther que possible.
Et même ainsi…
La situation restait extrêmement difficile.
C’était encore pire pour les Grands Maîtres.
Et plus particulièrement pour l’équipe d’Hélios.
Les Grands Maîtres étaient naturellement de plus en plus sollicités à mesure que le nombre d’abominations augmentait.
Ils devaient non seulement protéger les autres unités, mais également éliminer les créatures de leur propre rang.
Parmi toutes les équipes composées de Grands Maîtres, celle d’Hélios était d’ailleurs particulièrement sollicitée.
La raison était simple.
Lui, Ariana, Léa et Raphaël étaient considérés comme des anomalies.
Tous les quatre avaient déjà acquis une certaine réputation.
Le Démon Gris.
L’Armurerie Mouvante.
La Dragonne Verte.
Et l’Étalon Noir.
Hélios ignorait pourquoi Raphaël avait obtenu ce surnom.
Mais ce n’était pas le plus important pour le moment.
Il était épuisé.
Il venait tout juste de s’asseoir afin de boire un peu d’eau et de laisser l’équipe logistique récupérer les noyaux et les cadavres des abominations qu’il venait d’éliminer.
Hélios avait d’ailleurs particulièrement mal au cœur.
Maintenant qu’il était devenu Grand Maître, les noyaux de rang Maître ne pouvaient presque plus l’aider à reconstituer ses réserves.
Seule la quantité permettait encore de compenser leur faible efficacité.
Les noyaux de rang Extraordinaire, eux, étaient pratiquement inutiles.
Même les noyaux de rang Grand Maître, bien qu’encore extrêmement utiles, ne suffisaient pas toujours à maintenir ses réserves lorsqu’il était constamment sollicité.
Et Hélios n’essayait même pas de progresser vers un rang supérieur pour le moment.
Il voulait simplement faire le plein.
Reconstituer ses réserves.
Puis repartir au combat dès qu’on l’appellerait de nouveau.
Actuellement, il ne lui restait plus que 46 % de son Éther.
Cela pouvait sembler beaucoup.
Mais les combats pouvaient durer plusieurs jours.
Il était donc extrêmement facile d’épuiser complètement ses réserves s’il ne faisait pas attention.
Hélios termina finalement sa bouteille d’eau.
Puis il resta assis quelques secondes supplémentaires.
Il aurait aimé pouvoir dormir.
Mais il savait déjà que ce serait impossible.
Soudain, une voix retentit depuis l’extérieur de la tente.
« Monsieur Hélios, excusez-moi de vous déranger, mais il vient d’être signalé que plusieurs créatures approchent à l’est de notre position. »
Le soldat marqua une courte pause.
« Il y aurait plusieurs centaines de créatures de rang Maître, ainsi que deux créatures de rang Grand Maître. »
Hélios resta silencieux.
Le soldat poursuivit :
« Vos coéquipiers sont actuellement occupés par d’autres combats. Nous avons donc besoin de vous. »
Hélios soupira.
Il se leva lentement.
Puis il déposa sa bouteille vide.
Il sortit de la tente.
À l’extérieur, un soldat en armure complète se tenait au garde-à-vous.
Hélios le regarda quelques secondes.
Puis il répondit simplement :
« Bien. Je vais m’en occuper. »
Il marqua une courte pause.
« Restez en arrière et éliminez les créatures qui me dépasseront. »
Le soldat acquiesça immédiatement.
« À vos ordres ! »
Hélios se tourna alors vers l’est.
Son regard se posa sur l’horizon.
Puis il soupira une nouvelle fois.
« Putain… c’est vraiment pénible. »
Hélios prit une grande inspiration avant de porter son demi-masque.
Il était déjà équipé de son armure, si bien qu’il n’eut rien d’autre à ajuster. Il continuait d’ailleurs à porter son masque, même s’il ne dissimulait plus réellement son identité.
À force de l’utiliser, il y était simplement habitué.
Une fois prêt, Hélios se mit à courir.
D’abord rapidement.
Puis à toute vitesse.
Il bondit par-dessus les structures et les barricades avant de s’élancer dans la zone ravagée par les affrontements précédents.
Il dépassa rapidement l’équipe logistique, encore occupée à récupérer les noyaux et à évacuer les cadavres des abominations fraîchement éliminées.
Puis il accéléra brutalement.
Sa silhouette disparut presque entièrement.
Il ne resta derrière lui qu’une traînée blanche caractéristique de son armure et de sa chevelure.
Plusieurs Éveillés de rang Maître le suivaient à distance.
Ils étaient équipés de fusils et d’arcs spécialement conçus pour l’élimination massive d’abominations à distance.
Après plusieurs secondes de course, les premières créatures apparurent enfin à l’horizon.
Hélios plissa légèrement les yeux.
Un grand nombre de silhouettes humanoïdes se dirigeaient vers le camp.
Elles étaient entièrement constituées de flammes.
Ces créatures avaient été surnommées les Hommes-Flammes.
Il s’agissait d’abominations humanoïdes composées exclusivement de feu.
Les attaques physiques ordinaires leur étaient pratiquement inutiles.
Il existait cependant deux méthodes principales pour les tuer.
La première consistait à éteindre complètement les flammes qui constituaient leur corps.
La seconde était beaucoup plus simple en théorie :
détruire leur noyau.
Car, contrairement à leur corps composé de feu, leur noyau restait parfaitement physique.
Mais après avoir combattu suffisamment d’abominations…
Hélios avait découvert une troisième méthode.
Dévorer leurs flammes avec un feu plus puissant.
Et son propre feu était particulièrement adapté à cela.
Hélios continua d’avancer.
Les Hommes-Flammes ouvrirent leurs gueules.
D’autres tendirent leurs bras.
Une pluie de jets et de boules de feu jaillit dans sa direction.
Hélios zigzagua entre les attaques.
Certaines explosions frappèrent le sol derrière lui.
D’autres passèrent à quelques centimètres de son corps.
Il évita les attaques les plus puissantes et fonça directement vers les créatures les plus faibles.
Son armure était un artefact de rang Grand Maître.
Il pouvait donc se permettre de prendre certains risques.
Lorsqu’il arriva à une distance suffisante, Hélios tendit la main.
Puis il libéra une immense vague de Flammes du Chaos.
Les flammes grises balayèrent le terrain.
Mais Hélios ne cherchait pas à tuer les créatures.
Son objectif était simplement de les ralentir.
Derrière lui, les Éveillés de rang Maître pourraient ainsi prendre position et préparer leurs attaques à distance.
Une fois cela fait, Hélios bondit directement au milieu des abominations de rang Maître.
Les Flammes du Chaos jaillirent autour de lui.
Les Hommes-Flammes les évitaient comme la peste.
Et la raison était particulièrement étrange.
Les Flammes du Chaos semblaient littéralement capables de les dévorer.
C’était presque incompréhensible.
Du feu qui brûlait du feu.
Pourtant…
C’était bien ce qui se produisait sous les yeux d’Hélios.
Toutes les abominations qui ne parvinrent pas à s’échapper furent rapidement englouties par les flammes grises.
Leurs corps disparurent.
Puis leurs noyaux furent eux aussi détruits.
Hélios venait d’ailleurs de découvrir une propriété particulièrement intéressante de ses Flammes du Chaos.
Elles pouvaient brûler presque tout.
Même les noyaux.
À condition de ne pas les retirer suffisamment rapidement.
Cette découverte était assez douloureuse pour Hélios.
Après tout, détruire des noyaux qu’il aurait pu absorber était loin d’être agréable.
Mais c’était un fait indiscutable.
Alors, plutôt que de s’en plaindre…
Hélios décida simplement de passer ses nerfs sur ses ennemis.
Avec autant d’adversaires autour de lui, il ne prenait même plus la peine de viser précisément.
Il laissait simplement les flammes se répandre.
Puis il se déplaçait entre les abominations avant d’en libérer de nouvelles.
L’anarchie et la panique provoquées par les Flammes du Chaos permettaient ensuite au feu de se propager dans toutes les directions.
Les Hommes-Flammes se dispersaient.
Certains tentaient de fuir.
D’autres se heurtaient entre eux.
Et beaucoup étaient finalement engloutis par les flammes grises.
Les survivants étaient ensuite pris en charge par les Éveillés positionnés à l’arrière.
Mais ces créatures n’étaient pas la véritable raison de la présence d’Hélios.
Ses Yeux d’Éther parcouraient constamment le champ de bataille.
Il cherchait quelque chose.
Ou plutôt…
Quelqu’un.
Deux cibles en particulier.
Les créatures de rang Grand Maître.
C’étaient elles qui l’intéressaient réellement.
Et comme si l’une de ces créatures avait entendu ses pensées…
Deux lames de flammes surgirent soudainement du ciel.
Elles foncèrent directement vers Hélios.
Il bondit en arrière.
Les deux attaques frappèrent le sol dans une explosion de feu.
Mais Hélios n’avait pas prévu ce qui se trouvait derrière lui.
Une autre abomination l’attendait, la gueule grande ouverte, prête à le mordre.
Hélios tourna immédiatement une paume vers sa bouche.
Une explosion de Flammes du Chaos jaillit.
La créature fut repoussée brutalement et changea de direction au dernier instant.
Hélios évita ainsi de peu de se faire mordre.
Il retomba au sol.
Puis se redressa.
Son regard se posa devant lui.
Les deux créatures venaient d’atterrir.
La première avait une silhouette humanoïde particulièrement imposante.
La seconde se tenait légèrement derrière elle.
Hélios activa ses Yeux d’Éther.
Les flux d’énergie devinrent immédiatement visibles.
Il observa attentivement leurs corps.
Puis il comprit.
Deux abominations de rang Grand Maître.
Et toutes les deux étaient de classe 5.
Hélios leva légèrement la tête.
Puis il soupira.
Il jeta un bref regard à sa réserve d’Éther.
35 %.
« Putain… »
Il serra lentement les poings.
« Ça va encore être pénible. »
