Chapitre 10
Chapitre 10
Le lendemain matin, Léo arriva à l’école avec une envie débordante d'apprendre.
Lorsque les élèves entrèrent dans la salle, Théor était déjà installé derrière son bureau.
Devant lui se trouvait une immense carte enroulée.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda Kaël.
Théor posa une main dessus.
— Aujourd’hui, mes chers élèves, nous allons parler de géographie.
Un silence s'installa.
Névan leva lentement les yeux de son livre.
— C'est-à-dire... les pays ?
— Exactement.
Lyria ouvrit immédiatement son cahier.
— Je suis prête !
Kaël soupira.
— Moi, je suis déjà fatigué.
— Le cours n'a même pas commencé, remarqua Léo.
— Justement. Je prends de l'avance.
Théor déroula alors la grande carte sur le mur.
Toute la classe se tut.
La carte représentait Méia.
Un immense monde composé de 2 continents, de mers, d'îles et de nombreux royaumes.
Même Léo resta bouche bée.
Il n'avait jamais vu une carte aussi grande.
— Voici Méia, déclara Théor.
Il prit une longue baguette et désigna l'ensemble de la carte.

— Notre monde est divisé en 21 nations. Certaines sont immenses, d'autres beaucoup plus petites. Certaines sont des royaumes, d'autres des républiques, des empires , des rassemblements de plusieurs pays en union ou alliance et encore d'autres types de systèmes politiques.
Névan leva la main.
— Pourquoi autant de formes de gouvernement ?
— Parce que les habitants de Méia ont une imagination débordante.
Kaël hocha la tête.
— Ça semble compliqué.
— Ça l'est.
Théor pointa alors une région de la carte.
— Commençons par une nation que vous connaissez tous : l'Alliance Céleste.
Léo regarda attentivement la carte.
— C'est là où nous vivons ?
— Oui.
Théor désigna le territoire de l’Alliance Céleste.
— L’Alliance Céleste est un rassemblement de seize nations. Elle est fondée sur les principes de liberté et d’égalité entre tous les individus, y compris entre les mages et les non-mages.
Il pointa ensuite une petite île sur la carte.
— Nous nous trouvons actuellement sur l’île d’Halménia, dans le royaume d’Halménia. C’est notamment ici que se trouve Néréïs, votre ville.
Naëlys soupira.
— Je sais déjà tout ça…
Théor lui adressa un sourire amusé.
— J’en suis ravi. Cela signifie que je pourrai peut-être consacrer quelques minutes à des choses que tu ignores encore.
Naëlys croisa les bras.
— Comme quoi ?
— La politique, par exemple.
Le sourire de Naëlys disparut aussitôt.
— Ah.
Théor reprit sa baguette et désigna le symbole de l’Alliance Céleste. Un splendide Papillon bleu.
— Dans notre Alliance, les pouvoirs sont séparés afin d’éviter qu’une seule personne ou qu’une seule institution puisse concentrer toute l’autorité.
Il écrivit trois mots au tableau :
POUVOIR LÉGISLATIF
POUVOIR EXÉCUTIF
POUVOIR JUDICIAIRE
— Commençons par le pouvoir législatif. Il appartient à l’Assemblée des chefs d’État des seize nations membres. Ces derniers discutent et votent les lois communes à l’ensemble de l’Alliance Céleste.
Lyria écrivait déjà frénétiquement.
Théor continua :
— Le pouvoir exécutif, lui, revient au Secrétaire de l’Alliance. Il est élu par l’Assemblée des chefs d’État et dirige le gouvernement.
— Il est élu pour combien de temps ? demanda Névan.
— Dix ans.
Kaël leva la main.
— Et il peut être réélu ?
— Oui, selon les règles électorales en vigueur.
Théor marqua une pause avant d’ajouter :
— Le Secrétaire est choisi parmi les candidats présentés par les quatre partis politiques autorisés au sein de l’Alliance Céleste. Un parti est autorisé avec l'accréditation d'au moins un chef d'état parmi les seize nations.
Il écrivit leurs noms au tableau :
Les Pacifistes
Les Expansionnistes
Les Impérialistes
Les Fédéralistes républicains
Léo observa les quatre noms.
— Ils veulent tous la même chose ?
Théor eut un petit rire.
— Absolument pas. Sinon, nous n’aurions pas besoin de quatre partis.
Quelques élèves rirent.
— Les Pacifistes privilégient la diplomatie et la recherche de solutions pacifiques aux conflits tout en préservant le système politique actuel.
— Les Expansionnistes souhaitent accroître l'influence et le territoire de l'Alliance tout en préservant également le système politique actuel.
— Les Impérialistes, eux, souhaitent une refonte politique profonde de l’Alliance Céleste. Leur objectif serait de transformer le Roi du Royaume de Senvily, qui est actuellement la nation la plus puissante de l’Alliance, en Empereur de l’Alliance Céleste.
Il marqua une courte pause avant de poursuivre :
— Quant aux Fédéralistes républicains, ils souhaitent renforcer considérablement les institutions communes et réduire l’autonomie des seize nations, afin de créer une Alliance beaucoup plus centralisée et unifiée.
Théor posa sa baguette.
— Actuellement, ce sont les Pacifistes qui gouvernent l’Alliance Céleste. Leur mandat prendra fin dans deux ans, lors du prochain vote.
Naëlys leva légèrement la main.
— Et le pouvoir judiciaire ?
— Ah ! Enfin quelqu’un qui s’intéresse à la partie que la plupart des élèves trouvent ennuyeuse.
— Je n’ai pas dit que ça m’intéressait.
— Trop tard.
Théor désigna la troisième inscription au tableau.
— Le pouvoir judiciaire appartient à la Cour suprême de l’Alliance Céleste. Elle veille notamment au respect des lois fondamentales de l’Alliance et tranche les affaires relevant de sa compétence.
Il fit une petite révérence théâtrale.
— Elle est actuellement présidée par monsieur Dupond-Moriarty.
Léo regarda la carte.
Soudain, sa maison lui sembla incroyablement petite.
Il venait de comprendre quelque chose.
Le monde qu'il connaissait n'était qu'une minuscule partie de Méia.
Théor poursuivit :
— Mais l'Alliance Céleste n'est pas seule.
Il déplaça sa baguette.
— Au nord se trouve l’Empire Draconien, dirigé par l’Empereur-Dragon. Il détient les pleins pouvoirs et règne à vie. Cet empire s’est historiquement étendu par le biais de guerres particulièrement sanglantes et conserve encore aujourd’hui une idéologie profondément expansionniste. Malheureusement, les non-mages y subissent une discrimination particulièrement sévère.
Léo fronça les sourcils.
— Pourquoi personne ne les aide ?
Théor soupira.
— Parce que la politique internationale est rarement aussi simple, Léo. Intervenir dans les affaires d’un autre pays peut déclencher une guerre. Et personne ne souhaite provoquer un conflit avec l’Empire Draconien.
Il déplaça sa baguette vers l’est.
— À l’est se trouve la Grande République de Silga. Elle est dirigée par un président non-mage, élu à la majorité par l’ensemble de la population. C’est un cas assez particulier sur Méia : dans ce pays, les non-mages occupent également certains des postes à responsabilité les plus importants.
Névan leva la main.
— Donc les non-mages peuvent diriger le pays ?
— Exactement.
— Même s’ils n’ont aucune magie ?
— Même s’ils n’ont aucune magie.
Névan sourit.
— Ça doit être étrange pour certains mages.
— Sans aucun doute.
Théor déplaça ensuite sa baguette vers la partie occidentale du continent.
— Les cinq autres pays de ce continent sont, quant à eux, dirigés par des rois.
Léo regarda la carte avec attention.
Puis il repensa aux non-mages de l’Empire Draconien.
— C’est terrible !
Théor se retourna vers lui.
— Quoi donc ?
— La discrimination envers les non-mages !
Le visage de Théor devint plus grave.
— Oui. Et malheureusement, l’Empire Draconien n’est pas le seul endroit où les non-mages sont victimes de discriminations.
Il pointa alors une autre région de la carte.
— Dans l’Union de Phaésia, par exemple, le gouvernement défend lui aussi l’idée d’unifier l’humanité en un seul pays. Cependant, les non-mages y sont réduits à un statut inférieur et sont traités comme des esclaves.
Les élèves restèrent silencieux.
Même Kaël ne trouva rien à répondre.
Théor poursuivit :
— Et ce n’est pas tout.
Il déplaça lentement sa baguette vers un autre territoire.
— Dans la Théocratie d’Ajaria, l’une des nations les plus avancées de Méia dans le domaine de l’ingénierie magique, il n’existe officiellement aucun non-mage.
Lyria releva brusquement la tête.
— Aucun ?
— Aucun.
— Comment est-ce possible ?
— C’est justement l’une des grandes questions auxquelles personne n’a encore apporté de réponse satisfaisante.
Théor regarda la carte pendant quelques secondes.
— Leur devise nationale est : « Pureté et progrès. »
Léo sentit un frisson lui parcourir le dos.
— Ça ne me plaît pas beaucoup...
— À moi non plus.
Théor baissa légèrement sa baguette.
— Certains observateurs soupçonnent même l’existence d’un programme visant à éliminer systématiquement les non-mages de leur société.
Un silence pesant s’installa dans la classe.
Naëlys, qui semblait jusque-là peu intéressée par le cours, regardait maintenant la carte avec beaucoup plus d’attention.
— Mais... si personne n’a de preuve ?
— Alors cela reste une accusation, répondit Théor. Nous devons faire attention à ne pas confondre les faits établis, les témoignages et les rumeurs.
Il se tourna vers les élèves.
— C’est également cela, la géographie politique : comprendre que derrière chaque frontière se trouvent des peuples, des gouvernements, des idéologies... et parfois des conflits qui durent depuis des générations.
Léo regarda les différentes nations représentées sur la carte.
Quelques minutes auparavant, il ne voyait qu’un ensemble de territoires colorés.
Maintenant, chaque frontière lui semblait raconter une histoire.
Et cette histoire était loin d’être toujours heureuse.