« Leur mort est de leur faute… »
dit-il pour se rassurer.
« Je ne ressens rien quand je les tue… »
Assis sur les marches du haut, Clève observait les cadavres de tous les aventuriers : épéistes, mages, archers et bien d’autres encore. Des armes étaient enfoncées un peu partout dans la salle : des lances, des épées…
Au centre du donjon s’élevait une montagne de cadavres. Même ceux des deux Frères Miroirs. Sans âme.
Clève regardait chacun des corps se volatiliser en un tas de poussière grise.
Soupirant, il invoqua le Menu.
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Nom : Chevalier Déchu
Points disponibles : +99
Niveau : 53
Vitalité : 201/590
Mana : 300/300
Force : 18
Vitesse : 18
Ennemis vaincus : 100/100 — Vous pouvez accéder au niveau 2.
Terreurs semées : 278.
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Remarquant qu’il possédait plus de quatre-vingt-dix-neuf points, il les répartit tranquillement dans ses statistiques avec un grand sourire.
Après avoir pris un bon moment à les répartir, très satisfait de ses propres choix, il baissa le regard et tomba sur une ligne.
Ennemis vaincus : 100/100 — Vous pouvez accéder au niveau 2.
« Je peux enfin… Même si, en fait, c’était rapide »
[ Voulez-vous accéder au niveau 2 ? ]
Sans trop réfléchir, il accepta, pensant que cela ne durerait que quelques minutes.
[ Lancement du niveau 2. Vous allez dormir quelques heures. ]
« Hein ? Quelques heures ?! Mais… si d’autres aventuriers arrivent ?! »
Clève comprit trop tard la bêtise qu’il venait de faire.
Une fatigue écrasante s’abattit sur lui, tandis qu’une énergie débordante semblait envahir son corps sans qu’il puisse la dépenser. Son buste bascula en avant et il s’effondra sur les escaliers.
Sa vision commença à se troubler. Les bords de son champ de vision se couvrirent de noir avant que tout ne disparaisse.
Le silence absolu.
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Un peu plus loin des Montagnes Abandonnées
Une immense forêt s’étendait au pied des montagnes.
Les arbres gigantesques et robustes, couverts d’une végétation d’un vert éclatant, témoignaient de leur parfaite santé. Les animaux poursuivaient paisiblement leur cycle de vie. Les insectes bourdonnaient sans déranger personne, participant simplement à l’équilibre de cet écosystème.
Puis un nouveau son apparut.
Les sabots de deux chevaux.
Victor l’Espadon et le mage Mate.
Ils avançaient tranquillement au trot. Victor profitait paisiblement de l’odeur de la nature, apercevant parfois quelques biches curieuses. Tous deux se dirigeaient droit vers les Montagnes Abandonnées.
Mate, lui, paraissait nerveux.
Il tenait fermement les rênes de son cheval. Une légère sueur coulait sur son front ; il l’essuya avec un chiffon.
Cela faisait plusieurs heures qu’ils voyageaient.
Ils étaient partis avant le lever du soleil et arriveraient vers le coucher de celui-ci.
C’était du moins ce que pensait Victor.
Tournant nonchalamment la tête vers le mage, il lui demanda d’un ton neutre :
— Tu as l’air un peu nerveux, dis-moi, Mate Tristaide.
— Pas nerveux… enfin… juste un peu sur mes gardes.
Victor acquiesça doucement avant de reporter son regard sur le chemin.
Mais Mate continuait de l’observer.
Sans même tourner la tête, Victor reprit :
— Pourquoi tu me regardes ?
Des l’instinct qui dit cela Mate a eu la chair de poule mais il se reprends très rapidement.
— C’est vrai que vous vous appelez Victor l’Espadon depuis votre combat contre le Serpent Rouge ?
— Oui.
— C’était difficile ?
— Comme tous les autres combats.
Le silence retomba.
En arrivant près des montagnes, ils confièrent leurs chevaux à un jeune homme vivant paisiblement avec sa femme.
L’homme, surpris par une telle confiance, accepta avec joie. Deux chevaux gratuitement.
Puis les deux aventuriers poursuivirent leur route seuls.
Ils commencèrent à gravir les Montagnes Oubliées.
— Cela va nous prendre un peu de temps, dit Mate.
— Nous avons tout notre temps.
Ils gravirent le début de la montagne, puis son milieu, avant d’approcher enfin du sommet.
Le chemin était dangereux.
D’immenses rochers étaient empilés à des angles instables. Un seul faux pas aurait suffi à précipiter Mate dans le vide.
Victor, lui…
Mate savait qu’il ne mourrait pas d’une manière aussi ridicule.
Alors qu’ils apercevaient enfin l’entrée, un puissant battement d’ailes résonna. Mate sortit aussitôt son bâton magique.
Victor, lui, posa simplement la main sur la garde de son immense espadon.
Tous deux restèrent immobiles.
Puis le dragon apparut.
Ses ailes balayaient tout sur leur passage, soulevant un vent si violent que les pierres elles-mêmes semblaient vibrer.
Mate peinait à rester debout.
Victor, lui, ne bougeait pas d’un seul centimètre.
Le dragon était gigantesque.
Dix mètres d’envergure. Cinq mètres de hauteur. Son corps était recouvert d’écailles grises aussi solides que la pierre. Ses pattes massives se terminaient par des griffes capables de fendre un rocher.
Lorsqu’il atterrit, le poids de son corps enfonça légèrement le sol.
Sa tête était protégée par une épaisse carapace.
Ses yeux rouges fixaient les deux aventuriers.
Lorsqu’il entrouvrit la gueule, des crocs longs comme des couteaux de cuisine apparurent.
Une fois ses ailes repliées, le vent cessa enfin.
Mate posa un genou au sol pour reprendre son souffle.
Victor prit alors la parole.
— Pourquoi es-tu venu ici, Aster le Faucheur ?
Une silhouette élancée bondit du dos du dragon avant d’atterrir avec une maîtrise parfaite.
Mate releva la tête.
Pour la première fois, il voyait le célèbre Faucheur de Dragons.
Aster portait une armure d’argent fine, souple, mais incroyablement résistante.
Aucune partie de son corps n’était exposée.
Même les articulations étaient protégées par un tissu renforcé. Toute son armure semblait forgée dans une matière semblable aux écailles des dragons. Sa couleur grisâtre lui permettait presque de disparaître lorsqu’il se tenait sur le dos de son compagnon.
L’homme faisait pratiquement la même taille que Victor, qui dépassait les deux mètres.
Il s’avança de quelques pas avant de planter sa longue lance dans le sol.
La pointe était si fine qu’elle pouvait transpercer les écailles d’un dragon. L’extrémité de l’arme était reliée à son avant-bras par de fines chaînes.
Après quelques secondes de silence, une voix calme et posée s’éleva.
— Je me promenais. Tu ne vois pas ?
— Toi, te promener ? J’en doute.
Aster haussa les épaules avant de soupirer.
Son regard glissa vers la grotte.
— Quel drôle de donjon… J’aurais jamais imaginé qu’un monstre puisse vivre aussi haut…
Sa voix devint soudain plus basse.
Presque nostalgique.
— …si près de la Guerre Oubliée.
Le silence revint quelques instants avant que Victor ne le rompe.
— Je dois te laisser. J’ai quelqu’un à tuer.
Aster hocha simplement la tête.
Prenant appui sur sa lance, il bondit de nouveau sur le dos du dragon avant de saisir les rênes.
— Bonne chance, Victor l’Espadon.
Le dragon déploya ses puissantes ailes.
Le souffle repoussa une nouvelle fois Mate en arrière.
Heureusement, l’immense silhouette de Victor absorbait une bonne partie du vent.
Quelques battements plus tard, le dragon s’éleva dans le ciel orangé. Il ne resta bientôt plus qu’un minuscule point noir à l’horizon.
— Continuons notre mission.
— O-Oui…
Ils s’approchèrent de nouveau du donjon.
Victor sortit le contrat et observa une dernière fois le dessin représentant un chevalier de pierre grise.
Puis ils entrèrent.
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Loin de ces deux aventuriers qui s’enfonçaient dans un territoire qui n’était pas le leur…
Une silhouette sombre était allongée dans les escaliers.
Ses doigts bougèrent.
Puis toute sa main.
« Aïe… j’ai mal à la tête… »
Se grattant le casque, Clève remarqua que tous les corps morts avaient disparu.
Il ne restait plus que de la poussière.
[ Bienvenue, Chevalier Déchu. Votre force vous rend digne. ]
« Euh… merci ? »
Il baissa les yeux vers sa main.
Elle était noire.
Fronçant les sourcils, il pensa d’abord avoir été empoisonné. Il inspecta rapidement ses jambes, son torse…
Tout son corps avait changé.
Il ressemblait désormais à de la pierre noire.
[ Votre peau est désormais faite d’obsidienne. ]
« Obsidienne ? »
[ Oui. Votre corps est désormais plus robuste et plus résistant. ]
En se relevant des marches, il remarqua qu’Excro avait avait glissé tout en bas.
« Putain… »
Il s’observa une nouvelle fois.
Son armure de chevalier semblait désormais mêler l’équipement d’un vagabond à une protection plus épaisse.
Son casque avait changé.
Une pointe était apparue au niveau de la mâchoire.
D’autres poussaient au niveau des coudes, des genoux…
Même le bout de ses doigts possédait de petites épines.
« Je suis devenu un chat ou quoi ? »
La voix l’interrompit.
[ Vous pouvez désormais appeler Excro. ]
« Hein ? Comment ça ? »
Au loin, Excro était lui aussi recouvert d’obsidienne.
Clève tendit la main.
Rien.
Il recommença.
Toujours rien.
Serrant les dents, il insista. Excro se mit à trembler.
Il s’éleva d’à peine deux centimètres avant de retomber lourdement au sol.
« Merde… »
Il allait devoir beaucoup s’entraîner avant d’y parvenir.
Malgré tout, Clève se sentait plus vivant que jamais.
Une énergie immense semblait dormir dans son corps.
Une force comparable à celle d’une montagne.
Alors qu’il s’apprêtait à ouvrir son Menu… Un bruit résonna derrière les grandes portes.
Fin chapitre… Suite.