Chapitre 5
Village des Roses
Avant de partir à l'aube
Fine était dans sa chambre avec des domestiques.
— Je vous dis que je suis bien là, cria Fine.
— Je suis désolé monsieur, mais le Roi a dit que vous deviez changer de vêtements, disait un des domestiques.
— Monsieur, sans vous offenser, votre façon de vous habiller est… un petit peu, dit l'autre avec un regard de dégoût. Si c'est le roi qui vous voit comme ça, il s'en fichera, mais si c'est la princesse, elle va vous torturer, monsieur.
— Juste pour de simples vêtements.
— Oui, dites-elles.
Fine se força alors à s'habiller mieux. D'abord il s'habilla en magicien de dessin animé, puis en costard, en villageois, et enfin il trouva : il garda son jogging noir et ses baskets pour être à l'aise, une cape bleue, et une veste en cuir noir à manches courtes.
— Enfin, dit-il en soupirant.
— Ça va à peu près, dit la domestique. C'est d'accord, vous porterez ça.
— Yes.
Dans la chambre d'Andrew
Le majordome lui-même était venu le voir. Il s'appelait Jean Luc.
— Vous porterez une longue bande de tissu qui descend de chaque côté du cou jusqu'aux genoux, richement brodée de fils verts. Ça, c'est pour l'extérieur, mais à l'intérieur, faites ce que vous voulez, expliqua le majordome.
— Euh, okay, répondit-il.
Dans la chambre de Yannis
Il portait une tenue bicolore bleu et noir : une tunique ajustée à manches longues, accompagnée d'un pantalon noir et de bottes bleu et noir.
— Ça va, en fait.
Maintenant
— Alors, t'as passé des heures pour une tenue, fit Yannis.
— Ouais. T'as pas chaud, Andrew, avec ta tenue là ? demanda Fine.
— Si, je vais enlever le haut.
— Non ! cria Spark. Si tu l'enlèves, Luc va te… je préfère pas te le dire.
— Euh, okay alors, je vais crever de chaud.
— Okay, tu peux l'enlever.
— Merci monsieur.
Pendant qu'Andrew enlevait ses vêtements, un soldat s'était arrêté pour pisser, mais il vit des monstres s'approcher d'eux.
— Sir Spark, il y a des ours d'Os qui viennent par ici.
— Ils sont combien ? demanda Spark.
— Environ sept, sir.
— Bien, préparez-vous tous, il y a des ours d'Os qui approchent.
— Ours quoi ? demanda Fine, perplexe.
— Ours d'Os, zebi, répondit Yannis.
— C'est quoi, un ours d'Os ? demanda Andrew à un soldat.
— Un ours d'Os est un monstre poilu qui a des os apparents sur certaines parties de son corps, pas partout, et il est de rang A.
— Ils sont forts alors.
— Oui, sir Andrew.
— Et Spark peut les battre ? demanda Fine.
— Ba, oui, il est comme moi, un épéiste, répondit Yannis.
— Non, sir Spark n'est pas un épéiste, il est un chevalier.
— Et c'est quoi la différence ?
— Un épéiste, comme le nom l'indique, maîtrise l'épée avec plus de rapidité dans les mouvements. Mais un chevalier utilise aussi une épée, avec plus de force — c'est pour ça qu'une frappe d'un chevalier est deux fois plus forte qu'une frappe d'un épéiste. Et sir Spark est de rang A+.
Spark
Âge : 32 ans | Classe : Chevalier | Rang : A+
— En garde, tout le monde, indiqua Spark.
Ils n'étaient que six. Les ours arrivèrent. Spark en prit deux à sa charge, les autres un chacun.
— Et merde, hurla Fine en courant.
Fine demanda à Andrew comment il avait réussi à lancer un sort la veille.
— J'ai fait une incantation pour renforcer Yannis, répondit Andrew.
— Mais comment on fait ? demanda Fine en esquivant une attaque.
— Il faut penser à un sort, prononcer une phrase qui lui correspond, et c'est tout, dit Andrew, déjà occupé à s'en charger un.
Fine comprit un peu, mais il cherchait un sort, complètement perdu. Fine était quelqu'un d'endurant — il faisait du sport et, depuis son arrivée, s'entraînait cinq fois plus. Mais ça n'allait pas durer longtemps.
— Merde… (essoufflé)… je peux plus continuer.
Un ours voulut griffer Fine, mais un garde sacrifia son bras gauche pour le protéger.
— Lance un sort, gamin.
Sans ces mots, Fine serait resté planté sans rien faire. Il pensa alors à quelque chose.
— Corps léger. Guidé par le vent. Marcher sur l'air.
Une sorte de particule jaune entoura Fine, qui devint soudain plus léger.
— Stylé, je me sens plus à l'aise, haha.
Un ours fonça sur lui ; Fine esquiva et sauta dans les airs.
— Oh, stylé, je saute dans les airs !
Pendant ce temps, Yannis parait tant bien que mal les coups d'un ours.
— Mais sérieusement, je sais même pas utiliser une épée, moi.
Il vit alors un autre soldat se faire tuer devant lui, puis l'ours saisit ses deux bras pour le couper en deux. Yannis cria d'arrêter, mais c'était déjà trop tard, et à ce moment son adversaire se prépara à lui porter un coup de griffe — mais Spark le sauva de justesse en tranchant la tête de l'ours.
— Sir Yannis, ressaisissez-vous, ce n'est pas le moment de vous inquiéter, on doit sauver les autres, dit Spark, tout en combattant l'ours qui venait de tuer le soldat.
Yannis resta au sol, le regard vide, tandis que Fine s'amusait comme jamais sans le voir. Puis Fine se préoccupa de son ami — au point de ne pas voir un arbre devant lui, et de s'y cogner.
— Aïe, dit-il, une petite larme aux yeux. Je vais arrêter de rigoler maintenant, ajouta-t-il d'un air sérieux.
Fine attira alors les quatre derniers ours d'Os vers lui.
— Fine, c'est de la folie ! cria Andrew.
— C'est trop dangereux, gamin, continua Spark.
Fine lança une incantation et regroupa les quatre ours.
— Feu ardent. Qui brille de mille feux. Entoure cette flamme. Coup de feu.
Fine forma un pistolet avec sa main, visa les ours, et une boule de flamme se forma au bout de son doigt.
— Boule de feu !
La boule de feu, de la taille d'une balle et rapide comme un tir de pistolet, explosa juste à côté d'eux.
— J'aime pas tuer, alors dégagez, dit-il d'une voix grave.
Les ours s'enfuirent. Spark demanda alors à Andrew :
— Est-ce qu'il était toujours comme ça ?
— Non… d'habitude il sourit bêtement à chaque fois, mais là, c'est différent.
Spark vit alors en lui quelqu'un qui craignait de perdre un ami.
Fine courut vers Yannis pour le rassurer, mais rien ne changea. Spark pensa : « Ce gamin est fascinant — il maîtrise le Hageshi, un corps petit mais musclé, beaucoup d'endurance, et des sorts exceptionnellement difficiles à incanter en pleine situation dangereuse. Mais il reste encore très faible pour ce monde, et Yannis aussi est en état de choc. » Il regarda ensuite Andrew, toujours aussi calme et sérieux en soignant le soldat blessé. « Ce gamin aussi est exceptionnel, en plus d'être calme — il a réparé son bras, c'est rare ce genre de personne. Il est peut-être plus important que Fine, en tout cas. »
— On a un mort. T'as toujours la boule de communication ? demanda Spark au soldat.
— Oui, sir !
Spark prit la boule pour faire son rapport au roi. Andrew demanda au soldat ce qu'était cette boule de communication.
— Ah, ça, c'est un moyen de communiquer avec quelqu'un à très grande distance.
« On dirait un smartphone », pensa Andrew.
— On campe ici, et demain on repart directement, il nous reste encore trois jours à tenir, dit Spark.
Dans la forêt, les quatre ours restants se firent tuer par quelqu'un, qui absorba leur capacité spéciale : griffes d'Os.
— Ils sont encore là… hihi… je vais vous suivre jusqu'au village.
Fine se reposait près du feu quand Spark vint s'asseoir à côté de lui et engagea la conversation.
— Fine, appela Spark.
— Oui, monsieur.
— Pourquoi tu ne les as pas tués ?
— Euh, j'aime pas tuer, c'est tout, répondit-il avec un sourire.
— Haha… t'es vraiment quelqu'un de très spécial, on dirait.
— On me le dit souvent. À mon avis, vous devriez parler à Yannis, il est traumatisé.
— T'as raison. Je vais lui apprendre le sens de la survie.
— Pardon ?!
— T'inquiète, je vais le faire souffrir, dit-il en rigolant.
— Courage, Yannis.
Spark entra dans la tente de Yannis pour discuter, mais celui-ci était assis, les larmes aux yeux.
— Hé, Yannis, ça va ?
— Ouais, ouais, ça va, oui.
— Ok, je n'ai pas le choix alors.
— Hein ?!
Spark le prit par le col et l'emmena à l'écart.
— Pourquoi vous m'emmenez ici, putain ? hurla Yannis.
— Calme-toi, je vais t'apprendre à te défendre.
— Je sais déjà me défendre.
— Arrête de dire des conneries, fils de p*te.
Yannis, énervé, se jeta sur Spark, qui esquiva son coup et le désarma.
— Tu vois, tu sais même pas tenir une épée. Alors à partir de maintenant, je vais t'entraîner, toi, Fine et Andrew, pendant tout notre voyage — surtout toi, pour que tu ne perdes plus jamais quelqu'un devant toi.
Yannis sécha ses larmes, se calma, et remercia même Spark.
— Hehe… maintenant, prépare-toi.
— Quoi ?
— Ton entraînement commence maintenant.
— Non, on doit pas… aïe, aïe… on doit pas commencer demain ?
— Non, le tien c'est maintenant, car c'est toi le plus faible ici.
— Non, arrêtez, aidez-moi, les gars !
Fine, en regardant la scène, buvait de l'eau bouillante.
— Hehe, la jeunesse… petite gorgée… aïe, ma langue, je me suis brûlé.
— Qui t'a dit de boire de l'eau bouillante ? dit Andrew.
Pendant tout leur voyage, ils s'entraînèrent chaque jour, matin, midi et soir, jusqu'à leur arrivée au village.
— Enfin, on est arrivés, j'en peux plus de ces entraînements à la con, souffla Fine, au bord des larmes.
— Ouais, dit Andrew, pas moins essoufflé.
— Maintenant, séparons-nous pour trouver la maison de Lucka dans ce village, ordonna Spark.
— Oui, monsieur !
Les trois amis restèrent ensemble ; Spark et le soldat partirent de leur côté.
Ils se mirent en marche pour chercher la maison de Lucka.
— Hé, les gars, appela Fine. J'ai trouvé un vendeur de nourriture, allez, on y goûte.
— Mais on doit d'abord trouver la… Andrew se fit couper la parole par Yannis.
— Oh, vas-y, vas-y, dit-il, tout excité de manger.
— Vous êtes vraiment irrécupérables, les gars.
Ils entrèrent dans l'échoppe et s'assirent. Le serveur les appela.
— Que puis-je vous servir, messieurs ?
Les trois regardèrent le menu.
— Moi, des brochettes de bœuf, commanda Yannis.
— Moi aussi, avec de la salade, ajouta Andrew.
— Et des boissons de fruits, s'il vous plaît, merci.
— C'est noté. Oh, vous êtes nouveaux dans le village ?
— Euh, oui, répondit Fine.
— Ah, okay, je vais préparer votre commande.
— Est-ce que les serveurs font toujours ça dans la vie ? demanda Fine.
— Bah, dans les films, oui, répondit Yannis.
— Ah, merci pour l'info.
— De rien.
Petit silence.
— Tu me paies maintenant.
— Pourquoi ?
— Parce que je t'ai donné une info.
— N'importe quoi, en plus c'est faux ce que tu dis.
Andrew, assis entre eux deux, se sentait gêné et se demandait pourquoi il n'était pas resté avec Spark. Quand le serveur revint, ils se calmèrent d'un coup.
— Voici vos commandes.
— Merci, mon brave, dit Fine d'une voix grave.
— Il a fumé ou quoi ? dit Yannis.
— Ta gueule.
Ils commencèrent à goûter et trouvèrent tout délicieux et appétissant. Après leur repas, ils payèrent et repartirent.
— Mince, on a perdu du temps à cause de toi, dit Fine.
— À cause de qui ? demanda Yannis.
— C'est toi, zebi, vla.
— C'est toi qui as commencé.
— Non, c'est toi.
— Toi, je vais t'en…
Andrew les coupa et leur rappela qu'ils n'avaient pas le temps, qu'il fallait chercher maintenant. Toute la journée, ils cherchèrent où Lucka habitait. Ils jouèrent avec des enfants, aidèrent des personnes âgées et des gens en difficulté.
Le soleil commença à se coucher ; ils n'avaient toujours rien trouvé, et avaient même oublié ce qu'ils cherchaient, tant ils avaient aidé de monde.
— Le soleil tombe, on dirait, commença Fine.
— Ouais, acquiesça Andrew.
— Et dire que ça fait une semaine qu'on est dans ce monde, dit Fine.
Yannis ne dit rien, mais soupira.
Fine reprit :
— Pourquoi il y a autant de roses ici, en fait ?
— T'es con ou tu le fais exprès ? répondit Yannis.
— Non.
— Tu connais au moins le nom du village ? demanda Andrew.
— Non.
— Oh, le zgeg, dit Yannis en se tapant le front.
— Quoi, j'en sais rien, moi !
— On est au village des Roses, frère. Et c'est magnifique, ce village, calme, avec des habitants généreux.
— On s'est tellement amusés qu'on en a oublié notre quête.
Tous les trois lâchèrent un « Aaa… » en même temps, puis paniquèrent en réalisant vraiment leur oubli, et repartirent en courant vers le centre du village. Ils croisèrent alors Spark.
— Vous allez où, comme ça ? demanda-t-il.
— Euh… fit Fine.
— On cherche la maison de Lucka, mais on n'a rien trouvé, dit Andrew avec un rire gêné.
— Vous avez au moins demandé aux habitants ?
— Hein ?
Le soldat lâcha un « oh, les débiles » dans sa barbe. Spark commença à s'énerver et hurla sur les trois.
— Vous n'avez même pas demandé à un habitant où ça se trouvait ? Vous êtes débiles ou quoi ?!
— On s'amusait beaucoup, monsieur, expliqua Fine.
Yannis et Andrew regardèrent Fine avec mépris.
— On est dans la merde, dit Yannis.
— Ouais, continua Andrew.
Spark les punit avec 200 pompes. Après ça, il leur indiqua où se trouvait la maison de Lucka — d'ailleurs il se dirigeait justement vers là-bas, c'est pour ça qu'ils s'étaient croisés. Ils se mirent en route et marchèrent jusqu'à la maison. En arrivant, ils virent une jeune fille qui venait de porter un seau. Elle les aperçut et courut vers eux.
— Bienvenue, messieurs ! Que puis-je faire pour vous ? demanda la fille.
Fine se tourna vers Andrew pour lui glisser un mot.
— Hé, Andrew, une jolie fille, dit-il — avant de remarquer qu'Andrew la fixait déjà, avec le regard d'un homme amoureux.
Yannis, en le voyant, lâcha :
— Ah, il est tombé amoureux, le bougre.