Chapitre 34
Chapitre 34 — Le véritable Ivan
Personne ne bougea.
La silhouette avançait lentement.
Chaque pas résonnait dans le couloir.
Ivan ne pouvait pas détourner les yeux.
Il avait déjà rencontré cette version de lui dans le Néant.
Mais cette fois, quelque chose était différent.
Son aura était beaucoup plus faible.
Presque humaine.
— Tu n’es pas le Roi du Néant.
La silhouette s’arrêta.
Un sourire apparut sur son visage.
— Enfin.
Kael se plaça à côté d’Ivan.
— Qui es-tu ?
L’homme regarda Kael.
— Ton frère.
Kael fronça les sourcils.
— Ivan ?
— Une version de lui.
Il reporta son regard sur Ivan.
— Mais certainement pas celle que tu connais.
Ivan s’avança.
— Alors qui est le Roi du Néant ?
L’homme ne répondit pas.
Il regarda Éclipse.
— Il ne t’a toujours pas dit.
Le dragon détourna la tête.
Ivan sentit la colère monter.
— Dit quoi ?
L’homme sourit.
— La raison pour laquelle tu as été choisi.
Ivan attendit.
— Le Néant ne t’a pas choisi parce que tu étais puissant.
Une pause.
— Il t’a choisi parce que tu étais compatible.
Ivan fronça les sourcils.
— Compatible avec quoi ?
L’homme leva une main.
L’espace autour de lui se déforma.
Une petite fissure noire apparut.
— Avec ça.
Ivan sentit son Œil du Néant réagir.
— La rupture…
— Exactement.
La fissure disparut.
— Ta gravité n’est qu’une conséquence.
Ivan resta silencieux.
Tout ce qu’il croyait savoir sur son pouvoir commençait à s’effondrer.
— Alors mon véritable pouvoir…
— N’est pas la gravité.
L’homme s’approcha.
— Ton pouvoir est de rompre les lois.
Lyria ouvrit de grands yeux.
— Les lois ?
— Gravité, espace, matière, magie…
Il regarda Ivan.
— Même le cycle.
Ivan sentit sa marque brûler.
— Je peux briser le cycle ?
— Tu pourrais.
— Alors pourquoi je n’y arrive pas ?
L’homme eut un sourire triste.
— Parce que tu continues à vouloir sauver tout le monde.
Ivan resta silencieux.
— Dans chaque vie, tu essaies de sauver quelqu’un.
L’homme regarda Kael.
— Ton frère.
Puis Lyria.
— Tes amis.
Puis Éclipse.
— Ton dragon.
Enfin, il regarda Ivan.
— Et à chaque fois, tu échoues.
Kael serra son épée.
— Arrête.
L’homme le regarda.
— Ton Écho te montre déjà cette vérité.
Kael trembla.
— Mon Écho…
— Il ne montre pas l’avenir.
Kael releva la tête.
— Quoi ?
— Il montre les possibilités.
Le visage de Kael se décomposa.
— Donc quand je vois Ivan mort…
— Tu vois une possibilité.
— Et quand je le vois devenir le Roi du Néant ?
— Une autre possibilité.
Kael baissa son épée.
Pour la première fois, son expression était véritablement bouleversée.
— Alors tout ce que j’ai vu…
— N’était jamais certain.
Ivan regarda son frère.
Il comprit alors quelque chose.
Kael n’était pas en train de perdre la raison.
Il était prisonnier de futurs possibles.
Et quelqu’un manipulait ces possibilités.
— Azer.
L’homme sourit.
— Tu apprends vite.
Ivan s’avança.
— Que veut Azer ?
Le sourire disparut.
— Il veut terminer ce qu’il a commencé.
— Le premier cycle ?
— Non.
Ivan sentit une présence derrière lui.
Il se retourna.
Personne.
Puis la voix d’Azer résonna dans le couloir.
— Le dernier.
Une lumière rouge apparut.
Azer se matérialisa devant la Porte Rouge.
— Vous êtes arrivés plus vite que prévu.
Ivan serra les poings.
— Pourquoi as-tu créé les cycles ?
Azer regarda le premier Ivan.
— Pour trouver une réponse.
— Quelle réponse ?
Azer sourit.
— Comment créer un être capable de tuer le Roi du Néant.
Le silence fut total.
Ivan regarda l’ancien Ivan.
Puis Azer.
— Tu as créé les cycles pour me transformer en arme.
— Pas exactement.
Azer fit un pas.
— J’ai créé les cycles pour tester tes possibilités.
— Et le huitième ?
Azer resta silencieux.
Ivan comprit.
— Le huitième cycle…
Azer sourit.
— Tu n’aurais jamais dû exister dans celui-ci.
La marque d’Ivan devint noire.
Puis une seconde marque apparut sur son bras.
Kael recula.
— Ivan…
Une énergie violette se répandit autour de lui.
Lyria cria :
— Ton aura !
Ivan regarda ses mains.
La gravité autour de lui commençait à se déformer.
Les murs se fissuraient.
Les symboles anciens s’effaçaient.
Azer observait la scène avec fascination.
— Voilà.
— Quoi ?
— La rupture.
Ivan leva les yeux.
— Je ne suis pas ton expérience.
Azer sourit.
— Non.
Il regarda Ivan droit dans les yeux.
— Tu es mon erreur.
Une explosion de lumière violette traversa le couloir.
Azer disparut.
Mais sa voix resta.
— Retrouve les sept fragments.
Ivan fronça les sourcils.
— Quels fragments ?
— Tes sept anciennes vies.
La voix devint de plus en plus faible.
— Lorsque tu les auras réunies…
La Porte Rouge commença à se fissurer.
— …tu comprendras pourquoi le Roi du Néant a toujours voulu te garder en vie.
Puis Azer disparut complètement.
La Porte Rouge explosa.
Ivan leva instinctivement les bras.
Éclipse déploya ses ailes.
Kael protégea Lyria.
Une immense vague de lumière traversa le couloir.
Puis…
plus rien.
Ivan ouvrit les yeux.
La Porte Rouge avait disparu.
À sa place se trouvait une petite pièce.
Au centre reposait un objet.
Un fragment de cristal violet.
Ivan s’approcha.
Dès qu’il le toucha—
FLASH.
Une vision.
Eren enfant.
Il courait dans un immense jardin.
Ivan, plus jeune, le poursuivait.
— Attends-moi !
Eren riait.
Puis la vision changea.
Le jardin brûlait.
Ivan tenait Eren dans ses bras.
Une voix disait :
— Choisis.
Puis une autre image.
Éclipse.
Du sang sur ses écailles.
Ivan à genoux devant lui.
Et enfin…
une femme.
Ivan ne connaissait pas son visage.
Mais elle pleurait.
Elle tenait une épée.
Et elle disait :
— Si tu ouvres cette porte, je serai obligée de te tuer.
La vision s’arrêta.
Ivan lâcha le cristal.
Il respirait difficilement.
Lyria s’approcha.
— Qu’est-ce que tu as vu ?
Ivan regarda le cristal.
Puis il répondit d’une voix basse :
— Une personne.
— Qui ?
Ivan leva lentement les yeux.
— Quelqu’un qui m’a tué avant même qu’Éclipse ne le fasse.
Éclipse se figea.
— Ivan…
Le dragon avait compris.
Ivan regarda l’obscurité devant lui.
— La personne qui a commencé tout ça est toujours vivante.
Au même instant, très loin de Celestis…
une femme aux longs cheveux noirs ouvrit les yeux.
Une lame noire reposait près d’elle.
Elle sourit.
— Il s’en souvient enfin.
Une silhouette se tenait derrière elle.
— Dois-je y aller ?
Elle secoua la tête.
— Pas encore.
Elle regarda la lune.
— Ivan doit d’abord découvrir qui je suis.
Puis elle murmura :
— Après tout…
Son sourire disparut.
— …je suis celle qui l’a vu mourir dans sa première vie.