Marchant tranquillement, Mate et Victor ne disaient rien.
Ils continuaient d’avancer dans un long chemin sans fin, entouré d’anciennes pierres où la végétation ne cessait de gagner du terrain. Les vieux murs semblaient prêts à s’effondrer, mais les lianes les retenaient encore.
Il n’y avait aucune lumière pour éclairer le passage. Le mage devait maintenir un sort afin d’illuminer le couloir. Seul le bruit métallique de l’armure du guerrier résonnait à chacun de ses pas.
Continuant de marcher, Victor observait les anciens murs. Après un soupir, il tourna la tête vers Mate sans ralentir.
— Le couloir est long… Il n’y a aucune salle et aucun monstre. Vous les avez tous tués ?
— Non, monsieur. Même moi, la première fois que je suis venu ici, j’ai été surpris. Il n’y a aucun monstre… à part le chef.
Victor ne répondit pas. Il se contenta de hocher légèrement la tête avant de poursuivre sa marche.
« Putain… Il parle vraiment peu… » pensa Mate.
Victor l’Espadon était un homme mystérieux. Presque personne ne savait à quoi il pensait, ni quel chemin il avait parcouru pour devenir aussi puissant.
Qui sait… Peut-être que Victor l’Espadon représenterait enfin un véritable défi pour Clève ?
Arrivés devant un escalier, Victor observa les marches sombres, usées par le temps. Après quelques secondes, il commença à descendre.
Mate le suivit sans prononcer un mot.
Toujours caché sous son imposante armure, Victor ne laissait apparaître aucune expression.
Depuis le début, il n’avait pas fait un seul faux pas.
Même face à Aster le Faucheur.
Alors qu’ils continuaient leur descente dans un silence pesant, Victor s’arrêta brusquement.
Mate, qui marchait juste derrière lui, percuta son armure de plein fouet.
— Agh !
Sans bouger, Victor leva simplement le doigt en direction de deux immenses portes.
— C’est ici que se trouve le Chevalier ?
Mate se frotta le nez avant de relever les yeux. En voyant les portes, son visage pâlit immédiatement. Une goutte de sueur glissa le long de sa joue.
Un frisson parcourut toute sa colonne vertébrale.
Il se mordit les lèvres avant de répondre d’une voix tremblante.
— Oui…
— Hm…
Victor fit un pas en avant.
— Tu as accompli ta mission. À partir d’ici, je m’occupe du reste.
Mate hocha rapidement la tête avant de reculer de plusieurs pas.
— Faite… attention.
Puis il tourna les talons et repartit dans le couloir. Avant de partir, il lui laissa une petite torche afin qu’il puisse continuer seul.
Victor regarda quelques instants le mage disparaître dans l’obscurité.
L’un repartait pour sauver sa propre vie.
L’autre avançait pour sauver celle des autres.
En tuant ce monstre, Victor comptait éteindre les flammes qui ravageaient les Montagnes Abandonnées.
Les habitants pourraient enfin revenir vivre sur leurs terres.
S’approchant lentement des gigantesques portes, Victor laissa tomber la torche.
Le bruit résonna dans toute la salle.
À l’intérieur…
Quelque chose venait de remarquer sa présence.
Victor posa alors ses deux mains contre les immenses portes de pierre. Dans un grondement sourd, il les poussa sans la moindre difficulté.
Les gigantesques battants s’ouvrirent lentement.
Victor entra calmement dans l’arène.
Son regard parcourut la salle avant de s’arrêter sur la silhouette d’un chevalier assis sur un immense trône.
— Bon…
Il étira légèrement ses épaules, décrocha son immense espadon de son dos, puis abaissa sa visière. Pendant quelques secondes, il observa le chevalier.
Puis il comprit.
— Ce n’est pas de la pierre…
Il plissa légèrement les yeux.
— C’est de l’obsidienne.
Son regard resta fixé sur le monstre.
— Je sais que tu es réveillé…
Sa voix résonna dans toute la salle.
— Alors lève-toi… avant que je sois obligé de te faire bouger moi-même.
Le silence régna. Pendant quelques instants. Rien ne se passa jusqu’à…
Clève soupira.
« Et puis merde »
À cet instant…
Le Chevalier Déchu serra les accoudoirs de son trône.
Ses yeux rouges s’embrasèrent. Lentement…
Il se leva. Se levant lentement, Clève saisit à son tour son arme.
Saisissant Excro, une rafale traversa toute la salle avant de venir frapper Victor. Pourtant, il ne bougea pas d’un seul centimètre. Seule son élégante cape blanche suivit le courant du vent.
Le regardant quelques secondes, Clève descendit les marches une à une.
Victor ne le quittait pas des yeux.
Il observait chacun de ses gestes, prêt à dégainer au moindre faux mouvement.
Une marche… Puis une deuxième… Jusqu’à arriver à la dernière. Sans perdre une seconde, Victor se mit en garde.
Il leva son immense espadon en direction de son adversaire. Face à lui, Clève fit exactement la même chose. Excro se dressa lentement devant lui, comme une lame affamée de sang.
Clève comprit immédiatement.
L’homme qui se tenait devant lui n’avait rien à voir avec les aventuriers qu’il avait affrontés jusque-là.
Rien que sa garde imposait le respect.
Il inspira profondément. Puis posa un premier pas. Puis l’autre aussi en un instant d’après… Les deux silhouettes disparurent.
Leurs lames se rencontrèrent au milieu de l’arène dans une gerbe d’étincelles. Une violente onde de choc traversa immédiatement la salle, faisant trembler les vieux murs.
Ils enchaînèrent les coups à une vitesse folle.
Aucun des deux ne prenait l’avantage.
Victor posa brutalement son pied sur le sol. Les dalles éclatèrent sous sa botte. Le sol entier trembla.
Profitant de ce déséquilibre, il leva son espadon au-dessus de sa tête avant de l’abattre de toutes ses forces.
Clève croisa immédiatement Excro pour bloquer.
Mais…
La puissance de Victor dépassait tout ce qu’il avait imaginé.
La lame l’écrasa. Ses pieds glissèrent sur plusieurs mètres en creusant deux longues traces dans le sol.
À peine avait-il retrouvé son équilibre…
Victor avait disparu.
« Hein ? »
Clève leva brusquement les yeux. Une silhouette blanche fendait déjà les airs. Sa longue cape flottait derrière lui.
À peine eut-il atterri qu’il abattit son immense espadon.
Clève recula d’un pas.
La lame frôla son casque.
Victor profita aussitôt de son élan. Pivotant sur lui-même, il envoya un gigantesque coup horizontal en direction de sa tête.
Clève se baissa juste à temps.
Dans le même mouvement, il essaya de planté Excro vers l’armure de son adversaire.
Victor bloqua.
Les deux épées restèrent figées l’une contre l’autre.
Aucun des deux ne reculait. Leurs muscles se contractaient sous la pression. Profitant de cette proximité, Clève lâcha Excro d’une main.
Puis…
Il envoya un violent coup de poing directement sur le casque de Victor.
Une marque apparut sur le métal.
Sans lui laisser le temps de respirer, Clève enchaîna avec un puissant coup de pied j’ai fait reculer, Victor de quelques pas.
Sans attendre, Clève bondit de nouveau.
Excro laboura le sol. Les dalles explosèrent en centaines de morceaux projetés dans toutes les directions.
Victor esquiva chaque projectile avec une facilité déconcertante.
Pas un seul ne le toucha. Il avançait calmement, esquivant chaque éclat au dernier instant. Puis il arriva devant Clève.
Le Chevalier Déchu bondit. Excro s’abattit avec une force monstrueuse.
Victor dévia simplement la lame avant de riposter immédiatement.
Une nouvelle pluie d’étincelles illumina l’arène. Leurs épées se heurtaient sans relâche. Chaque impact résonnait dans toute la salle.
Les murs vibraient. Le plafond tremblait.
Même les anciennes colonnes semblaient gémir sous la violence de leur affrontement.
Victor recula finalement d’un pas.
Il relâcha légèrement la pression sur son espadon avant de fixer le Chevalier Déchu.
« Il est bien plus brutal que je ne l’imaginais… Une force impressionnante… »
Au même moment…
Clève disparut à son tour.
« Putain… Comment il fait pour esquiver toutes mes attaques ? »
Deux hommes.
Deux guerriers.
Deux couleurs opposées.
Le blanc représentait la paix, la justice et l’espoir.
Le noir incarnait le chaos, la peur et la guerre.
Mais…
Les apparences voulaient-elles vraiment dire quelque chose ?
Respirant fortement, Clève entendait désormais sa propre respiration résonner dans son casque. Face à lui, Victor ne bougeait pas non plus.
Les deux guerriers se fixaient sans dire un mot dans un éclat de poussière.
Ils resserrèrent leur prise sur leurs armes avant de poser un pied en avant.
Puis ils partirent tous les deux à l’assaut. Arrivé devant Victor, Clève avança brutalement et leva sa lame.
Excro fendit l’air dans un rugissement sombre.
Victor esquiva l’attaque de justesse. La lame passa à quelques centimètres de son casque.
Mais le simple passage d’Excro fit éclater les dalles sous ses pieds. La pierre se fissura dans toute la zone où la lame était passée.
Clève resta fermement ancré au sol.
Il serra ses muscles avec une telle force que son armure d’obsidienne semblait sur le point de se fissurer elle-même.
Puis il projeta violemment son poing vers Victor.
Le Chevalier Blanc recula d’un pas. À cet instant, Clève pivota et envoya un puissant coup de pied vers l’arrière.
Victor n’eut pas d’autre choix que de reculer encore.
Mais à peine eut-il retrouvé son équilibre qu’il dégaina son espadon à une vitesse fulgurante.
Il enchaîna plusieurs attaques lourdes.
Clève les esquiva de quelques centimètres seulement.
Une lame passa devant son visage. Une autre frôla son épaule. Puis une troisième s’abattit contre le sol, faisant voler des éclats de pierre.
Victor ne lui laissait aucun répit.
Soudain, il saisit l’un des avant-bras de Clève et le tira brutalement vers lui.
Son espadon se leva immédiatement.
Il allait frapper.
Mais dans la même fraction de seconde, Clève réagit. Il saisit à son tour l’arme de Victor. Sa main d’obsidienne se referma directement autour de la lame.
Les deux guerriers tirèrent de toutes leurs forces.
Aucun ne parvenait à prendre le dessus.
Leurs armes tremblaient sous la pression.
Puis Clève repoussa violemment Victor d’un coup de jambe.
Profitant de ce bref instant, il détourna l’espadon avant d’envoyer Excro contre l’armure du Chevalier Blanc.
La lame frappa de plein fouet.
CRAAACK !
Une fissure apparut sur l’armure robuste de Victor.
Il recula légèrement.
Baissant les yeux vers son plastron, il posa deux doigts sur la fissure.
— Pas mal.
Il releva ensuite son regard vers Clève.
Puis il se remit en garde. Sans prévenir, Victor bondit en avant. Clève commença immédiatement à préparer sa parade.
Mais au dernier moment…
Victor changea légèrement de trajectoire.
Clève pivota lui aussi. Sa longue cape blanche suivit son mouvement et passa devant son champ de vision.
Pendant une fraction de seconde, sa vue fut complètement bloquée.
« Merde ! »
À cet instant précis… L’espadon traversa la cape. La lame la déchira avant de continuer sa trajectoire.
Victor avait volontairement frappé à travers le tissu.
Clève ne s’attendait pas à ce qu’il sacrifie sa propre cape pour créer une ouverture.
La lame pénétra profondément dans son abdomen.
Une douleur insupportable, surgit.
Le corps d’obsidienne de Clève fut transpercé.
Serrant le dents il recula de plusieurs pas. Victor retira son espadon d’un mouvement sec.
Une énorme ouverture était visible dans le ventre du Chevalier Déchu. Clève baissa lentement les yeux vers sa blessure. Puis il releva son regard vers Victor.
Il ne cria pas.
Il ne tomba pas.
Il resta simplement immobile. Heureusement… Ou peut-être malheureusement pour Victor… Clève n’était plus humain. Son corps était entièrement constitué d’obsidienne.
Il n’avait pas besoin de manger, de boire ou de respire— juste l’endurance lui compter —pour continuer à vivre.
Une blessure qui aurait été mortelle pour un humain ne représentait donc pas le même danger pour lui.
Clève se redressa lentement. Fonçant les sourcils il observa encore quelques secondes le trou dans son abdomen.
Puis il releva la tête.
Sa main se resserra autour d’Excro.
Victor resta immobile.
Les deux guerriers se retrouvèrent de nouveau face à face, à quelques mètres l’un de l’autre.
Personne ne bougeait.
La poussière retombait lentement autour d’eux.
Des morceaux de pierre continuaient de tomber du plafond.
Victor observa silencieusement son adversaire.
Puis, contre toute attente, il prit la parole.
— J’aime bien les monstres qui ne meurent pas facilement.
Clève resta silencieux quelques secondes. Surpris.
Puis ses yeux rouges s’illuminèrent davantage une colère.
« Ah ouais ? »
Il serra fermement Excro.
« …Alors c’est ton jour de chance. »
Les deux guerriers se remirent en garde.
Et dans cette ancienne arène, leur affrontement était loin d’être terminé.
Fin chapitre… Suite.