Chapitre 16
Chapitre 16
Lake ouvrit soudainement les yeux, il se sentait très faible et engourdi. Il regarda autour de lui et vit qu’il était allongé dans un lit, l’endroit lui semblait familier, il regarda par la fenêtre et réalisa qu’il était à Drómos.
Il tourna la tête vers l’autre côté de la chambre et vit le vieil homme qu’il avait rencontré la veille dans un fauteuil en face de lui, en train de le regarder.
C’était un homme soigné, une belle tenue digne d’un noble mais sans couleurs criardes. Il avait le crâne rasé et le menton rasé mais possédait une moustache grise bien taillée qui partait en pointe sur les côtés de son nez.
Il n’avait pas remarqué lors de leur première rencontre qu’il était aussi musclé, c’était impressionnant pour un homme qui avait l’air à la fois jeune et vieux. Il inspirait la confiance et le calme d’un sage.
C’est alors que le choc le frappa : comment était-il encore en vie avec la blessure mortelle qu’il avait reçue ? D’ailleurs, il ne sentait plus rien au niveau de son épaule ni au niveau de son dos. Il se rappelait que son esprit sombrait dans les ténèbres après la blessure mais rien d’autre.
Le vieillard se mit soudainement à parler :
—Tu te demandes comment tu es encore en vie, jeune homme ?
—Oui, je devrais être mort à l’heure qu’il est… Quelqu’un m’a soigné ? Mais c’est impossible, aucun médecin ne pourrait…
Lake scruta l’homme qui le regardait en souriant.
—Tu te demandes si je suis un Utilisateur n’est-ce pas ?
—Oui… et vous en êtes un ?
—Tu as deviné juste.
Ce n’était donc pas qu’une intuition lors de leur première rencontre sur la route. Il ne savait pas comment mais il l’avait pressenti instinctivement. Même avec cette certitude le fait que l’inconnu soit capable d’une telle chose était impressionnant.
—Pour soigner une blessure pareille, il faut avoir un pouvoir immense ! s’exclama Lake.
—On peut dire que je suis doué dans le domaine de la guérison.
Luke en resta abasourdi, il avait rencontré de nombreux Utilisateurs pendant ses voyages mais il n’avait jamais vu un exploit comparable…
—Et les villageois combien s’en sont sortis ? demanda Lake.
—Il y a eu environ deux cents morts, j’ai pu soigner plusieurs personnes mais quand je suis arrivé beaucoup étaient déjà perdus. J’ai fait ce que j’ai pu. répondit l’étranger.
—Je vous en suis infiniment reconnaissant, je suis sûr que vous avez fait de votre mieux… monsieur ?
—Epiménis, Gilles Epiménis.
—Merci beaucoup, monsieur Epiménis mais avez-vous soigné une jeune femme, petite et brune avec des yeux verts ?
—Je ne me souviens pas d’une telle personne, cela m’aurait marqué, la plupart des gens ici ont les yeux marrons. répondit le vieil homme. Rassure-toi, je n’ai pas vu de cadavres avec les yeux verts.
—Ou alors un jeune homme roux grand, avec de larges bras ?
—Calme-toi pour l’instant et dis-moi ton nom.
Le vieil homme a raison, je l'assaille de questions alors qu’il m'a sauvé la vie, et je ne me présente même pas, quel genre d’ingrat suis-je ?
Il semblait être une personne digne de confiance et puis après tout, il l’avait sauvé.
—Lake Kagathos. répondit enfin le jeune chasseur.
—Heureux de faire ta connaissance même en ces circonstances…
Lake se remit à penser et s’inquiéta en se demandant si Jyn et Charles allaient bien. Il tenta de se lever mais après avoir à peine posé un pied sur le plancher, il n’eut plus la force d’avancer.
Gilles se précipita vers lui pour le rallonger.
—Doucement ! Jeune homme, vous avez échappé de peu à la mort, vous allez avoir besoin d’au moins deux jours de repos. s'exclama Gilles Epiménis.
—Je ne peux me permettre d’attendre. dit Lake entre deux grognements de douleur.
Le vieil homme lui attrapa le bras et le regarda sévèrement.
—Si tu veux en savoir plus, je peux te dire ce que j’ai vu mais tu dois d’abord te rallonger. déclara fermement l’Utilisateur.
Le jeune homme hésita, il avait absolument besoin de savoir ce qu’il s’était passé en détail mais il fallait le reconnaître, il n’était pas en état de se lever.
—Sache que le jeune homme roux dont tu parlais était allongé à côté de toi. J’ai fait tout ce que j’ai pu mais il avait perdu beaucoup trop de sang et mes pouvoirs ont des limites. dit tristement le vieillard.
—Comment ? s'exclama Lake. Vous parlez de Charles ? Mais il était juste à côté et il allait bien. Il avait seulement une blessure à la …
Il se remémora soudain la nuit dernière, alors qu’il pensait être sauvé, il avait tourné la tête et avait découvert les yeux morts de son ami derrière lui.
Le jeune chasseur se pencha et plongea sa tête entre ses mains, il sentit les larmes venir mais avec la tristesse vint la colère. Il commença à se maudire de sa propre faiblesse. Il essaya de toutes ses forces de contenir la rage qui montait en lui et alors qu’il allait craquer, il se dit que Charles n’aurait pas voulu le voir s’emporter comme ça ni se morfondre sur son propre sort.
Il revit le sourire de son ami et ses blagues douteuses qu’ils se lançaient tous les deux, bien sûr que Charles n’aurait jamais voulu le voir comme ça.
Bien sûr, même si Lake arrivait à accepter la mort de son ami, il ne pourrait jamais l’oublier ni pardonner aux hommes qui ont fait ça.
Charles aurait voulu que Lake se reprenne et aille de l’avant. Pour le jeune homme cela signifiait une chose : retrouver Jyn et son père.
Luke se réinstalla dans son lit en ravalant un sanglot et réfléchit à tout ce qui venait de se passer cette nuit et quelle était la situation actuelle.
Il était blessé et ne pouvait bouger pendant au moins deux jours selon le vieil homme. Il allait donc devoir demander à quelqu’un d’aller à sa cabane vérifier si son père et son oncle étaient revenus.
Il n’avait également aucun moyen de savoir si Jyn allait bien. Mais il fallait qu’il sorte rapidement de cet état sinon l’angoisse le tuerait.
Si ce vieil homme était capable de soigner la blessure de Luke, il devrait pouvoir accélérer sa guérison complète, Luke savait que c’était égoïste d’utiliser les pouvoirs du vieil homme pour son propre intérêt mais il devait se rétablir rapidement pour ses amis.
Il restait donc l’homme mystérieux qui avait tué les soldats. Qui pouvait-il bien être ? Et que faisait-il là ?