Chapitre 2
Le grand salon de la résidence du duc baignait dans une lumière dorée. Assis sur un fauteuil en bois de santal, Lu Feng ajustait les plis de sa manche avec une élégance étudiée. Le jeune maître de la secte du Vent Céleste avait tout du fiancé parfait : un visage anguleux, un sourire charment et un regard empli d'une fausse bienveillance.
Lorsque Yueli franchit le seuil, il se leva brusquement, une lueur de surprise traversant ses yeux.
D'habitude, sa fiancée l'accueillait couverte de bijoux clinquants, vêtue de robes empesées et prête à se confondre en excuses pour le moindre retard. Aujourd'hui, la jeune femme qui s'avançait portait une robe de voyage sombre, dépourvue de tout fard, les cheveux simplement attachés par un ruban noir.
Mais ce qui déstabilisa le plus Lu Feng, c'était son regard. Un regard noir, limpide et d'un calme presque troublant.
« Yueli... », commença-t-il avec un ton doucereux, étendant les mains. « Tu m'as fait attendre. Mais je vois que tu as opté pour une tenue... singulière. »
Yueli ne prit même pas la peine de saluer. Elle s'assit directement en face de lui, croisa élégamment les jambes et posa un coude sur l'accoudoir.
« Faisons court, Lu Feng. Je sais pourquoi tu es là. »
Lu Feng cilla. La froideur de sa voix l'interpella, mais il reprit rapidement son assurance habituelle. Il sortit de sa manche une boîte en laque finement sculptée.
« Comme toujours, ta perspicacité me fascine », dit-il en esquissant un sourire charmeur. « La pilule de Méditation Céleste que ta famille conserve dans son trésor... J'en ai cruellement besoin pour franchir le niveau de cultivation du Premier Éveil. Tu sais à quel point mon ascension est cruciale pour notre futur mariage, n'est-ce pas ? »
Notre futur mariage. Yueli eut un rire intérieur. Dans le roman, cette pilule était censée sceller leur alliance. En réalité, Lu Feng allait s'empresser de la donner à l'héroïne originale deux jours plus tard pour s'attirer ses faveurs.
« Une pilule de rang spirituel supérieur », murmura Yueli en tapotant doucement son menton. « Un trésor estimé à plus de cinquante mille pièces d'or. Et tu me la demandes... gratuitement ? »
Le sourire de Lu Feng se figea légèrement.
« Gratuitement ? Voyons, Yueli, nous sommes fiancés ! Ce qui est à toi est à moi. Quand je serai plus fort, je pourrai mieux te protéger... »
« M'accorder ta protection ? » l'interrompit-elle d'un ton sec, presque amusé. « Lu Feng, soyons pragmatiques. Tu es actuellement au même niveau de cultivation que moi. Si des assassins attaquaient ce domaine ce soir, la seule chose que tu pourrais faire pour me protéger, ce serait de te jeter devant leurs lames pour me servir de bouclier humain. Et encore, je doute que tu aies cette générosité. »
Le visage du jeune homme devint blême. Il se redressa, piqué au vif.
« De quoi parles-tu enfin ?! Qu'est-ce qui prend aujourd'hui à la grande demoiselle de la maison ducale ? Tu oses remettre en question ma loyauté ? »
« Non », répondis-je calmement. « Je ne la remets pas en question, je l'évalue. Et sa valeur est égale à zéro. »
Elle se leva doucement, s'approcha de la table et posa une main sur la boîte en laque sans pour autant la lui tendre.
« Tu veux cette pilule ? Très bien. Mais toute transaction exige un paiement équivalent. La confiance est une illusion pour les faibles, Lu Feng. Je ne fonctionne que par contrats. »
« Un... un contrat ? » bégaya-t-il, complètement déstabilisé par cette attitude qu'il ne lui connaissait pas.
« Premièrement, tu signeras un acte d'abandon officiel annulant nos fiançailles dans un délai de trois mois, sous prétexte d'incompatibilité de qi. Deuxièmement, tu me céderas les droits de propriété des mines de minerai de fer brut situées à la frontière sud de ton domaine. »
Lu Feng bondit de son siège, rouge de colère.
« Tu es devenue folle ?! Ces mines appartiennent à ma secte ! Et rompre nos fiançailles ? Ton père ne l'acceptera jamais ! »
Yueli s'approcha de lui jusqu'à ce que leurs visages ne soient séparés que de quelques centimètres. Elle laissa sciemment filtrer une infime étincelle de qi de feu de la paume de sa main. La chaleur soudaine et oppressive fit reculer Lu Feng d'un pas, une sueur froide perlant sur son front.
« Mon père se soucie du pouvoir, pas de toi », chuchota-t-elle avec un sourire glacial. « Quant à tes mines, elles compenseront largement la perte financière de cette pilule. Tu as jusqu'à ce soir pour m'apporter les papiers signés. Si tu refuses... je m'assurerai que le patriarche de ta secte apprenne exactement où passent tes soirées et avec qui tu partages les secrets de vos techniques de combat. »
Lu Feng écarquilla les yeux. Comment pouvait-elle savoir pour ses rencontres secrètes avec la sainte héroïne ?!
« Tu... tu me chantage ?! »
« J'optimise mes investissements », le corrigea-t-elle gentiment en lui désignant la porte d'un geste élégant. « La séance est terminée, Jeune Maître Lu. La sortie est par là. »
Sous le choc et tremblant de rage contenue, Lu Feng n'eut d'autre choix que de tourner les talons et de quitter le salon à grands pas, la laissant seule dans la pièce spacieuse.
Yueli contempla la boîte en laque contenant la pilule. Un soupir de soulagement franchit ses lèvres alors qu'elle s'effondrait de nouveau dans son fauteuil.
« Ouf... Jouer les méchantes glaciales est un exercice épuisant pour la gorge », marmonna-t-elle en se servant une tasse de thé tiède.
Elle regarda ses mains. Le qi du feu palpitait doucement sous sa peau, prêt à être dompté.
« Étape une : neutraliser le fiancé parasite, c'est en bonne voie. Étape deux : vendre ces mines pour financer mon équipement et acheter mon entrée dans la Garde Impériale. »
Elle se leva et marcha vers la fenêtre. Au loin, la citadelle militaire de l'empire se dressait comme une ombre colossale.
« L'Empire de Yanhuang croit pouvoir décider du sort de ma famille dans sept ans ? Ils vont vite comprendre qu'on ne joue pas avec le feu. »