Chapitre 16
Une fois sa mère un peu plus loin, Espoir ne put s'empêcher de dire à Atlas :
<< Alors sous-homme, tu as voulu combattre la noblesse mais tu as largement échoué ? C’est pas un peu misérable comme ça ? Tu serviras d’arme pour l’homme le plus noble du monde, soit heureux. >>
Espoir s'attendait à ce que Atlas s’énerve, pleure, ou tente de se suicider. Pourtant, il restait calme comme s’il était encore libre.
<< Petit, en ce moment je ressens une atroce douleur, comme si l’ensemble de mon corps fondait de l'intérieur. Pourtant, je ne pleure pas, et donc, je reste digne. Tu sais pourquoi ? Je n’ai juste pas été assez fort pour faire briller mon rêve. >>
<< Tu n’es qu’un déchet du monde, et tu oses garder une attitude haute et valeureuse malgré ça ? Tu sais quoi, je vais augmenter la douleur. >>
Espoir s’avança vers le prisonnier, avant d’essayer de lui écraser la tête avec la plante de son pied.
Aussitôt, un cheveu de Demonia sortit du corps d’Atlas pour bloquer le coup.
<< HAHAHAHA !! >>
<< Pourquoi rigoles-tu sous-homme ? >>
À présent, Atlas avait un sourire assez large.
<< Regarde-toi, tu n’es même pas assez fort pour appliquer ta volonté, tu penses que je mentais ? >>
Espoir était profondément insatisfait, il ne pouvait même pas entendre le cri de celui qui avait passé sa vie à commettre des ignominies.
Après dix minutes de silence, Espoir se décida à poser une question : << Pourquoi as-tu commis tous ces crimes, joué avec toutes ces vies ? >>
<< Pour une seule et unique raison : c’est la force qui dirige le monde. La volonté est souvent perçue comme de l’ego, et une société est juste si on a peur d’en enfreindre les règles.
Je l’ai très vite compris, après tout, j'étais tout en bas de la chaîne moi aussi. >>
<< Tu vas vraiment me raconter ta vie ? >>
<< Eh bien, même si nos statuts sont différents, je pense que tu es profondément similaire à moi. En plus je t'apprécie pas mal, jeune homme. >>
<< … Je veux bien t’écouter mais d'abord explique-moi pourquoi ton langage a changé de qualité. Pourquoi au début tu tenais un atroce langage d’atroces, et que à présent, ton vocabulaire est plutôt correct ? >>
<< Rien de plus simple, l’vocab c’t’important pour c’te perception que les autres zig ont de toi. Alors quand tu veux donner une image, et dans mon cas, dominer par la peur, il est plus simple de paraître stupide. >>
<< Je vois. >>
Il est profondément ambigu d’apprendre de la bouche d’un homme si terrible, pourtant Espoir semblait déterminé à en tirer profit.
<< Raconte-moi ton histoire. >>
<< … Bien sûr.
J’ai grandi en étant maltraité, le plus faible de mes frères, le moins grand, le moins fort. Je n’ai jamais eu le moindre mot à dire sur mes souffrances.
Puis un jour, j’ai entendu une conversation à l'extérieur de ma maison, pendant que j’étais suspendu au plafond par les pieds.
C’était deux hommes qui parlaient du clan Démoria. Un clan basé sur la justice et le bien, qui traite à merveille les gens, pourvu qu’ils soient utiles au clan.
Mais moi, j’étais toujours accroché, mon cœur battait plus vite et j’allais souffrir jusqu’au jour de ma mort. Pourquoi ? Uniquement car je n’étais pas assez fort pour imposer ma volonté.
Si on regarde le monde de façon neutre, aucune action n’est bonne ou mauvaise. Par contre, le choix d’agir ou non dépend uniquement de la force. La force prévaut sur la morale.
Alors à l’instant où j’ai eu le champ libre, j’ai tué un à un tous les membres de ma famille avant de manger leurs corps. Et tu sais c’est quoi le plus drôle ? J’ai à chaque fois gagné en force, en vitesse et en résistance.
Mon pouvoir est simple, en consommant des gens, j’obtiens leurs capacités physiques. Alors j’ai mangé, et je me suis fait des amis. Une bande de 8 violeurs qui accordait une grande importance à mes capacités, sans jamais me voir comme un désastre, mais plutôt une bénédiction.
Moi aussi je me suis adonné à leur plaisir un temps, mais bon, ça gâchait le goût de la viande. Enfin bref, j’étais fort donc je disposais à souhait des autres, voici donc mon pouvoir.
D’ailleurs j’ai entendu que Versaken, le chef du District central, possède le même que le mien, sauf que lui, il a mangé bien plus d’humain que j’ai eu l’occasion d’en voir. >>
Espoir était profondément troublé, il lui semblait que Atlas disait la vérité.
<< Donc tu vas mourir ici uniquement car tu as manqué de force ? Tu n’aurais pas juste pu respecter la vie humaine ? >>
<< Eh bien, pas vraiment. Ma vie n'aurait alors pas été vécue selon ma volonté.
Excuse mon manque de cohérence a suivre, je commence à perdre pied sur la douleur. >>
<< Avant que tu disparaisses, je vais te révéler une information, je suis le futur maître du clan Démoria. >>
<< Donc cette femme en était le chef ?
HAHAHAHHAHAHAHAHHAHAHA !! >>
Atlas rigolait, il a rigolé longtemps, puis à un moment, il s'est mis à crier de douleur.
Pendant les vingt dernières minutes de sa vie en tant qu’humain, Atlas n’a connu qu’une douleur ne lui laissant pas l’occasion de penser. La douleur avait fini par profondément le déshumaniser; il n’était plus qu’un cadavre qui respirait.
Demonia était revenue, elle tendit sa main restante vers Atlas avant de le transformer en une brique carrée de dix centimètres cubes.