Chapitre 1
J'ouvris les yeux pour la première fois.
Enfin, je crois ?
Je venais de naître, je le savais. Je pouvais voir ma mère, le visage rougit par l'effort, un sourire magnifique que je ne pourrai jamais oublier, mais surtout des yeux remplis d'amour pour moi.
Elle me portait dans ses bras, me collant à sa douce poitrine, un havre de paix que je ne voulais jamais quitter.
Il me faisait passer outre la maison insalubre, montrant la pauvreté notable de mes parents. Les gouttes de sueur coulant sur le corps de ma mère, qui finissait par me tomber dessus.
Ouais, au final, tant que j'étais avec eux, c'est tout ce qui m'importait.
× Ka ! Regarde, c'est moi papa !
Et sans prévenir, ma gorge se noua, mes yeux s'humidifièrent, et je me mis à hurler à pleins poumons.
Les années passèrent, l'une après l'autre, je découvrais les différentes sensations que la vie avait à nous offrir. La suite de bruits incompréhensibles de mes parents se transformaient en mots distincts dont je devinais petit à petit la signification, et que j'arrivais même à reproduire.
En trois ans, je ne suis pas sortie une seule fois de chez moi, ma mère s'occupant de moi en permanence à la maison, alors que mon père lui allait travailler tôt pour revenir tard le soir, souvent je dormais déjà..
× Maman, Maman !
À vrai dire, je ne savais même pas ce que je lui voulais, à part de l'attention. Elle m'avait laissée sur leur lit, sans trop me surveiller, cuisinant au-dessus du feu à quelques pas de la.
× Oui ma puce ?
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× Froid..
Ce fut le seul mot qui me vint à l'esprit, étant donné que c'était vrai. Les murs délabrés laissaient entrer les courants d'air facilement, sans même parler de la fenêtre cassée, avec quelques planches de bois pour la rabibocher.
Les hivers étaient vraiment horribles..
× Mets toi sous la couette ma puce, j'arrive quand j'ai fini !
Je l'écoutai alors sans rien dire, puis me remis à la fixer comme depuis une demi-heure.
C'était rare qu'elle cuisinât autant, et d'aussi bonnes choses. La raison derrière cela était l'anniversaire de papa, dont elle me bassinait depuis ce matin, qui était aujourd'hui !
Aaah, les anniversaires, c'étaient mes jours préférés, le seul jour où on mangeait vraiment bien !
L'odeur envahissait la petite maison, mon ventre gargouillait d'impatience de goûter à ce que mes narines sentaient.
Mais surtout..
C'était le seul jour où papa et maman ne s'engueulaient plus, comme ils avaient commencé à le faire régulièrement ces deux dernières années.
Maman glissa dans le lit pour me rejoindre une fois sa préparation finie, elle n'avait qu'à laisser cuire le tout, et enfin elle pouvait être toute à moi !
Je me collai à elle, ce qui la fit sourire innocemment, cela lui faisait sûrement plaisir, car en tout cas moi oui, sa douce chaleur était la chose la plus agréable dans cette petite maison, et oui, encore plus agréable que cette incroyable odeur provenant de la nourriture !
× On fait une petite sieste le temps que papa rentre du travail ? Comme ça tu seras en forme ce soir pour la fête !
Me demanda-t-elle.
J'acquiesçai en guise de réponse, avant de fermer les yeux, ma tête collée au corps de ma mère, qui me fit des papouilles pour me faire rejoindre Morphée encore plus rapidement.
Mais le réveil n'était pas celui auquel je m'attendais..
Il faisait nuit, et maman était en train de faire les cent pas à l'intérieur de la maison, marchant d'une manière nonchalante.
Le plat avec toute la nourriture avait été posé sur la table. La vapeur qui augurait habituellement un bon repas, s'était dissipé depuis un moment.
Et papa n'était toujours pas à la maison.
× Maman, ça va ?
La mine irritée de ma mère ne passa pas au travers de mon radar, c'était la même que quand elle s'engueulait avec papa..
× Oui ma chérie.. T'as faim ?
× Et papa ?
Répondis-je.
× Il est en retard, t'inquiète pas, mange sans lui si t'as faim, il a l'air occupé..
× Oh.. Ok..
À vrai dire, je ne comprenais pas vraiment ce qu'il se passait. Papa était juste au travail non ? Il allait arriver, même s'il est un peu en retard, non ? Pourquoi être énervée ?
Mais bon..
Je me levai du lit, frottant mes yeux au passage, ayant sûrement dormi un peu trop longtemps, et grimpai la chaise un peu trop grande pour moi, alors que ma mère me coupait la viande dans mon assiette avant de me la donner.
Puis dans le silence complet, n'ayant rien à dire, je mangeai mon assiette, qui était bien évidemment très bonne, en laissant de côté quelques légumes, que je ne voulais pas..
Entre temps, maman avait arrêté de bouger partout, et s'était posée en face de moi, tapant frénétiquement du doigt sur la table en bois.
Je n'arrivais pas à comprendre si elle était énervée, inquiète, ou alors autre chose..
Je ne comprenais pas cette foutue situation.
Mais ça me stressait de voir maman comme ça..
× Maman, ça va ?
Car deux fois valaient mieux qu'une, me disais-je..
× Oui ma puce ! Ne t'inquiète pas, t'as déjà vu maman mentir ?
Elle affichait un sourire forcé, tellement peu crédible qu'il ne convainc même pas la gamine que j'étais.
× Non, t'as raison..
Je mentais moi aussi.
Le bruit récurrent de l'ongle tapant sur le bois de la table s'arrêta, maman ayant plongé sa tête dans ses mains, coude appuyé sur la table alors qu'elle m'engueulait souvent pour ça..
Mais il fut rapidement remplacé par le bruit de son pied tapant contre le vieux sol en bois.
× J'en peux plus, j'en peux plus..
Marmonnait elle en boucle, ne pensant pas que je puisse la comprendre, le son étant étouffé par ses mains.
× Maman, je t'aime !
Elle dégagea sa tête de ses mains et pu voir mon énorme sourire qui accompagnait ma tentative de la rendre heureuse.
× Je t'aime aussi ma puce !
Pendant un court instant, son visage s'adoucit, un très léger sourire, mais honnête, se forma.
J'avais réussi ! Maman était contente ! Même si c'était de courte durée, c'était déjà ça !
Mais tous mes efforts furent brisés en mille morceaux quand la porte de notre maison s'ouvrit.
× Désolé de rentrer si tard, j'ai été retardé au boulot !
S'exclama papa, refermant la porte derrière lui.
× Pa-...
Je n'eus même pas le temps de finir de l'appeler que maman tapa violemment sur la table, se levant en faisant grincer la chaise.
Je ne comprenais pas.
Il était enfin là pourtant ?
C'était son anniversaire, et il a dû travailler plus que prévu..
Ce n'était pas à lui d'être énervé ?
× N'ose même pas foutre un pied dans cette foutue maison, Bellial.
Je ne voulais pas voir ça, vraiment pas.
Comme tout le temps, maman semblait m'oublier dès qu'elle criait sur papa.
Mais en plus, cette fois elle lui disait de ne même pas rentrer ?
Je descendis de la chaise, essayant de fuir la scène du regard.
× Chérie.. Je te-..
Encore une fois, maman coupa la parole à quelqu'un, et ce fut papa cette fois.
× Pourquoi.. Pourquoi tu n'arrêtes pas d'aller voir ailleurs.. Qu'est-ce que je t'ai fait ?
Je pouvais entendre les bruits de pas de maman en même temps qu'elle parlait avec sa voix tremblante, qui me suffisait à visualiser son visage crispé.
Et quand les bruits de pas s'arrêtèrent, j'étais à côté du lit, me baissant pour récupérer mes poupées faites de bouts de bois et de tissus qu'on avait en trop.
× Raconte pas n'importe quoi ! Je n'ai rien fait, tu t'imagines des choses !
Je montais sur le lit quand j'entendis le bruit sourd provoqué par une claque.
Moi qui avais fait attention à ne pas regarder la scène, tournai la tête par instinct, voyant la joue rouge de papa et la main tremblante de maman beaucoup trop proche l'une de l'autre.
Je retournai vite ma tête contre le mur, commençant à jouer avec mes poupées.
Mimant l'anniversaire de papa comme il aurait dû l'être.
× OH TA GUEULE AVEC TES FOUTUS MENSONGES, TU PUES LE PARFUM D'UNE AUTRE, ET C'EST PAS LA PREMIÈRE FOIS !
Papa aurait dû rentrer tôt après le travail, ému en voyant le repas digne des plus grands rois qu'avait préparé maman.
× DEUX ANS, ÇA FAIT DEUX ANS, J'EN PEUX PLUS JE SUPPORTE PLUS TOUT CE BORDEL..
Maman aurait dû l'accueillir le sourire aux lèvres, l'embrassant avant de lui souhaiter un joyeux anniversaire en chœur avec moi.
× Au début, je m'étais dit que je faisais fausse route, qu'il devait y avoir une explication..
Ensuite, Papa m'aurait prise dans ses bras et m'aurait remerciée comme à chaque fois.
× Puis quand j'ai compris que non, je me suis dit que t'allais arrêter rapidement, que ce n'était que passager, une erreur que tu regretterais.. Car la seule que t'aimes au final, c'est moi..
Il m'aurait posé après coup, pour enlever ses chaussures, avant que tous ensemble, on se mette à table, riant de tout cœur autour d'un magnifique repas.
× Mais même aujourd'hui, tu préfères ta catin que ta famille..
Et je serais partie dormir pendant que maman et papa seraient en train de boire un coup.
× J'ai endossé pendant si longtemps, tout ça car je t'aimais, tout ça car je voulais que notre famille se porte bien..
Mais rien de tout ça n'était arrivé.
× J'en peux plus, j'arrive plus à le supporter, je suis à bout de nerfs, je vais craquer, j'ai envie de t'étriper..
À la place, je me contentais d'essayer de me boucher les oreilles, ayant lâché mes poupées, pour ne plus entendre la voix de maman, dans sa longue tirade.
Et maman commença à pleurer, ce qui s'entendait directement dans sa voix.
J'en pouvais plus.
Il se passait quoi bordel ?
Je ne comprenais rien.
Je voulais pleurer.
Non, je me suis mise à pleurer.
× Je ne veux plus te voir, compris ?
Silencieusement, mes larmes coulaient sur mes joues, puis tombaient sur mes genoux.
Je reniflais de façon récurrente, alors qu'on m'avait appris à me moucher à la place.
Je voulais que tout ça s'arrête.
Je voulais que tout ça soit qu'un mauvais rêve.
Je voulais que maman me réveille car j'avais trop dormi.
Je voulais que tout se passe bien au final.
Je voulais l'amour que j'avais ressenti quand je venais de naître.
Mais au final, cette maison n'était que mensonge.
× Laisse moi m'e-..
Quand papa essaya enfin d'en placer une, maman frappa contre le mur pour l'interrompre.
× Je veux pas t'entendre.
Puis, je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé, car ni papa ni maman ne parlaient.
Un blanc, où seuls mes reniflements incessants se faisaient entendre.
Puis papa reprit la parole, malgré les dires de maman.
× Regarde, tu fais pleurer la petite, posons nous et-..
Un autre bruit sourd survint à la suite de cette phrase. Il était similaire à la claque de tout à l'heure, mais je ne pouvais pas savoir si c'était la même chose.
× C'est de MA faute en plus ?
Maman rit nerveusement.
Non, non, t'as raison au fait.. Allons nous expliquer dehors, entre adultes plutôt, non ?
Continue-t-elle, avant que je n'entende la porte se claquer.
Je ne pouvais plus savoir ce qu'il se passait.
Même quand je me retournais, je ne voyais plus personne.
Je n'entendais plus personne.
Mais bizarrement, j'étais soulagée.
Même si j'avais peur de ce qu'il pouvait se passer dehors, la maison était de nouveau calme.
Pourtant, sans maman à l'intérieur, elle paraissait si vide.
Je me laissai tomber, me mettant en boule, ne prenant même pas le temps de me couvrir avec la couette, peu m'importait d'avoir froid.
Et avant même que maman ne revînt, mes yeux se fermaient alors que mes larmes se calmaient.
Et je succombai au sommeil. C'était le seul moyen pour moi d'échapper à la réalité.