Chapitre 2
« Mademoiselle Christa ! »
Elle se retourna instantanément. Debout dans l'allée pavée, un sourire espiègle aux lèvres, se tenait Jacob. Dans l'œuvre originale, il était le meilleur ami de Christabelle, mais aussi un puissant mage de la Tour. Un homme consumé par le chagrin : après la mort tragique de Christabelle, il avait fini par détruire la moitié du royaume avant d'être exécuté à son tour par Ivan.
Christabelle fronça les sourcils et fit un geste prompt pour le faire taire, jetant un regard inquiet aux alentours.
« Jacob, combien de fois dois-je te dire de ne pas me parler si familièrement ? Je suis fiancée ! Imagine les rumeurs si quelqu'un venait à croire que tu es mon amant ?»
Il se gratta l'arrière de la tête d'un air penaud et repoussa ses mèches de cheveux blancs en arrière.
« Désolé, Chris, murmura-t-il en baissant d'un ton.»
Elle soupira, sentant la tension retomber un tant soit peu, avant de l'attraper par la manche de sa veste.
« Viens, on doit parler dans un endroit à l'abri des regards.»
Elle l'entraîna rapidement à travers les méandres du domaine familial, le guidant jusqu'au vieux jardin abandonné, une zone reculée où personne ne s'aventurait jamais. Une fois à l'abri du feuillage dense des rosiers sauvages, elle se retourna et, brisant toutes les convenances de la haute société, se jeta à son cou.
« Tu m'as manqué », souffla-t-elle, avant de l'embrasser tendrement sur la joue.
Jacob, d'abord surpris par cette effusion si peu caractéristique de la fière Christabelle, esquissa un sourire chaleureux et l'enlaça en retour.
« Toi aussi, tu m'as manqué.»
Pendant ce temps, dans le somptueux salon de réception du duché, l'atmosphère était tout autre.
« Votre Grâce, j'ai entendu dire que vous aviez reçu la visite de ma chère sœur », lança doucement Sylvia en portant sa tasse de thé à ses lèvres.
Elle était exactement telle que l'auteur la décrivait dans les pages du roman : une beauté à couper le souffle, dotée de longs cheveux d'un rouge flamboyant et d'yeux violet perçants, héritage direct de la lignée impériale. Elle était la première princesse du royaume, née de l'impératrice, et la coqueluche de la cour.
Ivan, assis en face d'elle, gardait son visage de marbre.
« Oui, c'est exact», répondit-il d'une voix neutre.
« Est-elle venue pour annuler vos fiançailles »? interrogea Sylvia, une lueur calculatrice brillant brièvement dans son regard violet.
« En effet.»
Elle esquissa un sourire satisfait, voyant qu'elle avait deviné juste.
« Et quand comptez-vous accéder à sa demande ?»
« Comme je viens de le lui dire, c'est l'Empereur lui-même qui a ordonné cette union. Je ne peux pas rompre ces fiançailles unilatéralement sans l'accord direct de Sa Majesté.»
Sylvia laissa échapper une petite grimace de contrariété.
« Je vois... C'est fâcheux. La chasse annuelle approche à grands pas, comptez-vous y participer ?»
« Oui, comme chaque année.»
« Dans ce cas, j'aimerais que vous me rapportiez votre trophée de chasse, dit-elle en lui offrant un sourire radieux et enjôleur.»
Ivan la fixa un instant avant de s'incliner légèrement, les traits toujours aussi impassibles.
« Vos désirs sont des ordres, Votre Altesse.»
Sylvia reposa sa tasse avec délicatesse, se levant avec grâce.
« Eh bien, il est temps pour moi de partir.»
Elle fit quelques pas vers la grande baie vitrée donnant sur l'entrée principale. Jetant un coup d'œil par la fenêtre, elle aperçut distinctement le carrosse de sa sœur garé dans la cour. Un sourire mauvais, empreint de malice, s'étira sur ses lèvres. Elle se tourna vers Ivan et lança, d'une voix faussement innocente :
« Ma chère sœur doit bien s'amuser en ce moment, vous ne trouvez pas ? »
Dans le silence du vieux jardin, loin des salons dorés et des intrigues de la cour, Christabelle s'écarta légèrement de Jacob, reprenant un air sérieux.
« Jacob, j'ai besoin de toute ton aide», commença-t-elle, les yeux graves. «Ce qui va se passer dans les prochaines semaines va décider de ma vie... ou de ma mort.»
Mais avant que le mage blanc n'ait eu le temps de répondre, un bruit de pas lourd résonna à l'entrée du sentier broussailleux.
Christabelle sursauta et retint son souffle. À travers les branches enchevêtrées des rosiers, une silhouette familière apparut. C'était Ivan. Ses yeux rouges, froids et perçants, balayaient les environs avec une précision chirurgicale, s'arrêtant net sur eux.
Le sang de Christabelle se glaça dans ses veines.
Comment a-t-il pu les retrouver ici ?